Que mangent nos enfants à l'école?

Par
Annie Richer
Publié:
19 octobre 2007
Mise à jour:
16 mars 2009

La malbouffe dans les cafétérias des écoles québécoises a souvent fait la manchette au cours des dernières années. Aujourd'hui, les choses ont-elles changé?

C'est en effet tout un défi que de garder les ados à la cafétéria en leur présentant des mets amusants, attrayants et savoureux... sans augmenter le prix. «On essaie d'innover en mettant sur pied des bars à salades et des comptoirs à sous-marins. On n'a pas le choix. Autrement, les jeunes vont se rendre au restaurant du coin», explique Mme Robert, qui dit avoir essuyé des pertes de revenus à l'école secondaire de Rochebelle, même si le virage s'est bien passé.

Sans parler de la difficulté de trouver des collations santé, rares et plus coûteuses, auprès des fournisseurs. Selon Marie Marquis, professeure au département de nutrition de l'Université de Montréal, c'est un changement radical qui est exigé des concessionnaires de cafétérias: «On leur a toujours demandé de faire un travail de marketing, de vendre au client (l'enfant) ce qu'il veut.

Pendant des décennies, cela a fait l'affaire de tous, car c'était payant à la fois pour les entreprises privées et pour les commissions scolaires, qui recevaient des ristournes intéressantes de leurs concessionnaires. Les parents ne se plaignaient pas. Puis, du jour au lendemain, on demande aux mêmes joueurs de devenir des promoteurs de la santé publique. On leur dit: "Oubliez les attentes de vos consommateurs. Vous allez offrir aux enfants ce que nous considérons comme des aliments sains." Ça ne marche pas comme ça.»

Le poids des traditions
En milieu rural, le poids des traditions joue aussi. «On évolue dans une communauté rurale anglophone tricotée très serré, explique Sylvie Turmel, enseignante et instigatrice du virage santé à la Knowlton Academy, une école primaire des Cantons-de-l'Est. Les habitudes sont très ancrées. À preuve: c'est la même personne qui s'occupe de la cafétéria depuis 24 ans. On n'a jamais discuté si tel menu est nutritif ou non. Et parce que cela a toujours été comme ça, les gens ne se posent pas trop de questions. C'est la résistance au changement à laquelle on fait face.»

À Montréal, le défi est différent. Si la CSDM applique depuis plus de 30 ans une politique alimentaire qui exclut fritures, boissons gazeuses et autres aliments camelotes, elle est aux prises avec un compétiteur de taille: les nombreuses chaînes de restauration rapide et les dépanneurs qui jouxtent les écoles. «La concentration de ces commerces autour des établissements est telle qu'il faut travailler très fort et user de beaucoup de créativité pour garder nos élèves dans nos cafétérias», dit Claire Pelletier, nutritionniste à la CSDM.

Des réalités régionales incontournables
Certaines réalités propres au milieu compliquent parfois l'adoption d'un virage santé. Par exemple, la Commission scolaire des Monts et Marées, en Gaspésie, regroupe plusieurs écoles de tailles très différentes. Les concessionnaires qui les desservent vont de la petite entreprise de sept ou huit employés à la maman bénévole. «Ça peut être difficile pour ceux qui n'ont pas de connaissances nutritionnelles poussées de produire des menus complexes et variés», explique Yves Synnett, directeur des ressources matérielles à la Commission scolaire.

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