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Quand rien ne va plus, faut-il partir ou rester?

Quand rien ne va plus, faut-il partir ou rester?

Auteur : Coup de Pouce

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Quand rien ne va plus, faut-il partir ou rester?

Quand rien ne va plus, faut-il partir ou rester?

Le couple en question
Reproches, désaccords, manque de tendresse, absence de complicité... Après huit ans de vie commune, le couple de Francine, 38 ans, n'en mène pas large. «Ce sont des déceptions réciproques qui ont peu à peu miné notre confiance et notre admiration mutuelle, raconte-t-elle. Nous avons voulu éviter des sujets délicats pour ne pas créer de discorde, mais maintenant, chaque contact est risqué et nous sommes toujours sur la défensive.» Si elle se rappelle leurs débuts avec tendresse, aujourd'hui, envahie par la peine et la colère, elle est hantée par ce lourd questionnement: «Dois-je partir ou rester?»

Disons d'abord que, selon Sheryl Gaudet, travailleuse sociale et psychothérapeute conjugale et familiale, ce sont les femmes qui sont le plus susceptibles de vivre une «dépression du couple» qui les mènera à une remise en question. «Lorsqu'elle ne sent plus de complicité, de valorisation ou de soutien mutuel, la femme en vient souvent à trouver la relation déprimante, explique-t-elle. Elle exprime alors son insatisfaction à son conjoint, qui trouve, pour sa part, que les choses vont bien dans l'ensemble. Mais ce climat fait en sorte que la libido de la femme diminue. L'homme se sent alors rejeté et moins aimé, sa réaction amplifie les insatisfactions de la femme, et la boucle est bouclée...»

La psychologue Élise Castonguay note certaines trames récurrentes chez les clientes qui la consultent pour des problèmes conjugaux. Il y a la femme qui a formé son couple très jeune et qui, vers l'âge de 30 ans, mieux définie, plus assurée, davantage en mesure d'identifier ce qu'elle attend de l'amour, remet sa relation en question. Elle rencontre aussi beaucoup de femmes ou de couples qui comptent de nombreuses années de conflits... évités: «On voit venir le conflit de loin. On sait qu'on va se fâcher. Alors, on évite d'en parler, en espérant que la tension passe. Mais elle nous rattrape toujours.»
Mentionnons encore le déséquilibre d'un contrat tacite, souscrit - consciemment ou non - en début de relation. «C'est le côté bon vivant et détendu de Carl qui m'a attirée vers lui, raconte Mireille, 29 ans. Moi qui suis de nature hyper-responsable et nerveuse, ce relâchement m'apaisait beaucoup. Mais, lorsque nous avons emménagé ensemble, j'en ai souffert. Je me suis soudainement sentie l'adulte avec un enfant. Heureusement, nous avons réussi à nous repositionner grâce à de longues discussions, de la patience et beaucoup de travail sur soi!» Le cas est typique, estime Élise Castonguay. «Il arrive souvent que les caractéristiques qui nous attiraient au départ chez l'autre deviennent des sources de conflit avec le temps. Il faut alors se demander si l'autre est prêt à réviser les clauses de notre contrat tacite. S'il n'y met pas du sien, s'il n'est pas prêt à se mobiliser, la tentative est vouée à l'échec.»
Bref, même si un événement ponctuel (cohabitation, changement de carrière, nouvel bébé, infidélité) peut agir comme catalyseur, la remise en question d'un couple arrive rarement sur un coup de tête, mais résulte plutôt d'une lente accumulation de griefs et de frustrations... Cela ne la rend pas moins difficile à gérer.
 
