Argent et consommation

Emprunter plutôt qu'acheter, pourquoi pas?

Emprunter plutôt qu'acheter, pourquoi pas?

Thinkstock Photographe : Thinkstock Auteur : Coup de Pouce

Argent et consommation

Emprunter plutôt qu'acheter, pourquoi pas?

On a perdu le réflexe d'emprunter aux autres. Quand on a besoin de quelque chose, on trouve plus facile de l'acheter que de demander à notre entourage de nous le prêter. Peur de déranger, peur que la personne ne pense qu'on n'a pas les moyens de se le procurer, malaise à communiquer notre besoin et gêne d'aborder les autres: autant de raisons qui nous retiennent. Et puis, il y a les histoires d'horreur! Sylvie avait prêté un livre à une amie. «Quand elle me l'a rendu, les coins de page étaient pliés et la première page blanche avait été déchirée, car le téléphone avait sonné et elle avait pris des notes! Pour moi qui fais très attention à mes livres, c'était inconcevable!» Il y a aussi la série sur DVD qu'on n'a jamais revue ou notre voiture qui est revenue... vide d'essence et cabossée.

«Pourtant, on gagne à apprendre à partager, à prêter et à emprunter», affirme Josée Jacques, psychologue. On demande aux enfants de partager leurs jouets, mais, comme adultes, on a perdu cette habitude. «Trop souvent, on attend une forme de reconnaissance de la personne à qui on a rendu service, constate la psychologue. Il faut avoir l'esprit ouvert et comprendre que c'est un mouvement global et que ça nous reviendra d'une autre façon et par une autre personne, un peu comme un immense Donnez au suivant. Le geste nous mettra dans un état positif et on sera probablement plus ouverte à aider une autre personne.» C'est une roue qui tourne. On sera plus à l'aise d'emprunter si on prête aussi.

La tendance à se débrouiller seuls est apparue après la Seconde Guerre mondiale. L'accès au crédit, la révolution économique et industrielle et le nouveau pouvoir d'achat aidant, les gens se sont mis à acheter plutôt qu'à emprunter. Aujourd'hui, on observe un retour du balancier. «Les gens recherchent de nouvelles façons de vivre ensemble, et réactiver les liens de bon voisinage est une manière d'y arriver. On souhaite que les gens se sentent responsables des autres et qu'ainsi, on puisse aussi compter sur eux en cas de pépin», explique Nadine Maltais, du Réseau québécois de Villes et Villages en santé (RQVVS).

 

 

Le retour du troc

Il y a une manière de demander, et aussi d'accepter ou de refuser pour que tous se sentent respectés. Quand on a besoin d'emprunter quelque chose, on formule une demande claire, comme: «Me prêterais-tu ton escabeau pour peindre la chambre de ma fille ce week-end? Je te le rends lundi.» Simple et efficace, surtout lorsqu'on évoque la date de retour.

De son côté, le prêteur doit exprimer clairement ses conditions. «Je n'ai aucun malaise à prêter un paquet d'affaires, mais je précise que c'est un prêt et que je m'attends à retrouver l'objet en excellent état au retour», dit Marie-Josée. Il n'y a pas de gêne à dire à notre voisin: «Je te prête ma tondeuse à condition que tu nettoies les lames après l'utilisation.» «Souvent, on a peur de paraître contrôlante en exprimant nos attentes. Pourtant, être précise permet d'éviter les malentendus», souligne Josée Jacques. Alain Samson, conférencier et auteur du livre Vivre consciemment, suggère d'amener l'emprunteur à s'engager: «On lui demande: "Quand penses-tu me le ramener?"» On contrôle ainsi le prêt et ses modalités. Certains notent tout ce qu'ils prêtent (on trouve même des cahiers de prêts dans certaines librairies et papeteries), d'autres non. D'autres encore rédigent un contrat, surtout quand il s'agit d'un prêt d'argent. L'important est de se respecter, de connaître nos limites et de savoir à qui on prête.

Au final, c'est à l'emprunteur de remettre l'objet en bon état à la date prévue, avec un remerciement bien senti. «J'essaie de ne pas garder les trucs trop longtemps. Sinon, c'est là qu'on oublie de les rendre. Et si on m'a prêté quelque chose de grande valeur, j'offre un cadeau de remerciement», raconte Amy. Alain Samson est du même avis. «Un simple mot écrit sur un post-it collé sur la pelle qu'on a empruntée peut faire la différence. On établit notre crédibilité et on boucle la boucle de l'emprunt dans de bons termes.»

