L'amour en maison de retraite

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Simone et Louis, 78 ans, ont fêté leurs noces d'argent et doivent maintenant terminer leurs jours en centre d'hébergement. Peuvent-ils espérer poursuivre leur histoire d'amour? De son côté, Madeleine, 86 ans, est tombée amoureuse de Paul, son voisin de chambre. Ont-ils la liberté de vivre leur aventure?
Vieillir en couple en résidence

À la résidence Le Renoir, les couples ont tout le loisir de poursuivre leur vie à deux, selon Carole Marcil, directrice générale de la résidence privée qui compte 600 unités, dont 29 pour personnes en perte d'autonomie. « Par contre, la plupart des couples préfèrent vivre dans deux chambres séparées, situées l'une à côté de l'autre. Souvent, ils louent chacun une chambre avec une porte communicante, histoire de s'aménager un petit salon », précise-t-elle.

Lorsqu'un partenaire est en perte d'autonomie, l'autre conjoint garde toutefois l'appartement et le visite régulièrement en chambre. « Mais avant d'en arriver à cette solution, le couple a généralement tout fait pour rester uni le plus longtemps possible », indique Carole Marcil, qui travaille depuis une douzaine d'années auprès des aînés.

D'autres, par contre, choisissent le chacun chez soi pour mieux vivre leur « désamour ». Dans son livre La vie en maison de retraite, Claudine Badley-Rodriguez rappelle que les résidences de soins pour personnes âgées hébergent aussi des couples qui ne s'entendent pas ou qui ne se sont jamais entendus. « À l'époque de la jeunesse des personnes que nous accueillons aujourd'hui, nombre de mariages étaient quelque peu contraints et forcés. Parfois les comptes attendent le grand âge pour se régler », conclut-elle.

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Vivre un nouvel amour

Mais qu'en est-il des nouvelles rencontres dans les maisons de retraite? « Elles sont plutôt rares », admet Carole Marcil. « Le peu d'hommes disponibles est très demandé dans les centres d'hébergement, où la moyenne d'âge dépasse largement les 80 ans. La plupart arrivent en couple, ont une partenaire plus jeune qu'eux ou meurent avant que le nouvel amour fleurisse. »

La rareté des hommes susciterait aussi bien des jalousies, selon un article du bulletin de l'Association des résidences et CHSLD privés du Québec (ARCPQ). « Mais tout est caché. On en entend rarement parler », d'ajouter Carole Marcil.

Des règles adaptées aux couples?

Bien qu'elles ne soient pas légion, les histoires d'amour entre résidants existent bel et bien et durent parfois fort longtemps. Seulement, les règles des établissements ne semblent pas toujours être adaptées à la réalité des couples. À l'ARCPQ, on soutient justement qu'il n'y a aucune règle. Comme les histoires d'amour se passent entre des gens adultes et consentants, les diverses directions privilégient plutôt une politique de non-ingérence. Si rien ne pose problème, elles préfèrent ne pas s'en mêler.

De là à dire que les résidants des centres d'hébergement peuvent passer la nuit dans une autre chambre que la leur, il n'y a qu'un pas que les établissements sont encore loin de franchir. L'étroitesse des lits, la présence des cochambreurs et les portes qui ne ferment pas à clés parlent d'elles-mêmes : les couples n'ont pas leur place dans les centres d'hébergement.

Au Centre d'hébergement Champlain Saint-François de Laval, des efforts ont déjà été faits pour favoriser l'intimité des couples. Les cochambreurs étaient invités à libérer leur chambre, en participant à une activité collective. Dans les faits, par contre, la plupart des résidants dont le conjoint n'était pas hébergé au Centre n'ont jamais été informés de cette possibilité.

Par contre, dans les résidences et les foyers privés, il existe quelques chambres qui conviennent parfaitement aux couples. « Mais les femmes ne veulent pas cohabiter avec leur nouveau compagnon, souligne Carole Marcil. Contrairement à la croyance populaire, elles ne veulent pas se remarier. Les hommes voudraient bien aménager avec leur amoureuse, mais les femmes préfèrent s'en tenir aux fréquentations! »

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La sexualité en foyer d'accueil

Rien ne sert de faire l'autruche, les manifestations de sexualité existent dans les centres d'hébergement, selon Claudine Badey-Rodriguez, auteure de La vie en maison de retraite. « Si les comportements sexuels de certains résidants peuvent être déviants, inadaptés ou agressifs, d'autres demeurent dans le registre de la normalité, explique-t-elle. Il en est ainsi de la masturbation, lorsqu'elle se pratique dans l'espace privé qu'est la chambre, ou des relations sexuelles entre résidants, lorsqu'elles sont librement consenties par les deux partenaires et ne donnent pas lieu à de l'exhibitionnisme. »

Il n'est pas rare que le personnel soignant tombe sur des scènes embarrassantes. Le problème de l'intimité doit donc être posé de façon plus globale, croit Madame Badey-Rodriguez. « Frappons-nous avant d'entrer dans une chambre? Avons-nous des comportements respectant l'existence d'un espace propre et d'un jardin secret chez les personnes que nous accueillons?  », demande-t-elle au personnel aidant.

En Ontario, une déclaration des droits des personnes qui habitent dans des foyers de soins de longue durée a été élaborée afin, justement, de protéger leur intimité. Elle stipule que « le résidant ou pensionnaire a le droit de voir préserver son intimité dans le cadre de son traitement et de la satisfaction de ses besoins personnels. » Les besoins personnels cités étant le bain et l'utilisation de la toilette. Rien n'est dit sur les besoins d'ordre sexuel.

À l'étranger, certains établissements reconnaissent toutefois la sexualité encore vivace de certains résidants. À New York, des maisons de retraite distribuent aux occupants des préservatifs, tandis qu'au Danemark, une maison de retraite passe, tous les samedis soirs, des films pornographiques à ses pensionnaires, à la demande de ces derniers, afin de détendre l'atmosphère et d'apaiser les esprits. Des petites pancartes « Ne pas déranger » sont même disponibles, à la réception, pour ceux qui empruntent des cassettes pornographiques!

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Source

Association des résidences et CHSLD privés du Québec

Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux

Association des établissements privés conventionnés du Québec

Claudine Badey-Rodriguez, La vie en maison de retraite, Albin Michel éditeur, 2003.

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