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Les complexes qui gâchent nos nuits

Les complexes qui gâchent nos nuits

Auteur : Coup de Pouce

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Les complexes qui gâchent nos nuits

Depuis qu'elle a mis au monde Adam, en septembre 2006, Catherine se trouve moche en tenue d'Ève. Au point qu'elle préfère ignorer les élans de sa libido plutôt que d'avoir à se dénuder devant son amoureux. «Tous les prétextes sont bons pour éviter qu'on n'ait des rapports: je suis trop crevée, j'ai mes règles, j'ai un torticolis, j'ai une énième vaginite, je ne suis pas douchée, etc., confie cette maman de 31 ans. Je suis consciente qu'à moyen terme notre relation court à la catastrophe, mais je suis incapable de supporter l'idée que mon mari puisse s'attarder sur mon ventre flasque ou voir en plan rapproché les belles vergetures roses sur mes seins.»

Notre corps sous la loupe
Danielle hésite elle aussi à se montrer dans le plus simple appareil. Pour cette jeune femme de 28 ans, pas question de faire l'amour autrement que dans le noir: «Comme ça, je suis sûre que mon conjoint ne sera pas trop gêné ou dégoûté par toutes les cicatrices d'acné que j'ai dans le dos.» Quant à Stacy, 48 ans, elle a réglé la question une fois pour toutes: «J'ai toujours été très complexée par mon corps. Chaque fois que je me faisais un nouveau chum, j'angoissais à mort en pensant au moment où j'allais devoir me déshabiller devant lui. Il y a deux ans, j'ai donc pris la décision de me "retirer du marché". Je trouvais que tout ça était devenu bien trop stressant pour le peu de plaisir que ça m'apportait de toute façon.»

«Quand on a un corps comme le mien, la dernière chose dont on a envie, c'est bien de se faire tripoter tout partout, explique Julie, 37 ans. Même si mon chum jure qu'il m'aime comme je suis, j'ai un derrière large comme ça et de la cellulite plein les fesses. Alors, quand je me résigne à faire l'amour pour ne pas le perdre, je capote.» Elle n'est pas seule. Elles sont nombreuses, les femmes dont les complexes prennent le dessus sous la couette. «On est rarement satisfaite de notre corps, constate la psychologue et sexologue Laurie Betito. Et, à un moment ou un autre de notre existence, on va toutes être complexées, que ce soit à cause de nos seins, de nos fesses, de nos cuisses, de notre tour de taille ou de tout ce qui vient avec l'âge.»

Passe encore quand on n'en fait pas une maladie et que ça ne nous empêche pas de jouir de la vie. «Le hic quand nos complexes nous suivent au lit, c'est que cela nous empêche d'être à l'aise, de nous abandonner et d'avoir du plaisir, explique Nicole Anne Cloutier, psychologue clinicienne. La sexualité, ça se passe d'abord dans la tête, surtout chez les femmes. En étant préoccupée par autre chose durant l'acte et en essayant de cacher nos imperfections plutôt que de nous laisser toucher, on ne fera pas l'amour d'une manière satisfaisante et on va rester sur l'impression que ce n'est pas le fun.»Le conjoint confus et frustré
«Le fait qu'on soit complexée dans la chambre à coucher risque aussi d'incommoder notre conjoint. Soit parce qu'on ne le laissera pas nous caresser oralement, soit parce qu'on préfère rester dans le noir alors qu'il aimerait pouvoir nous regarder à la lumière, soit parce qu'on va se mettre à espacer les relations sexuelles, etc.», explique Laurie Betito.

Yvon a vécu pendant 10 ans avec une femme qui ne s'aimait pas au point de ne pas se laisser aimer au lit. Ils ont fini par se séparer l'an dernier. «Mon ex était bourrée de complexes, explique cet ingénieur de 43 ans. Oui, elle avait un sein plus gros que l'autre. Mais il fallait vraiment regarder de près pour le remarquer. Oui, elle avait de la cellulite. Mais combien de femmes n'en ont pas? Oui, elle avait trois ou quatre kilos de trop. Mais c'était confortable, ces kilos! Ce qui m'énerve, encore aujourd'hui, c'est de ne pas avoir réussi à lui faire comprendre que je me foutais royalement de tous ces petits défauts physiques. D'ordinaire, ce genre de détails - car je considère que ce sont des détails - ne changent pas quoi que ce soit au sentiment amoureux, du moins tant qu'ils ne deviennent pas omniprésents et ingérables en bousillant ou en abolissant graduellement toute forme de sexualité.»