Les limites des emprunts

On ne prête pas tout ni à n'importe qui. On prête normalement aux gens avec qui on a un lien de confiance ou de proximité, mais on a aussi le droit de refuser sans se sentir gênée. On explique: «C'est un bijou de famille d'une grande valeur sentimentale.» Ou encore: «J'en ai besoin.» Refuser ne veut pas dire qu'on n'est pas généreuse. Certaines choses ne se prêtent tout simplement pas à cause de leur valeur monétaire ou parce qu'elles ont une histoire particulière. «Mon père a eu son premier vélo à 18 ans, raconte Josée Jacques. C'était précieux. Aujourd'hui, à 76 ans, il peut nous prêter sa voiture ou son quatre-roues, mais pas son vélo.»

Il y a même de bons amis à qui on ne prêterait rien, car ils ne prennent pas le même soin que nous de leurs biens. La fréquence compte aussi. «Si notre voisin nous emprunte nos vestes de sauvetage quatre fois durant l'été, on peut refuser si ça limite nos propres sorties», estime Josée Jacques.

 

Vers la déconsommation

Déconsommer, c'est consommer autrement, avec les échanges de biens, le troc, les emprunts et les prêts. «Ma mère et moi, on achète des appareils culinaires à deux. Ainsi, on paie moitié prix!» lance Annie. «Les gens cherchent de plus en plus une façon humaine de consommer, explique Katia Gosselin, présidente du Becs.ca, une banque d'échanges communautaires de services. Étonnamment, lors d'un sondage réalisé par notre organisme, on a constaté que les gens échangeaient non pas pour économiser, mais pour trouver l'entraide d'un réseau et se sentir utiles. Souvent, on partage nos compétences au travail, mais on a d'autres talents. Je connais un ingénieur qui offre des ateliers culinaires de confection de macarons.»

Déconsommer signifie aussi vivre plus léger, arrêter d'encombrer notre espace, gaspiller moins, dépenser moins, protéger l'environnement et s'ouvrir aux autres. Cette nouvelle économie nous amène à prendre conscience qu'il est plus important d'avoir accès aux biens que d'en être propriétaire. Au RQVVS, on croit à la dimension sociale des échanges et des prêts. «Je suis convaincue que c'est la voie de l'avenir, affirme Nadine Maltais. On est allés tellement loin dans la consommation et l'individualisme qu'on a besoin de se ré-ancrer dans notre milieu et de retrouver le sens communautaire. Dans les années 60, avec le développement de l'État providence, de nombreux programmes sociaux sont apparus, si bien que la solidarité est devenue institutionnelle et organisée. De plus, on est tous devenus plus mobiles et moins ancrés dans notre territoire. Tout cela a influencé notre perception du rôle qu'on peut jouer auprès de notre entourage.

«Il y a présentement une crise des valeurs. Les gens cherchent davantage de sens, des relations plus cordiales, de l'entraide et du soutien. En se tournant vers notre quartier pour emprunter ou demander un service, on aura une vie quotidienne plus agréable, on dépensera moins et on créera un climat sain.» Les voisins font partie de notre réseau social, mais on l'a oublié. On travaille, on se terre dans la maison et on ne se salue presque plus. Pourtant, on a tout à apprendre en s'ouvrant aux autres... surtout quand ils demeurent à côté! «Le bon voisinage, c'est du développement durable», poursuit Nadine Maltais. Et à portée de la main! Que ce soit par le biais d'une tasse de sucre, d'un échange d'équipement sportif ou de l'emprunt d'une échelle, le voisinage permet de contrer l'hyperconsommation. Un prêt ou un échange à la fois, on change petit à petit notre monde.

En cas de bris ou de mauvais entretien...

L'objet revient en piètre condition? «Il n'y a qu'une solution: la communication claire, affirme Josée Jacques. "J'ai remarqué que les lames de la tondeuse étaient sales. J'avais pourtant demandé qu'elles soient nettoyées." Et si on brise le bien emprunté, on le dit et on offre une compensation, comme payer la moitié de la valeur de l'objet ou le remplacer.»

Les 5 règles du bon emprunteur

1. Préciser la raison et la durée de l'emprunt. On a ainsi plus de chances d'avoir une réponse positive.

2. Respecter notre engagement. On remet l'objet dans les délais prévus et en bon état.

3. Remercier le prêteur. Un simple mot ou une franche poignée de main renforcent la relation.

4. Ne jamais exagérer. Comme dans tout, la modération a meilleur goût! On n'emprunte pas 10 fois le batteur électrique de notre voisine!

5. Prêter à notre tour. Quand on emprunte, il faut prêter un objet ou rendre service à quelqu'un, un jour.

Les 4 règles du bon prêteur

1. Ne rien attendre en retour. Si on prête dans l'espoir de recevoir quelque chose, on le fait pour les mauvaises raisons.

2. Prêter de bonne grâce, avec le sourire. Si on a envie de dire non ou si on hésite, il vaut mieux écouter notre petite voix. C'est correct de refuser!

3. Émettre nos conditions clairement, sans gêne et sans chichis.

4. Amener l'emprunteur à s'engager. Une petite phrase suffit: «Quand penses-tu me le rendre?»

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