Devant le malaise
En effet, aux prises avec ce questionnement déchirant, il est normal qu'on soit envahie par toutes sortes d'émotions, bien souvent contradictoires. Michel Lemieux, président de l'Association des psychothérapeutes conjugaux et familiaux du Québec, mentionne la déception, la peine, la colère, mais parle surtout d'ambivalence, particulièrement quand la relation est supportable. Parallèlement au soulagement qu'on imagine à l'idée de pouvoir enfin penser à nos besoins, «on peut alors se sentir méchante de partir, traître dans notre engagement à l'autre, indique-t-il. Et peut-être aussi ressentir de la culpabilité envers les enfants et de la pitié pour le conjoint qu'on laisse ("Je ne peux pas lui faire ça, il a été si bon avec moi"). Cette ambivalence risque d'être très forte dans le cas d'une femme qui a toujours été très centrée sur le bien-être des autres, puisqu'elle trouvera incorrect d'agir pour elle-même. Mais il faut qu'elle ait confiance en son désir de mieux-être et qu'elle relativise l'effet de sa décision sur son environnement.» À bien des égards, cette remise en question du couple s'apparente, du point de vue émotif, à un processus de deuil. «Le deuil de la famille unie, par exemple, explique Élise Castonguay, même si bien souvent, lorsqu'une séparation survient, il y a déjà un moment qu'elle ne l'est plus vraiment. Le deuil d'un réseau social et d'une belle-famille, aussi.»

Autre émotion fréquente: l'angoisse d'abandon, c'est-à-dire la peur de se retrouver seule, souligne le psychologue Marc Doucet. Même l'estime de soi peut être touchée: à la longue, vivre une relation négative et dévalorisante porte atteinte à notre estime personnelle, et la décision de partir peut, dans certains cas, être entravée par ce manque de confiance.

D'autres facteurs concrets ou extérieurs encore peuvent perturber notre réflexion. Par exemple, la peur des complications financières peut nous empêcher de bouger. À l'inverse, l'excitation due à une relation extraconjugale pourrait aussi, par son aspect tout nouveau tout beau, nous faire agir sur un coup de tête.

Mais alors, sur quel sentiment peut-on se fier pour prendre la bonne décision? Sur la paix d'esprit, peut-être, qu'on ressent à l'idée de sortir ou pas de la relation. Ou sur notre espoir, notre confiance en la possibilité de voir renaître le sentiment amoureux dans notre couple. En général, on nous dira d'écouter notre petite voix intérieure et les signaux que nous envoie notre corps. Mais, plus souvent qu'autrement, les indications que nous donnent ces baromètres changent d'un jour à l'autre. «Est-ce que je fuis en partant trop vite? Est-ce que je me protège d'une blessure potentielle? Et si je reste, est-ce que c'est parce qu'il y a de l'espoir ou par peur d'être seule?» Ouf!

Pour s'épargner des maux de tête, Élise Castonguay suggère de faire la liste des avantages et des désavantages de la relation, en incluant autant le pragmatique (comme le confort financier) et l'émotif (comme le bien-être) que la vie sexuelle. Il est sans doute également bon de repenser au modèle de couple parental que nous avons eu pour déterminer comment il a pu nous influencer. «Si on a vu notre mère se faire abuser par son mari, par exemple, il est possible qu'on reprenne ce pattern-là, dit Marc Doucet. On reste marqué par ces empreintes originelles, mais on peut, par contre, apprendre à les reconnaître et les corriger.»

Concrètement, pour peser le pour et le contre, démêler les faits des émotions et mieux s'entendre, on recommande de prendre du temps en solitaire, que ce soit quelques heures volées en fin de soirée ou un week-end passé seule à la campagne ou chez une bonne copine. Si la décision reste difficile à prendre, on pourra envisager une pause et un déménagement temporaires. Toutefois, pour être vraiment utiles, ces gestes doivent être planifiés sérieusement, notamment en se fixant des objectifs et un temps précis (sur ce dernier point, les avis divergent, mais il semble deux semaines ne soient pas assez) en plus de déterminer s'il est acceptable ou non d'aller voir ailleurs pendant la séparation.Pendant cette période de réflexion, il est important d'abord de ne pas céder à l'angoisse d'abandon (si on s'ennuie de notre conjoint, ça ne veut pas nécessairement dire qu'on l'aime encore), mais aussi d'aller en profondeur et de se poser quelques questions fondamentales: Qu'est-ce qui m'appartient dans les difficultés que nous vivons (et inversement)? Suis-je prête à travailler pour rendre ma relation plus épanouissante? Avons-nous encore des buts communs? À quel point dois-je devenir quelqu'un d'autre pour que ma relation marche? «Et surtout, insiste Michel Lemieux, on n'évalue pas le passé, mais les possibilités d'amélioration de notre vie à deux.»

