Santé

Vivre (en santé) avec le diabète

Vivre (en santé) avec le diabète

Martin Laprise Photographe : Martin Laprise Auteur : Coup de Pouce

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Vivre (en santé) avec le diabète

Plus de 9 millions de Canadiens sont diabétiques ou prédiabétiques. Si certains perçoivent leur maladie comme une fatalité, d’autres optent pour un changement de cap salutaire. Trois femmes se confient.

 

 

Micheline, 61 ans

Le cas de Micheline est typique des diabétiques de type 2: une vie sédentaire et une alimentation trop riche en glucides. Elle s'est laissée aller pendant plusieurs années et a accumulé les kilos jusqu'à ce que sa santé dégénère: perte de vitalité, nausées, étourdissements...

«Ça faisait quelques années que mon médecin me mettait en garde parce que ma glycémie augmentait. Mais quand il m'a annoncé, à 59 ans, que je faisais du diabète, je me suis documentée abondamment sur le sujet. J'ai été horrifiée par les complications et les risques que je courais si je ne renversais pas la vapeur. Pas question d'hypothéquer ma santé! J'aime trop la vie, j'ai des petits-enfants et j'adore voyager. En plus, j'ai une réelle aversion pour les médicaments!»

L'une des premières choses à faire pour un diabétique, c'est d'apprendre à calculer les glucides et à faire de bonnes combinaisons alimentaires. Micheline a consulté une nutritionniste. «Une fois cet apprentissage acquis, ça devient une habitude. Je mangeais de trop grosses portions: par exemple, une grande assiette de spaghettis avec deux tranches de pain. J'ai dû changer mes habitudes. J'ai réduit mes portions et remplacé le pain par de la salade.» Micheline mange moins de viande rouge et beaucoup plus de légumes. Et elle calcule rigoureusement ses portions en se basant sur le Guide alimentaire canadien. Elle a ainsi perdu environ 1,5 kg par mois. Il lui a fallu également insérer l'activité physique à ses nouvelles habitudes de vie: marche, vélo, danse, tout cela en compagnie de son mari, qui a lui aussi perdu du poids.

Aujourd'hui, le taux de glycémie de Micheline est stable et contrôlé, sans médicaments. Après avoir perdu 15 kg, elle se sent plus en forme que jamais et considère qu'elle a encore beaucoup de plaisir à manger. «Avant, je me sentais surchargée après un repas. Maintenant, je me sens rassasiée, et ça fait toute la différence sur ma santé et sur mon humeur! Cette prise de conscience et ces changements d'habitudes ont élargi mes horizons culinaires, en plus d'avoir un effet positif sur ma qualité de vie. Il n'est jamais trop tard pour se prendre en main!»

Photo: Martin Laprise

 

 

 

Stéphanie, 38 ans

Avec un faible pour la malbouffe, Stéphanie a commencé dès la fin de l'adolescence à prendre du poids. À 29 ans, après deux grossesses, elle souffrait d'obésité morbide. «Je suis tombée enceinte une troisième fois, et c'est là que le diabète a commencé. Cette grossesse s'est soldée par une fausse couche... mais le diabète est resté.» Résignée, Stéphanie a pris docilement les médicaments oraux prescrits par son médecin. Quelques années plus tard, aux prises avec différentes complications (hypertension, cholestérol, protéines dans l'urine), elle en était à sept comprimés par jour et deux injections d'insuline. «C'en était trop! Je suis infirmière, je sais qu'une saine alimentation peut faire toute la différence chez les diabétiques. Je n'avais plus d'excuses.» Elle a pris les choses en main graduellement. «Il ne faut pas brusquer le corps lorsqu'on instaure des changements majeurs. De par mon métier, je savais comment faire, mais c'est important d'être suivie par son médecin tout au long d'une telle démarche.»

Stéphanie s'est basée sur le Guide alimentaire canadien et s'est fixé de petits objectifs réalisables, comme avoir un taux de glycémie stable pour Noël ou perdre un demi-kilo par semaine jusqu'à Pâques. Elle se récompensait ensuite en s'offrant, par exemple, des vêtements qui convenaient à sa nouvelle silhouette. Une fois un objectif atteint, elle s'en fixait un nouveau, et ainsi de suite, jusqu'à perdre près de 30 kg en moins d'un an. «Le sucre agit sur le corps comme une drogue. Au début, c'est terriblement difficile de s'en passer. Pour réussir sans frustrations, il faut trouver des recettes savoureuses sans glucides. Au bout d'un moment, on ne ressent plus l'effet de manque. Et plus tard, quand on se permet une petite barre de chocolat occasionnelle, on la trouve tellement sucrée qu'on n'arrive pas à la finir!»

Stéphanie a été aidée par une nutritionniste qui lui a donné, entre autres, des recettes de yogourts et de poudings maison contenant moins de 10 g de sucre. Ces petites gâteries inoffensives lui ont permis de satisfaire ses rages de sucre. Elle a aussi pris l'habitude de grignoter des crudités plutôt que des croustilles. «Je n'aurais jamais cru cela possible, mais je ressens autant de satisfaction à croquer des légumes que j'en avais à manger des chips.»

Aujourd'hui, Stéphanie contrôle sa glycémie par l'alimentation, sans médicaments, et les manifestations cliniques de son diabète ne sont plus apparentes. Pour l'exercice physique, elle croit qu'il faut privilégier les activités qu'on aime. «Si ça devient un irritant, on finit par abandonner. Moi, je déteste les gyms. Alors, j'ai opté pour le vélo stationnaire à la maison. Je marche aussi tous les jours, notamment avec ma belle-mère, qui a aussi perdu du poids ces derniers mois. Les gens dans ma vie m'ont beaucoup encouragée dans ma démarche et sont très fiers de ma réussite. Je suis heureuse d'avoir une influence positive sur mon entourage.»

