Pour Suzanne, 45 ans, il existe toujours un enfant préféré dans une fratrie. Aînée d'une famille de deux garçons et deux filles, elle se souvient très bien que son père préférait sa cadette et que sa mère avait un petit faible pour son fils aîné. «À la maison, on a toujours su qui étaient les favoris de qui. Mon frère et moi étions d'ailleurs très jaloux. On en a fait baver à ma sœur pour ça», raconte-t-elle, en précisant que sa situation n'avait rien d'exceptionnel, puisque d'autres amies vivaient la même chose à la maison.

Inutile de le nier, dans une famille, l'enfant préféré existe bel et bien. Le phénomène serait même assez courant, selon Rémi Côté, psychologue à la Commission scolaire de Montréal. «Être moins apprécié ou aimé d'un parent est une souffrance chez bon nombre d'adolescents. Ce qui est néfaste, ce n'est pas d'avoir un faible pour un de ses enfants, mais de le laisser paraître dans la famille», explique-t-il.

Comment expliquer la préférence?

Suzanne est aujourd'hui mère de deux adolescentes. Quand on lui demande si elle a une attirance plus marquée pour l'une de ses filles, sa réponse est honnête. «Au cours de leur enfance, j'avoue avoir eu un faible pour ma cadette. Elle me ressemblait physiquement et avait le même tempérament que moi. Je me reconnaissais en elle. Maintenant, j'ai plus d'affinités avec mon aînée. Je l'apprécie particulièrement pour ses qualités, sa force de caractère et sa gratitude face à la vie. Par contre, j'ai toujours fait très attention pour ne jamais leur faire sentir mes préférences. Dès que je constatais une injustice de ma part ou un trop grand intérêt pour l'une, je réajustais le tir.»