Marc Antoine, un infirmier de 32 ans, partage un point de vue similaire. Il aime profondément sa femme, malgré ses 85 kilos. Il va même jusqu'à dire qu'il ne l'échangerait contre rien au monde, parce qu'elle a tellement de belles qualités et de belles valeurs que son apparence pèse en somme bien peu dans la balance. Argument de poids, que la principale intéressée ne se résigne pourtant toujours pas à accepter. «C'est elle que ça agace, bien plus que moi, dit-il. Elle a du mal à s'enfoncer dans la tête que je puisse la trouver attirante alors qu'elle, elle se trouve énorme et pas sexy pour deux cents. J'espère juste que je ne vais pas finir par me tanner de l'entendre radoter sur sa "grosse graisse molle"...» C'est là le danger. «Si on répète sans cesse à notre conjoint qu'on est grosse alors qu'il n'est pas de cet avis, cela va finir par entraîner de la frustration, car, à ses yeux, tout ça ne fait pas de sens. À la longue, cela peut le pousser à s'éloigner de nous», explique Mariève Ross, sexologue clinicienne.Faire le ménage... dans sa tête
Pour éviter d'en arriver là, il faut prendre le taureau par les cornes et chasser ces foutus complexes qui nous minent et nous empêchent d'être heureuse au lit. «Il faut cependant commencer par se demander d'où vient le complexe, pourquoi ça nous dérange à ce point d'avoir des petits seins, pourquoi on ne voit que cela et pas nos nombreuses autres qualités», explique Mariève Ross. Quelques stratégies pour s'aider.

  • On arrête de faire porter le chapeau à nos complexes. C'est que ça peut être très pratique, un complexe! On peut à loisir lui imputer nos échecs amoureux («Si j'avais eu une taille de guêpe, il serait resté, c'est sûr»), et, grâce à lui, on a même une raison toute trouvée de se complaire dans notre situation en se disant que, sans lui, notre vie sentimentale aurait forcément été plus réussie. «Avant, j'attribuais tous mes malheurs à mon bec-de-lièvre, confie Juliette, 30 ans, chargée de projet. Après une longue thérapie, j'ai réalisé qu'il me servait en fait de protection contre d'éventuelles peines d'amour. Alors, je me suis jetée à l'eau. Oui, j'ai eu une grosse peine d'amour, mais j'ai aussi trouvé l'homme de ma vie.»

  • On explique la situation à notre amoureux. «On s'assoit avec lui et on lui parle ouvertement de nos complexes, propose Laurie Betito. On choisit un moment propice (pas au lit, au moment où il se sent amoureux). On dit les choses clairement, en évitant les généralités du genre «Je ne me trouve pas belle». Cela lui permettra de nous dire ce qu'il pense de nos petits défauts. Ce qui devrait nous rassurer. En effet, «si on leur demande si nos complexes les dérangent, nos conjoints vont répondre spontanément: "Non, pas du tout!" assure Laurie Betito. C'est rare de trouver des hommes que ça embête dans une relation sérieuse.» Juste de savoir que notre conjoint nous aime telle qu'on est, on se sentira déjà plus belle, plus en possession de nos moyens. Évidemment, pas question d'y revenir sans arrêt, au risque de perdre une oreille attentive...

  • On se bâtit un bon réseau. «Après un accouchement ou une mastectomie, plein de femmes vont rester seules, éviter les relations sexuelles et s'isoler de plus en plus, constate Mariève Ross. Bien sûr, ce n'est pas la chose à faire.» Si on a de la difficulté à s'ouvrir à notre amoureux, peut-être des femmes qui vivent la même chose que nous pourraient-ils nous aider à dédramatiser la situation. «Quand on s'entoure de gens bienveillants et qu'on a un réseau ou un groupe où on peut parler librement, ça aide grandement et ça dédramatise notre complexe», ajoute la sexologue.

