«Il est facile de dire que si son enfant était homosexuel, ça ne nous dérangerait pas... tant qu'on ne le vit pas!», soutient Janne Verret, maman de deux garçons, dont l'un est gai. «Même si je m'y attendais, ça a été un choc, dit-elle. Ma première réaction a été de m'inquiéter: mon fils allait-il réussir à être heureux malgré les préjugés?». Janne avoue également s'être sentie coupable. «Je me suis rappelé que mon fils jouait avec des poupées Bout'choux quand il était petit. Mon entourage me disait de ne pas le laisser jouer avec ça, car j'allais en faire une tapette! Quand il m'a annoncé, à l'âge de 15 ans, qu'il était gai, je me suis remise en question. Je me demandais si j'avais fait quelque chose de pas correct», raconte-t-elle.


Une réaction fréquente, selon Laurent McCutcheon, président de Gai Écoute. «Souvent, les parents croient que c'est leur faute si leur enfant est gai. Mais il faut savoir que ce n'est pas l'éducation des parents qui détermine l'orientation sexuelle d'un enfant», insiste-t-il.
Publicite

Face à l'inconnu
Aucun parent n'est jamais vraiment préparé à faire face à cette situation. «Quand cela arrive, tout ce qu'ils avaient espéré pour leur enfant s'écroule comme un château de cartes », observe Laurent McCutcheon. Selon Michel Dorais, sociologue de la sexualité et professeur à l'Université Laval, la déception est une réaction encore très fréquente, et rares sont les parents qui sautent de joie en apprenant que leur enfant est homosexuel. «Ils s'inquiètent de ne jamais avoir de petits-enfants, ou encore de ce que la famille va penser», dit le spécialiste. Il s'agit d'inquiétudes courantes, mais de moins en moins fondées, croit Michel Dorais. «À cause notamment du mariage désormais possible entre conjoints de même sexe, de la possibilité d'adopter et de l'image plus présente, par exemple dans les téléséries, d'homosexuels bien intégrés à la société».


Pauline Clermont a mis sur pied la Coalition d'aide aux lesbiennes, gais et bisexuels-les de l'Abitibi-Témiscamingue. C'était bien avant d'apprendre que l'un de ses deux fils était homosexuel. «J'ai eu la chance de me sensibiliser à l'homosexualité, mais quand mon fils, qui avait 16 ans, m'a confié qu'il était gai, il m'a fallu du temps pour apprivoiser la nouvelle. Même quand on accepte l'orientation de son enfant, on vit dans une société où l'hétérosexualité est la norme. Mon fils a dû vivre avec l'homophobie. Comme parent, on se sent impuissant et c'est difficile à vivre», raconte-t-elle.