Couple
24 nov. 2008

Après l'infidélité

Par Karine Vilder

Auteur : Coup de Pouce

Couple
24 nov. 2008

Après l'infidélité

Par Karine Vilder

Brusquement, il n'y a plus un seul bruit dans la cuisine. Même la montre et le coeur d'Anne-Marie semblent s'être arrêtés. Sur la table en acajou qu'elle a soigneusement astiquée la veille, deux corps couverts de sueur s'agitent en cadence. Ceux de son mari et d'une petite brune potelée. Abasourdie, Anne-Marie les observe sans comprendre. Puis, elle réalise. Jean-François la trompe. Son Jean-François. Celui qui lui a donné trois enfants, qui l'embrasse tendrement chaque matin avant d'aller travailler, qui rêve d'un chalet perdu dans la forêt pour profiter davantage des belles années qu'il leur reste et avec qui elle file le parfait bonheur depuis maintenant un quart de siècle.

Non, elle ne s'est doutée de rien. Comment aurait-elle pu? À ses yeux, ils formaient le couple idéal. Ils ne faisaient peut-être plus l'amour aussi souvent qu'avant, mais il y avait entre eux une telle complicité, une telle harmonie que jamais elle n'aurait imaginé vivre un jour pareil cauchemar. «La souffrance qui s'est abattue sur moi est simplement indescriptible, confie-t-elle. Pendant des semaines et des semaines, je me suis traînée dans la maison, le coeur en miettes. Je ne savais pas qu'on avait un si gros réservoir de larmes dans le corps.»

Un tsunami d'émotions
«L'infidélité est probablement la pire trahison qu'on puisse connaître dans une relation de couple, affirme François St Père, psychologue spécialisé en thérapies conjugales et auteur de L'Infidélité - Mythes, réalités et conseils pour y survivre. Et plus la trahison a duré, plus le choc est grand, surtout si la relation allait relativement bien. Les réactions qui en découlent sont donc assez violentes.» Isabelle, par exemple, a cassé en deux un à un les 356 CD de musique classique de son chum avant de détruire à coups de marteau son ordinateur flambant neuf et son écran plasma de 3 000 $. «Il fallait que je me venge, explique cette femme de 39 ans. On ne fout pas en l'air cinq ans de vie commune et de projets d'avenir sans qu'il y ait de conséquences. Sinon, ça serait trop facile.» Michèle, elle, s'est tailladé les veines à l'aube de ses 32 ans après avoir appris que l'homme dont elle était éperdument amoureuse menait depuis huit ans une double vie. Quant à Roberta, 27 ans, elle a contacté séance tenante un avocat. «Ça ne faisait pas un an qu'on était mariés, précise-t-elle. Alors, je considère que j'ai juste connu le pire, pas le meilleur. Je voulais au plus vite passer à autre chose, repartir à neuf. Tant que j'ai été dans l'action, ça allait. Mais une fois la procédure de divorce terminée, je me suis effondrée.»

Une fois passée la stupeur qui suit immanquablement la découverte, on risque d'être emportée par une énorme avalanche de sentiments contradictoires oscillant entre la colère, la tristesse, la perte d'estime de soi, l'incrédulité, l'anxiété, la crainte de se retrouver seule, la jalousie, le désir de vengeance, l'amertume ou l'espoir d'améliorer la relation. «C'est un moment troublant, déstabilisant, pendant lequel il ne faut pas prendre de décisions, conseille Marc Pistorio, psychologue et médiateur, auteur de Vérité ou conséquences. Surtout lorsqu'il y a des enfants d'impliqués.» Évidemment, c'est nettement plus facile à dire qu'à faire. «Tant qu'on n'a pas vécu ça, on ne peut même pas imaginer ce que c'est, assure Claude, 43 ans. Un moment, j'avais envie d'imiter la femme de Bobbitt, et la seconde d'après, j'étais prête à gravir les marches de l'Oratoire à genoux pour ne pas le perdre. Dans l'intermède, mes deux fils me suppliaient de baisser le volume. Ce n'était pas la mère qui hurlait, mais l'épouse blessée à vif.» Anne, 31 ans, s'est maîtrisée de justesse en s'apercevant que ses jumelles de 7 ans assistaient à «l'annonce» en pyjama dans le salon. Du moins sur le coup. «Parce que, dans les jours qui ont suivi, j'ai failli virer sur le top. J'étais comme une cocotte minute. J'avais tellement de questions dans la tête que j'ai cru qu'elle allait éclater sous la pression.»Revivre l'instant, encore et encore
C'est qui, cette femme? Ça dure depuis combien de temps? Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça? Comment n'ai-je pas su le satisfaire? Est-ce qu'il m'aime toujours? «Certains auteurs disent que la personne trompée peut passer jusqu'à 80 % de son temps éveillé à penser à l'infidélité, souligne François St Père. Elle va se sentir responsable de ce qui arrive, elle va s'en vouloir de n'avoir rien vu, de ne pas avoir su combler son partenaire. Et souvent, elle va éprouver le besoin de tout savoir, même les détails qu'elle ne devrait pas connaître, comme "Comment est son corps?" ou "Est-ce qu'elle fait mieux l'amour que moi?" On n'a pas besoin d'alimenter sa douleur avec ce genre de questions. Ce n'est pas ça qui est important», explique-t-il.

