La sabbatique est encore l'apanage des étudiants de cégep et d'université, mais de plus en plus de jeunes s'arrêtent dès la fin du secondaire avec l'intention de reprendre plus tard leurs études. «Plus de gars que de filles prennent une pause, constate Louisette Jean, conseillère d'orientation à l'Université du Québec à Montréal. Ils ont plus besoin de bouger que les filles, à qui le système scolaire convient mieux.» Il faut à ces jeunes de l'air et de l'espace pour se brancher. «Ils ne remettent pas en question les études; ils y reviendront. Mais elles n'ont plus de sens dans leur vie pour l'instant», croit Yvon Trottier, conseiller d'orientation au cégep Ahuntsic.
Laurence voulait réfléchir et souffler. «Je ne savais pas en quoi m'inscrire», dit-elle. Elle a trouvé un travail à mi-temps et s'est lancée dans la mise en scène d'un spectacle avant de s'inscrire au cégep, où elle est entrée en janvier après un arrêt de quelques mois. Entre les cours, le boulot et les répétitions, elle est essoufflée, mais contente d'avoir repris le chemin de l'école.
Risquée, l'année sabbatique?
Comme Laurence, plusieurs arrêtent parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils veulent. En fait, l'immense majorité des étudiants du collégial ne savent pas ce qu'ils feront dans la vie, et «45 % des cégépiens changent d'orientation en cours de route», souligne Louise Langevin, orthopédagogue et professeure à l'Université du Québec à Montréal. Selon elle, l'indécision n'est pas un motif valable pour laisser l'école. Car prendre un temps d'arrêt comporte un risque.
Superviseure du service d'aide à l'emploi à Intégration jeunesse du Québec, Catherine Bédard reçoit des jeunes qui veulent trouver un emploi ou réintégrer le réseau scolaire après leur pause et qui se heurtent à diverses difficultés. Plusieurs regrettent de ne pas avoir écouté ceux qui leur disaient de ne pas quitter l'école. Certains ont des obligations financières (loyer, paiements d'auto, etc.) qui rendent difficile un retour aux études, même à temps partiel. «Ils devraient témoigner dans les écoles; les jeunes les écouteraient plus que leurs parents», dit-elle. Un conseil? Louise Langevin croit qu'il faut d'abord essayer de retenir les jeunes aux études. Catherine Bédard, pour sa part, invite les parents à aider leur jeune à avoir des attentes réalistes.