  • On accepte que notre corps change. «Généralement, on sera un peu plus complexée à certains moments importants de notre vie: adolescence, grossesse, ménopause, etc., explique Mariève Ross. Notre corps se transforme, et on a du mal à accepter ses nouvelles formes. Pourtant, il n'y a pas d'autre solution: il y a un deuil à faire de notre ancien corps. Car on en est là: arrêter les relations sexuelles à jamais ou s'accepter.» À la ménopause, Lucette, 58 ans, s'est livrée à un petit cérémonial qui l'a grandement aidée à accepter son corps vieillissant. «J'ai trouvé une photo de moi en bikini et je l'ai l'enterrée dans mon jardin. En agissant ainsi, j'ai dit adieu une fois pour toutes à mon moi d'avant pour faire plus de place à mon nouveau moi.»

  • Fini, les pensées négatives! On doit à tout prix cesser de se dénigrer et de ressasser sans cesse les mêmes idées noires. Dès qu'on se surprend à songer qu'on ne peut pas faire ceci ou cela parce qu'on est trop ronde ou trop rachitique, on s'arrête net. Chantal, 44 ans, travaille très fort sur son «mental» pour être plus positive et s'accepter comme elle est. «Le J'suis bonne, j'suis belle, j'suis fine, ça marche, à condition de le vouloir très fort!» dit-elle. On peut aussi faire défiler dans notre tête des images plaisantes où l'on se voit, par exemple, en train de sourire ou d'embrasser notre amoureux. Moins on accorde d'importance à nos complexes, moins ils prendront de place dans notre vie.... et dans son lit! Évidemment, même si on travaille sur notre mental, pas question de cesser les câlins. «L'erreur que font beaucoup de femmes, c'est de se retirer de la sexualité», souligne Laurie Betito. Quelques trucs pour mater nos complexes à l'heure des ébats.

    On planche sur les préliminaires. Les complexes empêchent souvent de franchir l'étape des préliminaires, parce que c'est le moment où on se met nue et où on se laisse caresser, masser, toucher. (C'est plus révélateur qu'un coït sous les draps!) Pour y arriver, on s'efforce de sortir de notre tête et on se concentre sur le plaisir que nous donne notre corps», explique Laurie Betito. On peut même s'y prendre d'avance. «Les préliminaires commencent le matin avec un "je t'aime, mon amour" et un baiser (un vrai!), et peuvent se poursuivre durant tout le reste de la journée, soit par des coups de fil ou des mots doux coquins», suggère-t-elle. Comme ça, on va se mettre peu à peu dans l'ambiance, et on risque d'être mieux disposée à se laisser aller une fois entre les bras de notre chéri.

    On s'arme de fantasmes. Dans la réalité, on a le ventre dodu et un décolleté de mère nourricière? Qu'à cela ne tienne, dans l'imaginaire, les possibilités sont infinies! «Avoir des fantasmes peut aider. Si on arrive à s'imaginer que ce soir on est Angelina Jolie et qu'on se met dans cet état-là, ça peut faire une différence», explique Nicole-Anne Cloutier.

    On s'équipe en lubrifiants. Si nos complexes accaparent trop notre esprit, il est bien possible qu'on n'arrive pas à être suffisamment lubrifiée. Pour certaines, c'est un stress de plus: «Mon chum pense que je n'aime pas ce qu'il fait...» Si c'est le cas, certains lubrifiants vendus en pharmacie peuvent aussi être utilisés comme crème de massage, ce qui rend l'utilisation moins technique. «Chéri, j'ai un petit mal de dos...»

    On s'offre un joli peignoir. Certaines lectrices nous ont avoué que c'était leur arme secrète: un grand peignoir d'une matière sensuelle (soie ou satin), assez grand pour cacher ce qui nous indispose au lit, mais qui s'enlève rapidement, une fois dans le feu de l'action.

    On se fait une déco anti-complexes. Élise, 37 ans, a eu un bon flair quand elle a décidé de créer dans la chambre à coucher un éclairage feutré et diffus en disposant des chandelles un peu partout... sauf sur les tables de chevet. «J'ai l'impression que ça me montre sous un jour plus flatteur parce qu'on voit moins les cicatrices de mon accident de moto.»

    On prend soin de nous. « En s'occupant mieux de nous et en essayant d'adopter un mode de vie plus sain, on se sentira mieux dans notre corps et cela nous aidera à remonter la pente,» assure en terminant Laurie Betito. Des suggestions: on se parfume, on se crème pour avoir la peau douce, on trouve des dessous qui mettent nos atouts en valeur et on fait de l'exercice pour mieux se sentir dans son corps.

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