Pour l'instant, l'important, c'est de laisser retomber la poussière pour comprendre et faire la part des choses. Pour y parvenir, on peut se confier à quelqu'un qui pourra nous écouter sans nous juger et qui a assez de vécu pour comprendre que de telles situations se produisent et faire la part des choses. Idéalement, selon François St Père, on évite de se confier à des membres de la famille ou à des amis de notre couple. Les premiers auront le réflexe de nous protéger et se mettront en colère, tandis que les seconds se sentiront pris entre l'arbre et l'écorce et auront du mal à voir les choses objectivement. Faute d'une bonne oreille, on peut aussi consulter. «Aller voir un professionnel fait une grande différence quand on est en situation de crise, assure Marc Pistorio. Une fois le choc émotif passé, débute le travail de prise de conscience. Qu'est-ce qui fait que je me retrouve dans cette situation? Est-ce que c'est une situation récurrente? Est-ce que ma sexualité est épanouissante? Il ne s'agit pas de vivre dans les regrets, mais de cerner le problème pour éviter qu'il ne se reproduise.»

Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait?
À ce stade-ci, on doit revenir un peu en arrière, histoire de cerner ce qui a bien pu pousser notre conjoint dans les bras d'une autre. «À partir du moment où un couple perd contact dans la communication, dans les échanges, dans les projets communs, il devient à risque, explique Marc Pistorio. L'infidélité est le symptôme d'une difficulté qui n'a pas été réglée et parfois, c'est le seul moyen qu'a trouvé l'autre pour dire "Je ne suis pas heureux avec toi"... En fait, ce n'est pas d'aller voir ailleurs qui est horrible, mais de ne pas s'être exprimé avant et de ne pas avoir donné à l'autre la chance de réparer. Oui, le conjoint qui trompe a sa part de responsabilité. Mais s'il est passé à l'acte, c'est généralement parce que cette relation de couple était dysfonctionnelle.» Alors, pour tenter de recoller les morceaux ou d'y voir plus clair, il faut parler, parler et encore parler... avec celui qui nous a trahie. «C'est ce qu'on a fait, mais c'était extrêmement difficile, parce que j'avais vraiment l'impression de m'adresser à un inconnu, avoue Anne. Du jour au lendemain, l'homme avec lequel je vis m'annonce qu'il a une maîtresse. J'étais quoi, moi, pendant tout ce temps? Un bouche-trou? Un port d'attache? Une assurance tout risques? Et lui, qui était-il? Un menteur? Un lâche? Un immature?» Chose certaine, quel que soit le poids de ses péchés, il croule probablement sous les remords. Avec ça, il craint à tout instant qu'on n'éclate en sanglots, qu'on ne lui explose au visage ou qu'on ne lui serve à l'apéro rien de moins qu'un cocktail Molotov! «Pour se protéger, il aura donc tendance à travailler plus tard ou à regarder la télé, dit François St Père. De plus, bien des hommes ne voudront pas aborder le sujet parce qu'ils ont honte.» Si c'es le cas, il faudra lui faire comprendre qu'on est prête à mettre notre colère de côté pour comprendre ce qui s'est passé et que, s'il tient à la relation, il n'a pas d'autre choix que de dialoguer.Mais une fois qu'on s'est confiés, qu'on en a discuté, il faudra, à un moment donné, prendre une décision: rester ou partir? Malheureusement, il n'existe pas de questionnaire standard qui mène à la bonne décision. Une foule de facteurs entrent en ligne de compte: la durée de notre relation, la présence ou non d'enfants, la qualité de la relation, la gravité de l'infidélité, le remords exprimé par l'autre... Même si la colère nous habite toujours, on doit absolument passer par-dessus pour arriver à analyser la situation avec un peu de recul. Pour s'aider, on peut regarder la relation dans son ensemble. Est-ce qu'on a l'impression que nos besoins - et les siens - ne sont jamais comblés? Est-ce que l'infidélité est la seule trahison qu'on a vécue avec lui? À ce stade-ci, il est important d'évaluer si la relation peut survivre, mais aussi si on peut nous-même survivre à ce type de difficulté.

