La garde partagée ne convient pas nécessairement à tous les parents ni à tous les enfants. De même, pour bien adapter cette façon de faire à son quotidien, on doit réunir le plus de conditions favorables possibles. Lesquelles?
La garde partagée doit être choisie, jamais imposée
On ne peut pas forcer l'ex-conjoint à assumer ce type de garde, comme on ne doit pas se l'imposer si on ne se sent pas prête à l'assumer. «La garde partagée doit être consensuelle», affirme la sociologue Denyse Côté, auteure d'une recherche publiée en 2000 et intitulée La garde partagée: l'équité en question, et directrice de l'OREGAND (Observatoire sur le développement régional et l'analyse différenciée selon les sexes). Selon elle, si un des deux parents se sent obligé d'accepter la garde partagée, cette dernière n'est pas une solution.
Connaître nos motivations réelles
«Une garde partagée doit être motivée par un désir sincère d'éduquer, de prendre soin de l'enfant et de l'aimer», insiste Claudette Guilmaine, médiatrice familiale et auteure, entre autres, de La garde partagée, un heureux compromis (Stanké). Si ce que l'on souhaite se résume à pouvoir contrôler son ex-conjoint ou simplement à se prévaloir de son 50 % de temps, la garde partagée risque d'être pénible pour tout le monde. L'intérêt de l'enfant avant tout
Même si, en général, une séparation entraîne son lot d'émotions et de stress, les deux adultes doivent le plus possible mettre de côté leurs griefs mutuels pour ne pas faire de l'enfant l'otage d'un conflit dont il n'est pas responsable. Pour ce faire, on doit tenir compte de plusieurs facteurs:
Même si les conjoints ne forment plus un couple, ils demeurent toujours des parents. Cependant, certains auront besoin de temps avant d'arriver à faire la distinction. Ainsi, le parent qui voit son conjoint le quitter pour un autre peut dire: «Tu NOUS as abandonnés». Or, refaire sa vie ailleurs ne veut pas dire abandonner les enfants. Faire le deuil de la relation de couple et apprendre un nouveau mode de vie parentale demande de l'effort et de la volonté, mais demeure possible. Pour ce faire, il faut, entre autres, éviter de vouloir contrôler l'ex, le punir, se venger, etc.
Il est pratiquement impossible que tout soit identique chez papa comme chez maman. Les valeurs peuvent se ressembler ou diverger. Les heures de repas ou de dodo, les punitions ou récompenses, le type d'activités également. On ne peut demander à l'autre parent de devenir végétarien ou le forcer à acheter un Play Station, par exemple. De plus, de nouveaux conjoints entrent aussi dans la vie de chacun, avec leurs propres habitudes. Ici encore, le respect de la vie de chacun est de mise.
En résumé, la garde partagée peut s'avérer adéquate pour certains et pas pour d'autres. Lorsqu'elle est motivée par un désir commun d'offrir un milieu épanouissant à l'enfant et que les deux parties s'impliquent, les chances de réussite sont grandes. Cependant, il faut que les conjoints se donnent du temps, aient des attentes réalistes et acceptent que la démarche soit parsemée d'essais et d'erreurs.
Il n'y a pas de modèle unique. Afin d'aider à établir un plan de match et de mieux communiquer, il est fortement recommandé de faire appel à un médiateur neutre. Au Québec, six rencontres de médiation sont offertes gratuitement aux ex-conjoints qui le désirent. Ils vivent la garde partagée de leurs enfants
«L'expérience est assez facile chez nous, surtout parce que mon rapport avec mon ex est assez harmonieux. On était d'accord sur le fait que nous soyons avant tout des parents. Ça marche bien parce qu'on échange dans le respect et que les besoins des enfants passent en premier. Le secret est là!» Josée, 40 ans, mère de deux adolescents de 12 et 13 ans.
Des difficultés qui pèsent lourd
«La principale difficulté au départ était d'ordre "technique", c'est-à-dire le transport de la valise et des jouets. On a donc convenu que son père et moi aurions chacun une garde-robe et des jouets pour Émilie. Solution qui est devenue un problème. Les vêtements fournis par papa ne sont pas ceux que maman aurait choisis, et vice versa! Avec le temps, il devient de plus en plus évident pour moi que la garde partagée n'est pas la meilleure solution lorsque les parents ont des modes de vie aussi diamétralement opposés que les nôtres.» Véronique, 34 ans, mère d'une fillette de neuf ans.
Ne pas s'ingérer dans la vie de l'autre
«Dans notre cas, la garde partagée marche bien. Avec le temps, j'ai quand même demandé que les changements de résidence se fassent les lundis et non les vendredis ou les dimanches, car je trouvais ça épuisant pour tout le monde. Pour moi, la clef de la réussite est de se respecter, de se faire confiance et de faire confiance à l'autre. Et, surtout, ne pas s'ingérer dans la vie de l'ex.» Roch, 50 ans, papa d'un garçon de neuf ans.
On adopte une même ligne de conduite
«J'ai la chance que ça se passe dans une totale collaboration. On tente d'avoir la même ligne de conduite: l'heure du dodo, la quantité de bonbons autorisée, le temps alloué à jouer sur l'ordinateur… Si notre fils doit consulter un spécialiste, on décide ensemble qui il rencontrera, on paie moitié-moitié pour les activités parascolaires et, quand on doit donner une punition, celle-ci est appliquée aux deux domiciles.» Céline, 35 ans, maman d'un garçon de cinq ans.











