Giovanni Apollo: s'inspirer des gens

Ses parents voulaient qu'il devienne prêtre, avant que son amour pour la cuisine ne se transforme en vocation. Pour lui, inventer des plats n'est pas une question de tendance, mais de coeur.

Quelles étaient les odeurs et les saveurs de votre enfance en Italie? Le pain frais et la sauce tomate. Mais aussi la mer, les oliviers. Un mélange d'odeurs qui me manque beaucoup.

Qui cuisinait à la maison? La mamma! La cuisine est une religion en Italie. Je viens d'une région très matriarcale. Les femmes font la cuisine pendant que les hommes jasent au salon. Mon père n'a jamais cuisiné.

Puisque la cuisine était interdite aux hommes, comment êtes-vous tombé amoureux du métier de chef? Un enfant n'est pas un homme. À six ans, je voulais être cuisinier. J'étais jeune, alors ma mère me permettait de l'observer. Quand mon père a appris mes intentions, sa réaction a été de me demander si j'aimais les femmes et si je n'appréciais pas la cuisine de ma propre mère. Il m'a même envoyé consulter un prêtre!

Aimez-vous cuisiner en couple? Absolument! C'est meilleur que le sexe! Il faut cependant respecter quelques règles: faire la mise en place et cuisiner ensemble, et miser sur les forces de chacun. Ainsi, si le résultat est moyen, on ne peut pas critiquer l'autre.

Faites-vous la cuisine avec vos enfants? Sans hésitation. Ma fille de 15 ans et mon garçon de 6 ans partagent régulièrement la préparation des repas. Il faut juste adapter les tâches en fonction de leur âge. Quand on fait des pâtes fraîches, je ne laisse pas mon fils tourner le laminoir: c'est trop exigeant. Je profite de ces moments pour leur parler des produits, de leur provenance, de comment les gens les cultivent. Mon fils est capricieux, et cuisiner avec lui a été une bonne tactique pour l'intéresser à ce qui se trouve dans son assiette.

Quelles sont les tendances à venir en cuisine? Ça ne m'intéresse pas! Pour moi, ce ne sont que des courants passagers. On a envie d'essayer de nouvelles choses, mais on s'en lasse rapidement. La cuisine est émotive. Il n'y aura jamais rien de mieux que les plats qui vous rappellent votre enfance. Le courant alimentaire n'a de vrai pouvoir que par l'intérêt qu'on y porte.

D'où vient votre inspiration? Des gens. Des femmes surtout. Lorsque je rencontre quelqu'un, son énergie, la texture de sa peau, tout m'inspire un mélange unique. Je traîne souvent un calepin et un crayon pour noter des idées. En ce moment même, je crée une recette que vous m'inspirez...