Nous avions envie d'un nouveau projet familial, de briser la routine et de découvrir le monde. Nous voulions nous mettre en mouvement et voir de quoi nous étions capables comme famille. Sylvain caressait depuis longtemps l'idée de vivre ailleurs qu'au Québec. Pour ma part, j'ai quitté la France il y a douze ans pour l'épouser et fonder une famille. Nous souhaitions un endroit où on parle français et où nous aurions tous à nous adapter, plutôt qu'aller en France où je suis née. Comme la Réunion est un département français, la démarche est plus aisée puisque nous avons la double citoyenneté. Un cousin y a vécu quatre ans. Enfin, en hiver, il fait de 22 à 24°C!
Y a-t-il eu un déclic dans votre prise de décision?
Nous avons convenu d'un petit jeu: attendre un clin d'œil du destin dans les trois mois suivants. Il faut se donner une date d'échéance. Dans une auberge où nous avons séjourné, nous avons discuté avec un couple qui avait une amie québécoise mariée à un Réunionnais. Nous nous sommes dit: Ça y est, voilà notre signe! J'ai eu la chance de rencontrer cette femme, qui était en vacances ici et c'est sa maison que nous occuperons en sous-location en arrivant là-bas! J'ai aussi consulté un psychologue pour me conforter dans ma décision. Je ne savais plus sur quels critères m'appuyer pour évaluer cette opportunité. Enfin, le décès de ma mère a été un déclic de confirmation, à savoir qu'il faut vivre ses rêves avant qu'il ne soit trop tard.
Comment vos enfants ont-ils réagi?
Nous avons organisé un petit conseil de famille, comme nous avons l'habitude de le faire régulièrement pour parler de nos préoccupations et exprimer nos sentiments. Simon était prêt tout de suite. Baptiste, lui, a été hésitant pendant un mois ou deux.
Et la famille, les amis?
Intuitivement, je n'ai pas parlé de ce projet aux gens plus routiniers, parce que je savais que je n'étais pas prête. Si certaines personnes y voient une expérience enrichissante, d'autres nous font davantage part de leurs peurs, de leurs craintes et des risques qu'ils entrevoient. Les gens réagissent en fonction de ce qu'ils sont. En ce qui concerne la famille, le choc de la séparation est surtout du côté de Sylvain. Pour ma part, mes parents sont décédés et ma sœur vit en Bretagne.
Comment se sont passés les adieux?
Nous avons organisé un pique-nique avec une quarantaine d'amis. Et puis, j'enverrai régulièrement des nouvelles par courriel à mes amis.
Comment voyez-vous votre intégration là-bas?
Nous avons inscrit les enfants à un camp de jour et ils pratiqueront le judo et le taekwondo, comme ils le faisaient au Québec. Dans mon cas, je joue de l'accordéon diatonique (traditionnel). J'essaierai de reprendre cette activité là-bas et je continuerai de m'engager dans ma communauté. Enfin, nous formons une bonne cellule familiale. Nous aimons passer du temps ensemble, tous les quatre.
Et si l'aventure tourne mal?
Nous serons allés au bout d'un rêve. C'est important d'essayer. Il arrivera ce qu'il arrivera. Je suis très confiante en l'avenir! Qui dit qu'une personne qui vit ici pendant 40 ans ne se trompe pas?