On pourra décider sur le coup que c'est terminé, s'installer chacun de son côté, histoire de laisser retomber la poussière, puis choisir de retourner ensemble. Et ce n'est pas parce qu'on décide aujourd'hui qu'on ne peut pas se donner le droit de changer d'idée.

Si on reste
Dans ce cas, il faut attacher sa tuque! Il est clair que personne, à commencer par nous, n'oubliera jamais. «La première exigence, c'est que le partenaire termine sa relation et en fournisse la preuve ("Je veux que tu l'appelles pendant que j'écoute sur l'autre ligne"), relate François St Père. Malheureusement, malgré la preuve, la personne trompée peut continuer à avoir des doutes et la méfiance peut perdurer des mois, voire des années.» Pendant deux ans, Claude a exigé de son époux qu'il passe toutes ses soirées à la maison. Finis, les prétendus cours d'informatique ou les 5 à 7 entre vieux potes du cégep. «Je ne voulais pas l'enchaîner à la maison, mais la confiance, ça met du temps à se regagner», dit-elle pour sa défense.

Certaines auront même l'impression de devenir un peu paranoïaques: au moindre retard, elles sauteront aux conclusions et seront persuadées que leur chéri s'est remis à courir la galipote. Pourtant, si on décide de rester, c'est qu'on choisit de lui refaire confiance. Cela ne signifie pas nécessairement qu'on lui pardonne. On peut rester en disant «Je ne te le pardonnerai jamais», mais il faut impérativement tirer un trait sur l'affaire dans notre tête, en faire réellement un dossier classé et ne pas ramener le sujet sur le tapis à la moindre querelle. «Ce qui permet d'atténuer le doute, c'est la transparence et le fait de sentir que notre partenaire regrette, qu'il nous préfère, poursuit François St Père. Plus il nous montre qu'il nous aime et qu'il ne veut pas nous perdre, plus il y a de chances que le couple retrouve son intimité d'avant.» Bien souvent, le premier pan de notre relation amoureuse à écoper lors d'une infidélité, c'est l'intimité sexuelle. Il peut arriver que, durant l'infidélité (ou avant), les relations aient diminué ou qu'elles aient pris une forme plus routinière, par exemple. «On doit réapprendre à se séduire, à se surprendre, ajoute Denyse Cusson, sexologue, criminologue et psychothérapeute. Si on veut revenir ensemble, il faut absolument épicer sa vie sexuelle, retrouver un grain de folie. En changeant notre vie sexuelle, on lui donne un nouveau départ. Mais il ne faut pas se cacher que refaire l'amour après une infidélité, c'est extrêmement difficile.»

Anne-Marie s'en faisait même une montagne. «Je ne suis pas une pin-up et j'étais sûre que "l'autre" était beaucoup mieux roulée que moi. Quand j'ai fini par voir une photo d'elle, mon estime personnelle a grimpé de quelques jalons. En comparaison, j'étais une bombe. Mais je voulais tellement performer au lit que je n'arrivais pas à être naturelle. En plus, j'étais obsédée par des images de Jean-François la serrant contre lui. C'est long avant de pouvoir oublier. Même si ça fait cinq ans, j'y pense encore. Mon meilleur conseil, c'est de profiter de l'instant présent, de se faire confiance et de ne pas se sous-estimer. Sinon, il ne serait plus là.»On met les voiles
Certaines infidélités sont indéniablement plus dures à pardonner que d'autres. «Par exemple, si notre conjoint nous trompe avec notre soeur ou l'une de nos amies, illustre Denyse Cusson. Ou si l'idylle dure depuis des années. Et que penser des aventures qui se déroulent pendant une grossesse? Dans tous ces cas, l'infidélité est un choc assez brutal pour qu'on ne soit pas à même de le surmonter...» C'est ainsi qu'Émilie, stagiaire de 27 ans, a perdu le même jour à la fois son chum et sa meilleure amie. «Je les ai surpris en "flagrant dans le lit" le 17 mars dernier. J'ai capoté. Je venais de recevoir deux coups de poignard en plein coeur et j'étais trop meurtrie pour me battre. Alors, je suis partie sans demander d'explications.»

