Santé

Trop de morts et de blessures en motoneige

Trop de morts et de blessures en motoneige

� iStockphoto.com Photographe : � iStockphoto.com Auteur : Coup de Pouce

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Trop de morts et de blessures en motoneige

Filer à 160 km/h sur sa motoneige, c’est s’amuser dangereusement. Chaque année, des dizaines de motoneigistes québécois perdent la vie ou sont hospitalisés à la suite de blessures ou de traumatismes graves.

Depuis des années, une maladie sévit au Québec, hiver après hiver: véritable épidémie saisonnière, difficilement contrôlable, elle touche tous les âges, des plus jeunes aux plus vieux. Elle occasionne divers symptômes, et dans certaines circonstances elle peut être fatale, surtout pour les touristes vulnérables.

Maladie galopante, elle enfume les sentiers du Québec de ses relents pestilentiels et ses victimes, comme sous l'effet de quelque gaz hilarant, sont plongés dans une griserie féroce. Voyant défiler ces malades dans le bruit et la fureur, de tranquilles citoyens les vouent aux gémonies, et aux salles d'urgence bondées... Chaque année, cette épidémie impose en effet au Trésor public son cortège d'éclopés à soigner. À défaut d'un nom latin, on désigne cette maladie par une marque de commerce: «ski-doo».

La motoneige: vaincre l'immensité de l'hiver

L'homme a toujours eu un appétit de conquêtes. Si l'époque des grands explorateurs nous fascine, c'est bien parce qu'elle nous fait rêver de nouveaux espaces, de beautés exotiques, de peuples inconnus. Aujourd'hui encore, parcourir des contrées inaccessibles demeure pour l'homme un défi à relever.

Grâce à un véhicule motorisé muni de chenilles et de skis, les grands déserts blancs immaculés ne sont plus inviolables. La motoneige est le fruit d'une époque où l'on croyait que la technologie n'apportait que des bienfaits. Son inventeur, J. A. Bombardier, a assisté, impuissant, à la mort de sa petite soeur qu'aucun médecin n'avait pu secourir en raison de l'épaisse couche de neige qui recouvrait les routes de l'Estrie. Il avait alors eu l'idée d'une machine qui briserait l'isolement forcé des populations enneigées. Née de cette noble intention, la motoneige est à l'origine d'un empire industriel et 80% de ses usagers s'en servent désormais comme moyen récréatif. Et pourtant...

La motoneige qui tue

Chaque année, on déplore un nombre croissant de décès et de traumatismes liés à l'utilisation de la motoneige.

Malgré le coût du carburant, malgré la mauvaise réputation des véhicules récréatifs par leur impact sur l'environnement, malgré la colère des riverains de sentiers excédés par l'incivilité de certains motoneigistes et par le bruit et la puanteur provoqués par ces engins, le nombre de motoneiges immatriculées au Québec est passé de 148 498 en 2001 à plus de 175 000 en 2010! Qui dit augmentation des adeptes, dit forcément augmentation des risques d'accidents et de la pression sur les services de santé.  

Des chiffres... bruyants

L'Institut de santé publique du Québec (INSPQ) a publié un rapport sur les hospitalisations à la suite d'un traumatisme d'origine récréative et sportive entre 1994 et 2002.

Le nombre moyen d'hospitalisations pour un traumatisme lié à l'utilisation d'une motoneige était de 427 par 100 000 personnes. Par groupe d'âge, les traumatismes par motoneige constituaient 6,2% des traumatismes d'origine récréative pour les enfants de 11 à 17 ans et 9,7% pour les jeunes adultes de 18 à 24 ans. Les hommes de 18 à 25 ans et de 25 à 44 ans avaient des taux de deux à trois plus élevés que ceux des femmes.

Depuis 1994, en moyenne, 28 personnes décèdent chaque année des suites d'un accident de motoneige. Un rapport de surveillance de l'INSPQ publié à la fin de 2010 révèle que, de 2000 à 2009, 264 personnes sont décédées dans un accidents de motoneiges au Québec. Presque 60% des victimes étaient âgées de 30 à 59 ans. Durant la même période, 3000 personnes ont été hospitalisées à la suite de blessures subies en faisant de la motoneige.

Malgré tout, en comparant les cinq dernières années (2005 à 2009) aux cinq précédentes (2000 à 2004), on observe une diminution de 19% du taux de décès par 100 000 motoneiges immatriculées bien que le nombre moyen d’immatriculation ait augmenté de 7%.

Des causes d'accident connues

Les relevés du Bureau du coroner en chef ont indiqué que les causes principales d'accident mortel en motoneige sont l'excès de vitesse, la conduite avec les facultés affaiblies et l'imprudence. Les décès surviennent autant à l'intérieur qu'à l'extérieur des sentiers balisés.

Pour leur part, les enfants ayant eu des traumatismes étaient souvent passagers de la motoneige ou du traîneau tiré par celle-ci.

Au Canada, en moyenne, quatre enfants de moins de 16 ans meurent chaque année dans un accident de motoneige. Les traumatismes crâniens constituent la principale cause de blessure ou de décès.

Quant aux touristes étrangers, depuis 2000, une vingtaine de décès par motoneige ont été constatés parmi eux. L'inexpérience était à l'origine de la plupart des accidents.

Les règlements sont-ils suffisants?

Au Québec, la Loi sur les véhicules hors route fixe les règles à respecter quand on circule en motoneige, par exemple l'interdiction de conduire une motoneige avant 16 ans ou sous l'effet de l'alcool et de la drogue. Mais en 2011, des gens meurent encore au Québec après avoir enfourché une motoneige avec des facultés affaiblies.

Le Bureau du coroner en chef déplore qu'il n'y ait pas d'effectifs pour dissuader les motoneigistes de conduire sous l'effet de l'alcool et de la drogue ou pour les inciter à réduire leur vitesse. Il a émis des recommandations à cet effet: par exemple, les clubs de motoneigistes pourraient constituer des patrouilles ayant pouvoir de sanctionner les contrevenants.

Protéger les touristes contre la maladie de la neige

Comme pour toute maladie contagieuse, on cherche à empêcher la contamination. Si on considère la motoneige comme la maladie de la neige au Québec, une mise en garde contre ses risques traumatisants et mortels ne devrait-elle pas être émise dans toute promotion touristique hivernale? 

 

À découvrir

Musée J. Armand Bombardier: Valcourt

Conservation des éléments significatifs et représentatifs de la vie et des réalisations de Joseph-Armand Bombardier; illustration de l'univers de la motoneige; diffusion de ces éléments au plus large public possible. Le plus important musée privé dédié au transport sur neige permet aux visiteurs de retracer l'extraordinaire évolution de la technologie de la traction sur neige, de ses débuts à aujourd'hui.

  

Lire aussi: Système multicouches: vêtements pour vaincre le froid de l'hiver et Les risques des VTT

Sources

Bureau du Coroner du Québec, Recommandation du coroner: Des moyens plus coercitifs pour assurer la sécurité sur les pistes de motoneige.

 

Daigle, Jean-Marc. Hospitalisations pour traumatismes d'origine récréative et sportive au Québec de 1994 à 2002. Institut national de santé publique du Québec, 2004.

 

Gagné, Mathieu et Légaré, Gilles. Étude comparative de la gravité des blessures chez les utilisateurs de véhicules hors route et de motocyclettes au Québec. Institut national de santé publique du Québec, 2008.

 

Société canadienne de pédiatrie. Des recommandations pour la sécurité en motoneige, Paediatrics & Child Health 2004;9(9): 643-646.

 

Transport Québec

 

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