Que mangent nos enfants à l'école?

Par
Annie Richer
Publié:
19 octobre 2007
Mise à jour:
16 mars 2009

La malbouffe dans les cafétérias des écoles québécoises a souvent fait la manchette au cours des dernières années. Aujourd'hui, les choses ont-elles changé?

Selon la nutritionniste Geneviève O'Gleman, il est très difficile d'avoir l'heure juste à ce sujet. «Il n'existe pratiquement pas de statistiques. Aucune enquête rigoureuse n'a encore été effectuée.» Et, comme les cafétérias santé prennent fièrement le devant de la scène pendant que les autres préfèrent l'ombre, on peut difficilement se faire une idée objective sur l'alimentation en milieu scolaire au Québec.

«Toutefois, poursuit Geneviève O'Gleman, c'est clairement un sujet en effervescence, et on voit que des protocoles de recherche se mettent en place.» Si près de la moitié des écoles disent avoir adopté une politique alimentaire, il semble que cette expression ratisse très large. Au cours de ses visites incognito dans les cafétérias, Geneviève O'Gleman a pu constater de nombreuses différences entre les établissements. «Plusieurs écoles ont entrepris des changements. Or, malgré des budgets équivalents et des prix semblables, certaines parviennent à offrir une nourriture saine, savoureuse et bien équilibrée, alors que d'autres proposent encore poutines et pizza sur une base quotidienne. Ces dernières ont un bon menu du jour, mais quel jeune va l'acheter s'il a accès aux frites?»

Les machines distributrices constituent aussi un problème. Une enquête réalisée dans six commissions scolaires de la région de Québec en 2004 par la Direction régionale de la santé publique indique que pas moins de 80% des écoles secondaires possédaient au moins un distributeur automatique.

Ces distributeurs contenaient des boissons gazeuses ou à saveur de fruits (78%), des jus de fruits et de légumes (72%), ainsi que des chocolats, des bonbons et de la gomme (38%). Depuis, plusieurs écoles se sont débarrassées de leurs machines ou y ont remplacé les aliments camelotes par des produits plus sains. Mais, selon Nathalie Almeras, chercheuse à la Chaire de recherche sur l'obésité de l'Université Laval, il en resterait suffisamment pour que cela demeure problématique.

Il faut aussi savoir que la malbouffe n'est pas seulement une histoire d'aliments nocifs. «Il n'y a pas de définition précise de ce qu'est la malbouffe, poursuit Nathalie Almeras. La poutine, le chocolat, les boissons gazeuses et les hot-dogs se pointent bien du doigt, mais on peut aussi considérer comme malbouffe les aliments riches en sucre ou en gras, certaines coupes de viande et certains modes de cuisson. Si on veut sortir la malbouffe des écoles, il faut aussi y introduire des aliments variés et de qualité.»

À qui la faute?
Alors que nous sommes plus sensibilisés que jamais aux problèmes d'obésité, comment se fait-il qu'en 2007, il y ait encore de la malbouffe au menu des écoles? La question n'est pas simple, et il n'y a pas UN coupable. Si des écoles n'ont pas encore posé de gestes pour corriger le problème, cela peut être par manque de moyens, à cause de difficultés d'approvisionnement liées à leur situation géographique ou parce qu'il y a d'autres problèmes à régler en priorité, comme la violence et la toxicomanie. «Notre école est située dans un milieu favorisé, explique Linda Vallée, enseignante en biologie à l'école secondaire de Rochebelle, à Québec. Nous n'avons pas de problèmes majeurs. C'est certain que cela nous facilite la tâche et nous permet d'accorder beaucoup de moyens à la mise sur pied d'une politique alimentaire. Il n'en va pas nécessairement de même pour les établissements aux prises avec de graves problèmes sociaux, qui constituent une priorité.»

Quant aux services alimentaires, ils font face à plusieurs défis. «Lorsque je fais des poutines, non seulement j'ai besoin de moins de personnel, mais j'en vends plus», explique Lise Robert, directrice des Services alimentaires MonChâteau, qui exploite une trentaine de cafétérias d'écoles dans la région de Québec.

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