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De l’orange dans le bas de Noël aux enfants endormis dans les manteaux de fourrure, Noël évoque une série de souvenirs inoubliables. Des lecteurs partagent les leurs avec nous.
Souvenirs de Noël: Elianne, 94 ans
«Dans les années 20, j'étais petite fille. J'habitais à la campagne, à quelques kilomètres du village de Ste-Cécile de Lévrard, dans une maison en bois de type canadienne. Lorsque la fête de Noël arrivait, il faudrait plutôt dire la «messe de Noël», mon père devait décider qui des cinq enfants pourrait y assister. Mon père avait loué trois places dans un banc de l'église. Chaque année, deux des enfants pouvaient l'accompagner. Mon tour venait aux deux ou trois ans. Maman, bien entendu, devait rester à la maison pour garder le reste de la famille et préparer un petit réveillon.
«Papa attelait la jument à notre traîneau, qui pouvait transporter deux personnes assises; la troisième se tenait tant bien que mal en équilibre derrière le siège. On était protégés du froid par d'épaisses couvertures. Ça prenait une bonne demi-heure pour se rendre à l'église. Il fallait être à temps pour le Minuit, chrétiens, chanté par un homme à la voix grave. Tout le monde écoutait avec attention en espérant qu'il atteigne la plus haute note sans problème, ce qui n'était pas toujours le cas!
«Et là, la première messe, «messe des Anges» ou «messe de minuit», commençait. Émerveillés par les lumières (il y avait des cierges un peu partout) et les décorations, nous avions beaucoup de difficulté à nous concentrer sur la cérémonie, célébrée par le curé du village, dos au peuple et en latin, bien entendu. Nous avions quand même droit à une homélie en français, où la naissance du petit Jésus était mise en évidence. La première messe aussitôt terminée, notre vaillant curé se lançait dans la deuxième, qui était un peu plus courte. Quant à la troisième, elle se disait au galop, car les paroissiens commençaient dangereusement à bâiller et il fallait qu'ils s'en retournent à la maison. À la fin de la messe, on pouvait s'approcher de la crèche et voir le petit Jésus de près. On se souhaitait un joyeux Noël, puis on prenait le chemin de retour. Heureusement, les grelots du traîneau nous gardaient éveillés.
«À la maison, maman nous attendait avec les enfants qui avaient réussi à veiller. Elle nous avait préparé un petit réveillon, question de nous réchauffer un peu. Après tant d'émotions, le sommeil nous envahissait en peu de temps. On n'avait pas de cadeaux, car c'est au jour de l'An qu'on recevait des présents: une orange ou encore des chaussettes tricotées par maman ou une vieille tante. Il n'y avait pas non plus de sapin décoré; cette tradition n'était pas parvenue à notre village.»

















