«On assiste à une véritable épidémie de TDA/H. Il y en a de plus en plus!»
Il arrive que les médias rapportent que les cas de TDA/H augmentent constamment et qu'il y a lieu de s'inquiéter. C'est faux. La prévalence du TDA/H est relativement stable depuis plusieurs années. Le trouble toucherait, selon les sources, de 3 à 7 % des enfants et de 2 à 5 % des adultes. On a l'impression qu'il y en a plus qu'autrefois parce qu'on a de meilleurs outils de diagnostic, explique le Dr Lambert. Les experts estiment malgré tout que jusqu'à 50 % des cas ne sont pas diagnostiqués.

«Les enseignants débordés parlent de TDA/H pour qu'on donne du Ritalin à ceux qui dérangent la classe»
On pointe souvent du doigt les enseignants et les salles de classe bondées, ce qui donne l'impression qu'on cherche à se débarrasser d'un problème avec la médication. «Ce n'est pas au professeur de poser un diagnostic, précise Sylvie Paquette, enseignante auprès d'enfants en difficulté et orthopédagogue à l'École élémentaire catholique des Voyageurs, à Orléans, en banlieue d'Ottawa. Le contexte scolaire aide évidemment à préciser le diagnostic. Si le professeur a un doute sur la capacité de concentration d'un élève, il demande aux parents comment ça se passe à la maison. À la lumière de leurs réponses et de ce qu'il voit en classe, il pourra conseiller aux parents de consulter leur médecin de famille.» Ensuite, selon Sylvie Paquette, il faut maintenir une bonne communication avec l'enseignant et lui mentionner tout changement à la médication ou au comportement de l'enfant.

«On voit surtout le TDA/H dans les milieux défavorisés»
D'un milieu à l'autre, les taux d'enfants atteints peuvent varier de 3 à 30 %. «Effectivement, dans certains milieux défavorisés, les taux tendent à être plus élevés, mais ce n'est pas parce qu'on est pauvre qu'on a plus de TDA/H, explique le Dr Lambert. C'est plutôt parce que, devenus adultes, les enfants TDA/H ont souvent du mal à trouver ou à garder un emploi, ce qui les plonge dans la précarité. Et, comme c'est souvent héréditaire, leurs enfants peuvent être atteints à leur tour.»

«Moi, je ne donnerais pas de médicaments à mon enfant...»
Il est normal que les parents craignent les répercussions d'une médication chez leurs enfants. «Personne n'aime médicamenter son enfant, dit la Dre Christiane Laberge, omnipraticienne. Mais, si votre enfant était diabétique, l'empêcheriez-vous de recevoir de l'insuline?»
Les principaux médicaments prescrits pour traiter le TDA/H sont des psychostimulants qui équilibrent les niveaux de neurotransmetteurs dans le cerveau. Ceux-ci sont responsables de la concentration et de l'inhibition des comportements négatifs. «C'est efficace, affirme le Dr Jolicoeur. L'enfant commence à s'occuper et à jouer selon les règles, à anticiper le lendemain. Ça canalise ses énergies.» Après quelques jours, il est déjà plus attentif, plus en mesure de se concentrer. «Une de mes patientes m'a décrit l'effet du médicament comme ceci: "Avant, toutes les idées arrivaient dans ma tête et je devais choisir. Maintenant, j'ai seulement une idée à la fois"», raconte la Dre Laberge. Il faut toutefois ajuster la dose et la médication, parfois à plusieurs reprises, avant d'arriver à un bon résultat avec le moins d'effets secondaires possibles (les plus fréquents sont la perte d'appétit et la difficulté d'endormissement).

Selon la Dre Laberge, la mauvaise réputation de ces médicaments viendrait du fait qu'il s'agit de psychostimulants. «Les parents associent le Ritalin aux drogues dures qui circulent sur le marché noir. Or, le Ritalin ne cause pas de dépendance et il n'y a pas de symptômes de sevrage à l'arrêt.»

«Une petite pilule, et tout est réglé!»
Si le TDA/H était le seul problème à traiter, les médicaments suffiraient, explique la Dre Stacey Bélanger, directrice de la clinique du TDA/H du CHU Sainte-Justine. Mais «la plupart des enfants présentent d'autre difficultés importantes qui compliquent le traitement». Ainsi:
  • 60 à 70 % des enfants seraient atteints de trouble d'opposition;
  • 40 à 50 % souffriraient d'anxiété;
  • 30 à 40 % présenteraient des troubles d'apprentissage (dyslexie, dyscalculie, etc.);
  • jusqu'à 90 % éprouveraient des difficultés d'apprentissage en général.

    Les experts s'entendent pour dire que le traitement passe par une approche alliant médicaments et thérapie. Par exemple, un ergothérapeute pourra traiter les troubles de motricité fine alors qu'un psychologue se penchera sur l'anxiété. Une éducatrice spécialisée pourrait donner aux parents et à l'enseignant des trucs pour gérer les devoirs et le fonctionnement en classe, etc.