Pendant la sabbatique, il faut demeurer vigilante: si ce temps d'arrêt peut être enrichissant pour un jeune autonome, il le sera moins si notre ado s'enferme. «Rester écrasé devant la télé est contre-productif», insiste Yvon Trottier. On doit faire attention aux idées noires, car quitter l'école, c'est quitter un réseau, s'isoler. Avant d'encadrer notre jeune, «il faut s'assurer que cette pause n'est pas un symptôme de dépression», dit Louisette Jean.

Notre fils s'est-il retiré de ses activités? Notre fille a-t-elle changé d'attitude? d'amis? Soutenir un jeune pendant sa sabbatique, «c'est exigeant pour les parents, qui doivent provoquer les occasions, s'informer, faire bouger les choses», remarque Louisette Jean. On a parfois l'impression qu'il faut tirer notre ado à bout de bras, car les jeunes ont tendance à tout remettre au lendemain. Comme c'est nous que la sabbatique dérange le plus, «pourquoi ne pas aller soi-même chercher de la documentation? suggère-t-elle. Malgré leurs réticences et leur manque d'enthousiasme, les jeunes sont souvent heureux quand on organise les choses pour eux.»

Des services à portée de main
Plusieurs organismes peuvent nous orienter: le Carrefour jeunesse-emploi de notre région (il y en a environ 93 au Québec), un service de placement pour les 16 à 35 ans; Intégration jeunesse du Québec, un service d'aide à l'emploi et de placement qui offre de la formation professionnelle en alternance avec le travail, ainsi que des stages rémunérés pour les 18 ans et plus; les organismes communautaires pour jeunes décrocheurs; Tourisme Jeunesse, qui connaît toutes les possibilités de stages à l'étranger.

Si notre ado est vraiment dans la brume, on lui propose de consulter un conseiller d'orientation. «Le parent doit à la fois pousser et soutenir», résume Yvon Trottier. Être bienveillant, accepter le projet et en reconnaître la pertinence, tout en étant exigeant et en imposant des contraintes. Il ne s'agit ni de pousser trop fort ni d'user de menaces du genre: si tu ne fais rien, déménage! Ni d'entourer le jeune d'un cocon si douillet qu'il n'aura pas envie de travailler ou de s'engager dans quoi que ce soit. «Mais d'orchestrer l'affaire pour que tout le monde soit gagnant», insiste Yvon Trottier. On fait un contrat clair, on pose nos exigences, on exprime nos besoins, on établit nos limites et on fixe des règles: si tu travailles, quelle sera ta contribution financière à la vie de la maison? combien mettras-tu de côté pour ton voyage? Avant tout, on garde le lien. «Plusieurs jeunes m'ont dit que ce qui les avait aidés, c'est que leurs parents ne les avaient jamais laissé tomber», raconte Louisette Jean. Ceux-là ont de meilleures chances de réintégrer le réseau.