Bien vivre la garde partagée

Par
Mylen Vigneault
Publié:
3 mars 2008
Mise à jour:
5 mai 2009

Lors d'une séparation, plusieurs parents optent pour la garde partagée. S'agit-il de la solution pour nous?

Au Québec, on parle de garde partagée lorsqu'un enfant habite au moins 40 % du temps chez l'un de ses deux parents, sur une base régulière. Ce mode de garde n'est donc pas, contrairement à la croyance populaire, obligatoirement une question de «50/50».Comme il n'implique pas non plus nécessairement le classique «sept jours chez maman et sept jours chez papa». Il signifie simplement que les deux parents partagent les droits et les obligations légaux reliés à l'enfant et qu'ils s'impliquent autant l'un que l'autre dans sa vie.

Comment «réussir» la garde-partagée?
La garde partagée ne convient pas nécessairement à tous les parents ni à tous les enfants. De même, pour bien adapter cette façon de faire à son quotidien, on doit réunir le plus de conditions favorables possibles. Lesquelles?

La garde partagée doit être choisie, jamais imposée
On ne peut pas forcer l'ex-conjoint à assumer ce type de garde, comme on ne doit pas se l'imposer si on ne se sent pas prête à l'assumer. «La garde partagée doit être consensuelle», affirme la sociologue Denyse Côté, auteure d'une recherche publiée en 2000 et intitulée La garde partagée: l'équité en question, et directrice de l'OREGAND (Observatoire sur le développement régional et l'analyse différenciée selon les sexes). Selon elle, si un des deux parents se sent obligé d'accepter la garde partagée, cette dernière n'est pas une solution.

Connaître nos motivations réelles
«Une garde partagée doit être motivée par un désir sincère d'éduquer, de prendre soin de l'enfant et de l'aimer», insiste Claudette Guilmaine, médiatrice familiale et auteure, entre autres, de La garde partagée, un heureux compromis (Stanké). Si ce que l'on souhaite se résume à pouvoir contrôler son ex-conjoint ou simplement à se prévaloir de son 50 % de temps, la garde partagée risque d'être pénible pour tout le monde. L'intérêt de l'enfant avant tout
Même si, en général, une séparation entraîne son lot d'émotions et de stress, les deux adultes doivent le plus possible mettre de côté leurs griefs mutuels pour ne pas faire de l'enfant l'otage d'un conflit dont il n'est pas responsable. Pour ce faire, on doit tenir compte de plusieurs facteurs:

  • L'âge de l'enfant. Un poupon qu'on allaite encore, un enfant de quatre ans ou un adolescent n'auront pas les mêmes besoins. Les plus jeunes n'ayant pas la même notion du temps, on peut opter pour un autre mode que le classique «une semaine chez l'un, une semaine chez l'autre». Un mode qui conviendra bien sûr aussi aux plus vieux, si tel est notre choix. Par ailleurs, certains parents choisissent même de laisser l'enfant au domicile familial et d'y habiter eux, à tour de rôle.

  • Les lieux de résidence des ex-conjoints. Denyse Côté ne recommande pas la garde partagée lorsque les parents habitent dans différentes villes, car la logistique risque d'être plutôt problématique. Cela dit, cette façon de faire peut quand même fonctionner pour certains.

  • La capacité des parents à assumer leurs responsabilités parentales. Si l'un des parents est en dépression, il ne se sentira peut-être pas capable de s'occuper de l'enfant sur une longue période. Ou encore, si l'un des deux ne s'est jamais beaucoup impliqué au jour le jour, il pourrait avoir besoin d'un certain temps pour apprendre à s'en occuper sur une base quotidienne. Un autre exemple: un parent qui n'a pas encore de domicile fixe devra d'abord s'organiser.

  • Distinguer l'ancienne vie conjugale de la vie parentale.
    Même si les conjoints ne forment plus un couple, ils demeurent toujours des parents. Cependant, certains auront besoin de temps avant d'arriver à faire la distinction. Ainsi, le parent qui voit son conjoint le quitter pour un autre peut dire: «Tu NOUS as abandonnés». Or, refaire sa vie ailleurs ne veut pas dire abandonner les enfants. Faire le deuil de la relation de couple et apprendre un nouveau mode de vie parentale demande de l'effort et de la volonté, mais demeure possible. Pour ce faire, il faut, entre autres, éviter de vouloir contrôler l'ex, le punir, se venger, etc.

  • Réduire les risques de conflits.Parvenir à discuter avec notre ex dans le respect et ne pas le dénigrer devant l'enfant de quelque façon que ce soit est important. Si la communication s'avère ardue, on réduit au minimum les risques de conflits – par exemple, en tenant un «cahier de communication». On y note les renseignements pertinents (médication, rencontres scolaires, etc.) et on laisse le cahier dans le sac de l'enfant, de façon à ce que chacun des parents puisse en prendre connaissance lorsque l'enfant est sous sa garde. Pour éviter du stress au sujet des fameuses valises, on peut aussi convenir que l'enfant ait une garde-robe chez papa et une chez maman. Notre enfant ne craindra pas d'oublier des choses et les parents ne pourront pas se disputer pour une tache sur un chandail ou une chaussette égarée.
  • Stabilité et souplesse, «La garde partagée doit naître de la volonté conjointe des deux parents d'être présents pour leur enfant, sur une base régulière et pour longtemps», explique Denyse Côté. Tant sur le plan émotionnel que pratico-pratique, la stabilité est aussi nécessaire pour les parents que pour l'enfant. Attention! Stabilité ne veut pas dire rigidité. Au fil du temps, des ajustements plus ou moins importants peuvent devoir être faits.