Pour démêler tout ce fatras, on peut se confier à une amie. «Il est bon de se confier à une personne de confiance, qui nous connaît bien, mais qui n'est pas membre de notre famille ni de celle de notre conjoint. Parce qu'eux pourraient nous donner un avis biaisé», estime Michel Lemieux. Une thérapie conjugale (ou individuelle, si le conjoint refuse d'y aller) est également possible et fortement conseillée. De l'avis de Sheryl Gaudet, cette consultation peut nous apprendre à travailler notre façon de communiquer pour «dénouer les incompréhensions et sortir des cercles vicieux».

Chacun est appelé, à un moment dans sa vie de couple, à douter de sa relation, estime Michel Lemieux. «C'est inévitable. Vous ne pouvez pas éviter le conflit. Au contraire, plus vous allez l'éviter, plus vous allez le nourrir.» Cela dit, si difficiles soient-elles, c'est souvent grâce aux remises en question et aux crises que les tensions se révèlent au grand jour et finissent par pour se résoudre. D'une manière ou d'une autre.

«Dans le contexte d'une éventuelle séparation, on se dit les vraies affaires, constate Marc Doucet. C'est parfois sous la menace de rupture que l'autre se met à bouger. La crise crée un espace relationnel où il est possible de travailler.» Une fois la crise traversée, si le couple décide de rester ensemble, le travail n'est pas terminé. «Souvent, les couples se disent de belles choses, mais ni l'un ni l'autre ne passe à l'action pour modifier son mode de fonctionnement, constate Michel Lemieux. Ce qu'il faut évaluer, ce n'est pas l'intention, mais l'action. En fin de compte, l'harmonie dans un couple, ce n'est pas l'absence de conflit, mais l'habileté des conjoints à résoudre les conflits de façon satisfaisante pour les deux.»

Et les enfants?
Est-ce une bonne idée de rester pour les enfants? Non, estiment la plupart des spécialistes interviewés. «Évidemment, le divorce n'est pas la meilleure chose à faire vivre à nos enfants, répond d'emblée la psychothérapeute conjugale, Sheryl Gaudet. Mais ça ne veut pas dire qu'il faille sacrifier son avenir quand on est malheureuse.» Ainsi, avoir le courage de leur dire, de façon sérieuse, qu'on ne s'entend plus est mieux que de les laisser dans un milieu familial insatisfaisant. «Même s'il n'y a pas de disputes devant l'enfant, il sentira les tensions. Les petits sont de vraies éponges à émotions, insiste Élise Castonguay. Un enfant va bien lorsque son parent va bien.» En se permettant d'être heureux, donc, en améliorant notre relation ou en prenant la décision de partir, on donne un bon exemple à notre enfant.
 
Une décision bien mûre
Dolorès, 46 ans, deux enfants
«J'ai pris la décision de quitter mon mari lorsque j'ai commencé à être sérieusement attirée par d'autres hommes. En réalité, c'est une accumulation d'insatisfactions qui m'avait menée à ce point de non-retour. Avec ma quarantaine et le bilan de vie qu'entraîne ce passage, je me suis décidée à divorcer, après 20 ans de vie commune. Je ne l'ai pas fait sur un coup de tête, la décision a mûri en moi pendant au moins deux ans avant que j'agisse. J'ai longtemps hésité par crainte de ne pas m'en sortir seule financièrement. Aussi et surtout à cause des enfants qui avaient 7 et 15 ans, à l'époque; je craignais qu'un divorce ne les traumatise. J'ai été très déprimée pendant toute ma période de doute, mais un moment est venu où il m'est apparu évident que je ne pouvais pas finir mes jours avec cet homme. C'était devenu invivable. On ne se respectait plus du tout et on ne partageait plus rien. Avec le recul, j'ai réalisé qu'au moment de notre mariage je n'étais pas assez amoureuse de lui, mais je n'osais pas reculer... Après le divorce, ma fille m'a confié qu'elle préférait la situation ainsi et mon fils, très introverti, a commencé à s'épanouir. Moi, j'ai tout de suite retrouvé ma paix et ma joie de vivre. Je crois toutefois qu'il aurait mieux valu qu'on se quitte plus tôt, quand il y avait encore un lien affectif et moins de rancoeur entre nous.»

