Maman, m'aimes-tu encore?
Le manque d'enthousiasme initial de l'enfant s'explique également par la peur de perdre sa place dans le coeur de ses parents. «Maman m'aimera-t-elle moins?» ou «Papa aime-t-il plus les enfants de sa nouvelle blonde que moi?» Comme la recomposition implique l'arrivée de nouvelles personnes dans la sphère familiale, l'enfant a forcément moins d'attention de son parent. D'où ses craintes. Maxime n'avait que 2 ans et demi quand sa mère est tombée amoureuse de Jean-Christian. En la présence de celui-ci, la petite était bougonne et réclamait beaucoup d'attention. Pendant la période d'adaptation, Marie-Andrée n'a pas dérogé à la routine de sa petite et lui a répété qu'elle l'aimait très fort. Le jeune âge de Maxime a joué en faveur du projet de recomposition familiale de sa mère. En effet, plus l'enfant est jeune, plus il s'adapte aisément à sa nouvelle réalité. Le tout-petit peut manifester son inquiétude par des cauchemars, des caprices et des épisodes de régression. Mais, avec du réconfort, de l'affection et le maintien de la routine, tout finit par rentrer dans l'ordre.
Les choses peuvent se corser avec un enfant de 6 à 12 ans. «Il est plus conscient des pertes qu'il subit et souffre d'insécurité face à l'avenir», constate Gisèle Larouche, travailleuse sociale, médiatrice au Centre de médiation familiale Iris (à Québec) et auteure de l'ouvrage Du nouvel amour à la famille recomposée. «Il a besoin d'être informé de ce qui se passe.» On doit aussi le rassurer sur l'amour qu'on lui porte et sur la place qu'il occupera toujours dans notre coeur. Peu importe les moyens qu'il prend pour manifester sa résistance (désobéissance, boycottage du nouveau conjoint, repli sur soi, impolitesse, etc.), il a surtout besoin qu'on lui permette - sans le juger - de verbaliser ses craintes et sa peine. Cette écoute attentive, qui lui permet de se sentir compris, on la lui procure autant de fois que nécessaire. «Le droit de parole ne signifie pas que c'est à l'enfant de décider, mais bien qu'il a le droit d'exprimer ses craintes, sa tristesse et sa colère», précise Marie-Christine Saint-Jacques, professeure à l'École de service social de l'Université Laval et coauteure de La Famille recomposée: une famille composée sur un air différent. «Le seul fait de parler de ce qu'il ressent peut lui faire un bien immense.»