  • Ne pas faire sentir l'enfant responsable du conflit. Les enfants se sentent facilement responsables de tout. Le rôle des parents est de les rassurer, de leur expliquer la séparation, que les divergences d'opinions qui peuvent suivre ne sont en rien de leur faute. On n'entraîne pas notre progéniture dans un conflit de loyauté, on règle ça entre adultes.

  • Accepter les différences.
    Il est pratiquement impossible que tout soit identique chez papa comme chez maman. Les valeurs peuvent se ressembler ou diverger. Les heures de repas ou de dodo, les punitions ou récompenses, le type d'activités également. On ne peut demander à l'autre parent de devenir végétarien ou le forcer à acheter un Play Station, par exemple. De plus, de nouveaux conjoints entrent aussi dans la vie de chacun, avec leurs propres habitudes. Ici encore, le respect de la vie de chacun est de mise.

    En résumé, la garde partagée peut s'avérer adéquate pour certains et pas pour d'autres. Lorsqu'elle est motivée par un désir commun d'offrir un milieu épanouissant à l'enfant et que les deux parties s'impliquent, les chances de réussite sont grandes. Cependant, il faut que les conjoints se donnent du temps, aient des attentes réalistes et acceptent que la démarche soit parsemée d'essais et d'erreurs.

    Il n'y a pas de modèle unique. Afin d'aider à établir un plan de match et de mieux communiquer, il est fortement recommandé de faire appel à un médiateur neutre. Au Québec, six rencontres de médiation sont offertes gratuitement aux ex-conjoints qui le désirent. Ils vivent la garde partagée de leurs enfants

    Les enfants d'abord!
    «L'expérience est assez facile chez nous, surtout parce que mon rapport avec mon ex est assez harmonieux. On était d'accord sur le fait que nous soyons avant tout des parents. Ça marche bien parce qu'on échange dans le respect et que les besoins des enfants passent en premier. Le secret est là!» Josée, 40 ans, mère de deux adolescents de 12 et 13 ans.

    Des difficultés qui pèsent lourd
    «La principale difficulté au départ était d'ordre "technique", c'est-à-dire le transport de la valise et des jouets. On a donc convenu que son père et moi aurions chacun une garde-robe et des jouets pour Émilie. Solution qui est devenue un problème. Les vêtements fournis par papa ne sont pas ceux que maman aurait choisis, et vice versa! Avec le temps, il devient de plus en plus évident pour moi que la garde partagée n'est pas la meilleure solution lorsque les parents ont des modes de vie aussi diamétralement opposés que les nôtres.» Véronique, 34 ans, mère d'une fillette de neuf ans.

    Ne pas s'ingérer dans la vie de l'autre
    «Dans notre cas, la garde partagée marche bien. Avec le temps, j'ai quand même demandé que les changements de résidence se fassent les lundis et non les vendredis ou les dimanches, car je trouvais ça épuisant pour tout le monde. Pour moi, la clef de la réussite est de se respecter, de se faire confiance et de faire confiance à l'autre. Et, surtout, ne pas s'ingérer dans la vie de l'ex.» Roch, 50 ans, papa d'un garçon de neuf ans.

    On adopte une même ligne de conduite
    «J'ai la chance que ça se passe dans une totale collaboration. On tente d'avoir la même ligne de conduite: l'heure du dodo, la quantité de bonbons autorisée, le temps alloué à jouer sur l'ordinateur… Si notre fils doit consulter un spécialiste, on décide ensemble qui il rencontrera, on paie moitié-moitié pour les activités parascolaires et, quand on doit donner une punition, celle-ci est appliquée aux deux domiciles.» Céline, 35 ans, maman d'un garçon de cinq ans.
  • Vos commentaires(4 commentaires)

      • kathleen
      • Jeudi 04 février 2010
      • Voilà presque 5 ans déjà que ma fille vit la garde partaée soit 1 semaine/1 semaine. C'est l'enfer. Elle ne reçoit pas la même éducation et se fait manipuler par son père. Comme toi Isabelle, il a fait ça pour gagner, parce que les quatres premières années... il n'était pas là. Jamais de pensions, de couches ou quoi que se soit! Et du jour au lendemain... il demandait la garde complète! Ça me tue de voir ma fille ainsi, renfermée et pleine de colère. La garde partagée m'a été imposée. Je dors mal depuis 5 ans. Je souhaite de tout mon coeur qu'un jour elle revienne temps plein à la maison. Je le vois qu'elle est malheureuse dans cette situation. Je le sens et je le vois par ses dessins, ses dires et son attitude. J'aimerais tellement que ça revienne comme avant pour elle. Mais je ne dois pas lui dire cela... elle serait probablement triste que je fasse rien. J'aimerais bien que ça change... mais l'avocat dit que je n'ai pas de bonnes raisons et qu'aujourd'hui c'est la garde partagée qui prime!
      • MB 25ans
      • Jeudi 07 janvier 2010
      • Mon conjoint a quitté son ex il y a prêt d un an, en raison du rapport à l 'argent qu'elle entretenait, l'absence d'intimité, et de la violence verbale et physique qu'elle lui faisait subir depuis plus de 2 ans. Il souhaite la garde-partagé car la mère est dépressive, profite du système, et laisse traîner ses pilules (antidépresseur) ce qui a requis un séjour à l'hôpital pour la petite après en avoir ingérer. Il est inquiet. Elle a changé de ville ce qui le mène a 1h15 de route. Il veut qu'il y aie de bons exemples autour de la petite et souhaite participé activement à son éducation morale et intellectuel. J'espère que la justice verra au besoin de cette enfant de stabilité émotive, etc.
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