On peut aussi décider de mettre un terme à la relation si on n'arrive toujours pas à établir de dialogue franc après deux mois d'acharnement «ou si l'infidèle ne reconnaît pas ses torts, ajoute François St Père. Certains hommes vont banaliser leur aventure ou faire porter le poids de ce qu'ils ont fait à leur partenaire («Si tu t'étais occupée de moi davantage, on n'en serait pas là»). Bref, ils en rajoutent en disant que c'est la faute de l'autre.» Mais une séparation n'est pas nécessairement négative. «Personnellement, ça m'a permis de mieux me connaître et de m'épanouir, confie Valérie, 29 ans, maintenant mère monoparentale. J'avais un conjoint qui me trompait? J'efface tout et je recommence. Désormais, je sais exactement quel genre d'homme je veux. Je sais aussi que, pour être heureuse, il faut que je prenne ma place au sein du couple, que je m'affirme.» Et Marc Pistorio de confirmer: «Dès qu'on vit des malaises, on doit se le dire même si c'est confus. Une infidélité se reproduira d'autant moins si on met nos sentiments au clair.» En fait, il faut nommer concrètement les choses qu'on ne tolère pas dès le début de la relation. Par exemple, lui dire que prendre un verre avec son ex est pour nous inacceptable permettra d'ajuster les perceptions de chacun et d'éviter les malentendus.

Quatre femmes racontent

Un double choc «J'ai appris que mon chum me trompait de la manière la plus sordide qui soit. Un beau matin, je me suis levée avec de la fièvre et des petits bobos bizarres sur les parties intimes. Diagnostic: herpès génital. Honnêtement, plus le temps passait, moins je savais ce qui était le pire: être cocue ou avoir cette foutue MTS. J'étais dans une impasse. D'un côté, il y avait mon chum qui me suppliait de lui pardonner son one-night stand, que lui aussi payait cher, de l'autre, il y avait moi et ma rage. J'ai fini par partir quelques mois pour prendre du recul et me calmer le pompon... mais je ne suis pas revenue. Qu'il me trompe, c'était une chose. Mais qu'il ait en plus mis ma vie en danger, ça ne passait pas.»
Nora, 33 ans

Une cassure qui peut se réparer
«Louis et moi sommes conjoints de fait depuis 12 ans. Entre 2004 et 2006, je sais qu'il m'a trompée allègrement. Quand je l'ai découvert -par une amie qui l'a vu embrasser deux femmes différentes au cours d'un même mois! -, je lui en ai voulu à mort et je l'ai foutu à la porte. Ça nous a permis de réfléchir chacun de notre côté et de réaliser qu'on s'aimait toujours même si ça ne marchait plus très fort entre nous ces dernières années. On a pris notre temps avant de revenir ensemble. Je voulais qu'il me reséduise et, surtout, qu'il me donne raison de lui faire à nouveau confiance. Pour le moment, on est toujours sur notre nuage. Cette histoire d'infidélités nous a aidés à nous rapprocher. Qui l'aurait cru?»
Rita, 42 ans

Choisir de rester
«L'an passé, la maîtresse de mon mari est venue sonner chez nous parce que ça faisait un bout de temps qu'il ne lui retournait plus ses appels. On était en plein Fatal Attraction et on a vécu une semaine absurde à cause de cette femme. Lorsque les choses se sont calmées, c'est moi qui n'ai pas voulu qu'on se sépare. Mes parents ont divorcé quand j'avais 9 ans, et il n'était pas question que mes enfants connaissent ça. Ce qui a été difficile, c'est de leur cacher la peine que je vivais et la colère que j'éprouvais contre leur père. Et puis la vie a repris son cours. Pour l'instant, je ne regrette pas ma décision.»
Carole, 46 ans

Une décision difficile
«Je suis jalouse de nature. Très jalouse. Et mon ex m'a avoué que c'est ce qui l'avait poussé à me tromper. Il voulait me donner une bonne raison d'être jalouse. Ça a marché, parce que cette fille, je l'ai haïe à m'en rendre malade... Dans mon esprit, c'était elle la responsable de mon malheur. J'ai fini par aller voir un psy parce que je ne voyais pas le jour où j'allais réussir à me la sortir de la tête. Ça a été un long cheminement, mais, en gros, il m'a aidée à découvrir que je tombais toujours amoureuse de gars qui ne voulaient pas s'engager, de gars qui déclenchaient en moi un signal d'alarme. Aujourd'hui, je vis seule. Je veux prendre le temps de me trouver quelqu'un de bien pour ne pas retomber dans le même pattern.»
Marie, 26 ans
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