Un soulagement
Suzanne, 35 ans, deux enfants
«La décision de quitter mon mari tournait depuis un moment dans ma tête, sans que je puisse l'exprimer. À un moment donné, je l'ai dit - Ouf! Enfin! - et ce fut un grand soulagement. Je me souviendrai toujours de ce moment-là. Nous avons parlé très longuement, comme nous ne l'avions jamais fait auparavant, et je lui ai avoué que je n'avais plus de sentiments pour lui et que j'étais incapable de continuer à vivre avec nos nombreuses disputes et ce mal-être qui m'envahissait. Oui, j'avais été amoureuse, mais peu à peu, après la naissance de nos enfants surtout, je n'avais plus eu l'impression d'être une femme à ses yeux. Je ne me sentais plus respectée, il n'avait plus de tendresse à mon égard et plus de reconnaissance pour tout ce que je faisais dans la maison et pour les enfants. Il a été très surpris lorsque je lui ai confié mon intention de le quitter. Il ne savait pas à quel point je souffrais parce que j'en parlais peu. Il m'a écoutée, mais sans jamais prendre sa part de responsabilité dans ce que nous étions devenus après 13 ans de vie commune. S'il avait voulu aller chercher de l'aide, j'aurais sans doute reconsidéré ma décision...»

Réconcilier les différences
Geneviève, 36 ans, deux enfants
«Lorsque je me suis installée avec Christian, après un an de fréquentations, j'étais sûre de mon coup. Bien que nous n'ayons pas les mêmes goûts en matière de loisirs, par exemple, je le trouvais responsable, fiable et j'étais bien avec lui. Il y a sept ans, j'ai fait une dépression et, en psychothérapie, j'ai pris conscience que je ressentais un manque dans ma vie amoureuse. Notre peu de points communs commençait à me peser, mais j'hésitais à m'en plaindre parce que Christian est le bon gars typique: gentil, bon père et, en plus, mes parents l'adorent. Est-ce que je me plaignais le ventre plein? Je l'ai convaincu d'aller en thérapie conjugale pour trouver un compromis entre son besoin sexuel, qui était très intense, et mon besoin d'épanouissement. Ça n'a pas marché comme je l'aurais souhaité, Christian n'est pas habitué à partager ses émotions. Mais nous avons fait un effort pour respecter nos différences, tout en cherchant des activités qui nous plaisent à tous les deux. Pour le reste, il me respecte assez pour me laisser la latitude de voyager avec des copines, de tripper à l'extérieur de la famille. Avec le temps, j'ai compris que Christian est un homme de famille et que ça me plaît finalement, d'avoir ce roc contre lequel je peux m'appuyer.»

Lentement mais sûrement
Myriam, 36 ans, enceinte
«Après quelques années de relation, je me suis sentie délaissée par Bernard. Je n'avais plus l'impression d'être aimée, et il me semblait que nos différences nous éloignaient de plus en plus. Je suis émotive et près de ma famille. Il est plutôt solitaire, rationnel et jaloux de sa liberté. À un moment, les difficultés se sont enchaînées: j'ai eu une aventure, nous chialions beaucoup l'un contre l'autre, puis ce fut à son tour d'éprouver des sentiments, bien éphémères, pour une autre femme. Pour moi, ce fut le signal d'alarme: après 10 ans de relation, je l'ai quitté pour de bon. Du moins, c'est ce que je croyais. Au départ, j'étais anéantie. Mais cette rupture a finalement été très féconde pour moi. Je me suis recentrée et j'ai réalisé que j'attendais beaucoup du couple, mais que je ne me donnais pas d'espace pour faire mes choses. Tout doucement, nous sommes redevenus amis, puis amoureux. Tous deux, nous désirions plus de respect entre nous. Nous avons aussi commencé à planifier des projets ensemble: faire du vélo, de la plongée, du ski de fond. Puis, acheter une maison, avoir un enfant. Notre relation s'est améliorée lentement, mais sûrement et je suis satisfaite. Nous partageons plus de choses aujourd'hui. Notre histoire a bien tourné.»

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