Photo: Martin Laprise 

 

 

 

 

Véronique, 27 ans

Embonpoint, historique de diabète dans la famille... Résultat: Véronique a reçu son diagnostic à 24 ans. Elle pesait alors 108 kg pour 1,77 m. «J'étais toujours fatiguée et constamment déshydratée. Mon médecin a constaté que mon taux de glycémie était très élevé. Au début, je me fiais aux médicaments. Jusqu'à ce que je réalise, au bout de deux ans, à quel point ma santé se dégradait rapidement, comme si mon corps vieillissait en accéléré. Je connaissais déjà des complications: engourdissement des pieds, hypertension, cholestérol... Comme je voulais absolument fonder une famille, j'ai compris que je devais réagir.»

Véronique a consulté une diététiste, qui lui a parlé de l'importance de privilégier les aliments frais et non transformés, en plus de lui apprendre à cuisiner sans sucre, à calculer les portions et à diversifier son alimentation. Elle a aussi rencontré Sylvie Rajotte, infirmière, éducatrice-conférencière auprès des personnes diabétiques et auteure du livre Causons diabète et santé. Celle-ci lui a fait comprendre à quel point le diabète pouvait être néfaste à long terme pour sa santé.

Véronique s'est mise au spinning pour perdre du poids, puis elle a modifié son alimentation. Même si elle n'était pas une adepte de malbouffe, elle a constaté qu'elle mangeait trop de pâtes, trop de pain raffiné et trop de desserts. Petit à petit, elle a coupé les glucides. Elle mange aujourd'hui davantage de fibres, de grains entiers et de poisson. Elle a incorporé la nourriture bio et le tofu à son menu et consomme beaucoup moins de viande rouge. Pour elle, le plaisir et la satisfaction se trouvent maintenant dans une alimentation fraîche et diversifiée. «J'évite les produits transformés, je ne vais même plus dans les rangées du milieu à l'épicerie! Pour les fringales, il faut trouver des solutions de rechange aux cochonneries. Par exemple, j'ai découvert les chips de kale et j'en raffole! Le plus difficile, c'est de couper le sucre raffiné. Ça prend beaucoup de motivation.»

La principale motivation de Véronique? Le fort désir d'avoir des enfants. «Le diabète, s'il n'est pas contrôlé, implique trop de risques de complications pour la mère et le bébé. Je devais retrouver la santé avant de pouvoir planifier une grossesse.» Bien épaulée par son conjoint, elle a réussi à modifier ses habitudes de vie et à perdre plus de 27 kg.

Véronique ne prend plus d'insuline. Elle navigue régulièrement sur Internet à la recherche de recettes santé et trouve beaucoup de plaisir à cuisiner. En plus de bien s'alimenter, elle s'adonne régulièrement à la course à pied et au vélo de route. «Dire qu'au début, j'avais du mal à faire 10 km de vélo! Aujourd'hui, je peux faire plus de 100 km, et j'espère aller plus loin encore. Ça me procure un bien fou, j'en retire beaucoup d'énergie.» Maintenant qu'elle a retrouvé la santé, elle caresse le rêve de tomber enceinte. «Je suis très fière. Plusieurs personnes autour de moi me disent que je suis une inspiration pour elles.»

Photo: Martin Laprise 

L'épidémie du 21e siècle
  • 347 millions de personnes sont atteintes sur la planète.
  • On prévoit que le diabète sera alors la 7e cause de décès au monde.
  • 90% des diabétiques sont atteints du type 2.
  • Complications associées au diabète: maladies coronariennes, AVC, neuropathie (affection du système nerveux), néphropathie, rétinopathie, dysfonctions sexuelles, hypertension.
  • Plus de 70% des personnes diabétiques mourront d'une maladie cardiovasculaire (deux fois plus que chez les non-diabétiques).

Diabète: type 1 ou type 2?

  • Le diabète de type 1 est caractérisé par l'absence totale de production d'insuline. Il apparaît le plus souvent pendant l'enfance et l'adolescence. Une personne atteinte de diabète de type 1 devra prendre des doses quotidiennes d'insuline toute sa vie.
  • Le diabète de type 2 résulte de la mauvaise utilisation de l'insuline par l'organisme, très souvent la conséquence d'un excès de poids et de l'inactivité physique. Il touche surtout les adultes de plus de 40 ans, mais aussi, depuis peu, de plus en plus d'enfants, d'adolescents et de jeunes adultes. En modifiant nos habitudes de vie et en diminuant les glucides dans notre alimentation, il est possible de contrôler notre glycémie et de ne plus avoir besoin de médicaments.

Demander conseil

Contrôler le diabète par l'alimentation nécessite un suivi rigoureux. Le médecin doit être au courant de notre démarche pour ajuster la médication à la baisse au fur et à mesure que le taux d'insuline se régularise. Il est aussi recommandé de consulter une infirmière spécialisée en diabète et un professionnel de la nutrition.

Plusieurs pharmacies au Québec offrent les services de diététistes et d'infirmières en succursale. Christine Labrecque, infirmière, travaille dans trois pharmacies Jean Coutu de la Rive-Nord de Montréal: «Le diabète ne se guérit pas, mais on peut le maîtriser et le stabiliser jusqu'à pouvoir cesser toute médication, dit-elle. Pour y arriver, il faut apporter des modifications à son alimentation, faire de l'exercice et maintenir la perte de poids. Une bonne hygiène de vie ne signifie pas forcément trop se restreindre ni s'adonner à un exercice physique extrême!»

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