Auteur : Coup de Pouce

Depuis peu, un autre nous donne des papillons dans le ventre quand il nous sourit. On se surprend à guetter ses allées et venues, on se demande ce qu'il pense de nous. Notre esprit s'emballe, on imagine comment ce serait s'il nous embrassait, on pense à lui de plus en plus souvent... Et on se sent vaguement coupable par rapport à notre amoureux, même si, dans le fond, on ne fait rien de mal, non?

Soulever le sujet lors d'un souper entre amies, c'est provoquer une discussion aussi animée que controversée. Les avis sont partagés quant à la définition de l'infidélité: pour l'une, c'est quand on couche avec un autre homme; pour l'autre, c'est à partir du moment où un autre occupe nos pensées. Qui a raison? La question n'est pas facile à trancher.

Mais qu'on se rassure: «Il est tout à fait normal d'être attiré par d'autres personnes que son partenaire, indique François St Père, psychologue, spécialiste de la thérapie de couple et auteur de L'Infidélité, mythes, réalités et conseils pour y survivre. Cela ne signifie pas forcément que notre couple va mal.»

Après tout, hormis dans les premiers temps d'une relation, le couple ne constitue pas une bulle complètement imperméable aux autres. C'est l'attirance pour les autres qui nous pousse à créer des liens, à nous exclure de notre solitude fondamentale. «Être attiré par quelqu'un, n'est-ce pas le signe qu'on est vivant, tout simplement?» demande Paule Salomon, psychothérapeute et auteure de Bienheureuse Infidélité. Bien qu'on ne sache pas encore très bien ce qui provoque l'attirance - un heureux cocktail de phéromones, selon certains spécialistes -, on sait qu'on n'a pas vraiment de contrôle sur la question.

Une question d'intentions
Pour certaines, la présence d'un autre, même en pensée, peut soulever un doute: est-ce que je suis infidèle ou pas? Dans son livre La Fidélité et le Couple, le médecin et sexologue Gérard Leleu écrit: «Même un regard, une façon de parler ou d'écouter peut constituer une infidélité selon ce qu'on a dans la tête.» Serait-ce donc, justement, dans l'intention que résideraient les prémices de l'infidélité? Si éprouver de l'attirance pour un autre est normal, voire incontrôlable, la façon dont on la gère et l'impact qu'elle a sur nous marquerait le pas vers l'infidélité. «Si on nourrit notre attirance - par exemple, en multipliant les occasions de rencontrer cette autre personne -, c'est à mon sens un premier pas vers l'infidélité», dit la psychologue Johanne Côté, qui ajoute que, s'il s'agit d'un flirt continu, il y a tout lieu de croire que quelque chose ne va pas dans notre couple.

La source de l'infidélité peut aussi être personnelle. Perte d'emploi, tournant de la quarantaine, besoin de retrouver son côté «femme» après avoir eu un enfant, etc.: autant de situations qui peuvent nous prédisposer à aller chercher ailleurs ce qu'on n'arrive pas combler à l'intérieur de soi.

«Le danger d'une infidélité émotionnelle, où tout se passe dans la tête, est qu'il est alors facile d'idéaliser l'autre personne, explique François St Père. Or, si on se met à comparer cet idéal avec notre conjoint, ce dernier risque de ne pas sembler à la hauteur. On doit se rappeler que ce qui se passe dans notre tête avec une autre personne, ce n'est pas la vraie vie!»

L'impact sur soi... et sur le couple

Lorsqu'une attirance pour un autre homme ne laisse dans son sillage aucune tourmente sentimentale, rares sont les chances qu'elle ait un impact, sur nous et sur notre couple. Mais si, au contraire, elle prend une place de plus en plus importante dans notre coeur et notre tête, «on peut se sentir mélangée, au point de se mettre à se questionner sur ce qui nous manque», dit Johanne Côté. Le tout sur fond de culpabilité, bien sûr.Le dire ou pas?
Lorsqu'il s'agit d'une attirance passagère, qui n'a aucune incidence négative sur nos sentiments envers notre conjoint, Johanne Côté croit qu'on peut choisir de garder le silence. À une condition, cependant: que notre couple tourne rond! «Si notre couple traverse un creux, on devrait en parler à notre conjoint pour que cette attirance ne prenne pas de plus en plus de place dans notre tête.»

S'ouvrir à notre conjoint peut permettre de mettre le doigt sur ce qui ne va pas et consolider la confiance mutuelle dans le couple. On doit cependant éviter de lui reprocher notre incartade mentale, en lui signifiant par exemple que c'est son manque d'attention qui a tout provoqué. Chose certaine, on doit s'attendre à ce que nos révélations provoquent des remous. «L'infidélité, même si elle n'est pas sexuelle, égratigne au passage la confiance, la loyauté et l'engagement. Ça peut évidemment bouleverser notre conjoint», mentionne François St Père.

«Quand mon chum m'a révélé qu'il correspondait presque quotidiennement avec une femme rencontrée lors d'un congrès deux mois plus tôt, ça m'a fait aussi mal que s'il m'avait dit qu'il couchait avec elle», raconte Brigitte, 32 ans. Ayant constaté qu'il était un peu plus distant que d'habitude et qu'il était souvent absorbé dans ses pensées, Brigitte lui a finalement posé la question: y avait-il une autre femme? «Il m'a dit qu'il n'avait pas couché avec elle, mais que ça avait cliqué entre eux et qu'il avait le sentiment qu'elle le comprenait.»

Brigitte est restée sur la défensive pendant quelques jours, vexée de ne pas être l'unique confidente de son conjoint. Puis, la poussière est retombée, et le couple a eu une bonne discussion. Brigitte a finalement appris que son conjoint trouvait qu'elle travaillait beaucoup trop et qu'il sentait que son travail avait plus d'importance que lui. «Quand j'ai compris qu'il tenait encore à notre relation, j'ai été rassurée et je me suis promis de faire ce qu'il fallait pour que ça marche entre nous.» En faisant moins d'heures supplémentaires, la jeune femme peut investir plus de temps dans son couple. Et la correspondance? «J'ai jugé que, si mon conjoint aimait correspondre avec cette personne, ça ne devait pas me menacer. À condition qu'il le fasse ouvertement et qu'il me parle à moi lorsque quelque chose ne va pas.»

«C'est douloureux d'apprendre que notre conjoint peut vivre une sorte d'intimité et de complicité avec une autre personne, souligne Paule Salomon. Mais je crois qu'on doit accepter l'idée qu'on ne peut être la seule personne importante pour l'autre.» À condition toutefois que cette ouverture aux autres ne dépasse pas les limites de ce qu'on est prête à accepter.


En somme, il n'existe aucune norme pour baliser l'infidélité. Aucune échelle pour coter la gravité de nos actes... ou de nos pensées! Est-ce que les fantasmes qu'engendre un bel inconnu nous stimulent ou nous dérangent? Est-ce que la complicité qu'on vit avec notre collègue appauvrit l'intimité de notre couple? À chacune de faire son examen de conscience...

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Tromper en pensée, c'est grave?

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