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Problèmes de santé: et si c'était psychologique?

Problèmes de santé: et si c'était psychologique?

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Problèmes de santé: et si c'était psychologique?

Maux de tête, tensions musculaires, brûlements d’estomac: ces maux sont là pour nous indiquer que quelque chose ne va pas. Or, il arrive que la cause de notre mal demeure physiologiquement inexplicable. Et si la réponse se trouvait chez le psy?

Quand des douleurs physiques nous assaillent de façon récurrente, il est tout naturel de se tourner vers un médecin afin de trouver l'origine du malaise et, dans le meilleur des cas, de le soigner. Mais au fil des rendez-vous médicaux, si les résultats d'examens ne permettent pas d'identifier la source du malaise, il est possible que notre médecin nous oriente vers un psychologue.

On a longtemps perçu le corps et l'esprit comme deux entités distinctes. Aujourd'hui, on sait qu'il s'agit des deux parties d'un tout qui interagissent et s'influencent. On a toutes expérimenté, un jour ou l'autre, l'effet de nos pensées et de nos émotions sur notre corps: être prise de crampes sous l'effet du trac, avoir la gorge qui se serre au souvenir d'un événement triste, voir nos joues s'enflammer et rougir dans un moment de honte ou de gêne, ou sentir nos muscles se contracter dans un accès de colère.

Les émotions qui ont du poids

Loin d'être imaginaires, les interactions entre le corps et les pensées sont bien réelles, confirme Monique Brillon, psychologue et auteure des livres La pensée qui soigne et Les émotions au coeur de la santé (tous deux aux Éditions de l'Homme). «Une émotion, c'est d'abord physiologique, explique-t-elle. Il est important de s'arrêter aux émotions ressenties, en particulier lorsqu'elles sont négatives. Lorsqu'on les chasse sans prendre le temps de comprendre ni ce qui les cause ni l'effet qu'elles ont sur nous, la tension qu'elles engendrent dans notre corps n'est pas évacuée. Avec le temps, les tensions s'accumulent et peuvent contribuer à l'apparition de douleurs ou symptômes physiques allant des maux de tête aux difficultés à digérer, en passant par les troubles du sommeil.»

«Certaines personnes ont du mal à identifier la nature de leurs émotions, à en comprendre le sens pour mieux répondre aux situations auxquelles elles font face dans la vie, explique Guylaine Côté, psychologue et professeure titulaire au département de psychologie de l'Université de Sherbrooke. Ces difficultés à gérer les émotions peuvent avoir un impact sur la condition physique et deviennent souvent des cibles de traitements en psychothérapie.»

Bien que plusieurs études démontrent que les facteurs psychologiques ont un rôle à jouer dans l'évolution de la plupart des catégories de troubles physiques, les spécialistes ne s'entendent pas quant à l'importance de ce rôle. Pour Guylaine Côté, ce serait du charlatanisme de dire qu'une émotion ou un facteur psychologique est l'unique cause d'un trouble physique ou d'un malaise en particulier. «Ce n'est pas parce qu'on ne trouve pas de causes physiologiques qu'on peut affirmer avec assurance qu'il n'y en a pas, dit-elle. Cela dit, on ne peut davantage exclure qu'une émotion ou un facteur psychologique soit en cause. L'être humain est très complexe, et les troubles de santé sont multifactoriels. C'est pourquoi il est toujours préférable de regarder le portrait d'ensemble du patient afin de tenir compte de divers facteurs: psychologiques (émotionnels, affectifs), biologiques (hérédité, âge, etc.) et comportementaux (hygiène de vie, etc.).»

La psychothérapie à la rescousse

Selon l'Ordre des psychologues du Québec, la psychothérapie vise essentiellement à favoriser des changements chez le patient dans le but, entre autres, de soulager une souffrance, de trouver des réponses à ses questions, de résoudre des problèmes ou encore de traiter un trouble comme l'anxiété. Quand des douleurs ou des inconforts persistent et que les causes médicales ont été évacuées, il apparaît de plus en plus naturel d'explorer du côté des facteurs psychologiques.

Dans le bureau de la psychologue Geneviève Paquette, une moitié des patients qui consultent relativement à des douleurs physiques sont envoyés par leur médecin. Bien qu'elle ait l'habitude de traiter des patients souffrant de maux de tête et de tensions musculaires au cou, au dos ou aux épaules, elle explique que le type de symptômes et les facteurs psychologiques sous-jacents varient d'un individu à l'autre.

Le dermatologue Jean-François Tremblay n'hésite pas à diriger, à l'occasion, certains de ses patients en psychologie afin de s'assurer d'un traitement global de leur situation. «Dans certains cas, nous remarquons que des facteurs psychologiques peuvent causer une condition ou une maladie comme la trichotillomanie, une manie qui consiste à s'arracher les cheveux ou les poils, relate-t-il. Dans d'autres cas, les émotions négatives, l'anxiété et la dépression peuvent accentuer les symptômes d'une condition ou d'une maladie préexistante comme l'eczéma, le psoriasis ou l'urticaire.»

Monique Brillon se souvient d'un patient souffrant de maux de tête qui lui avait été confié par un collègue médecin. «Ce médecin, qui le voyait régulièrement à la clinique sans rendez-vous, sentait qu'il avait besoin de parler et que c'était la raison pour laquelle il revenait constamment, raconte-t-elle. Or, il ne parlait que de ses maux et refusait de voir un psychologue, trouvant cette démarche inutile dans son cas. Il a finalement accepté de venir me voir, parce qu'il avait confiance en son médecin. On a fini par faire un bon travail ensemble, et ses maux de tête ont disparu.»

Pour la psychologue Geneviève Paquette, qui se spécialise notamment dans le traitement des cas dits psychosomatiques (maladies organiques liées à des facteurs émotionnels), il importe d'abord d'outiller le patient. «Comme on relève souvent des traits anxieux ou dépressifs chez ce type de patients, il est essentiel qu'ils prennent d'abord conscience du pouvoir qu'ils ont sur leurs symptômes, dit-elle. Très souvent, cela aura aussi un impact sur leurs malaises physiques.» Dans d'autres cas, la psychologue doit pousser plus loin, voire jusqu'à l'hypnose thérapeutique, qu'elle pratique avec environ 20% de sa clientèle.

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Des liens qui vont de soi

Bien qu'il soit difficile d'établir avec certitude l'importance du rôle des facteurs psychologiques dans l'évolution des troubles physiques, on remarque que certaines conditions ou maladies sont plus susceptibles d'être influencées par l'état psychologique.

Outre les maladies de peau, les migraines et céphalées (maux de tête) et les troubles gastro-intestinaux - dont les ulcères d'estomac, les brûlures d'estomac, le syndrome du côlon irritable et la maladie de Crohn - semblent également présenter des composantes psychosomatiques. Lors d'une entrevue accordée au magazine Psychologie Québec en janvier 2010, Charles Morin, psychologue, professeur et directeur du Centre d'études sur les troubles du sommeil à l'Université Laval, affirmait que 40% des cas d'insomnie découlaient d'un trouble d'ordre psychologique.

Kim Lavoie, professeure au département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal et directrice de la Division de la recherche sur les maladies chroniques à l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, croit qu'il existe des données concluantes quant au lien entre un état de dépression chronique et une augmentation de risques de maladies chroniques, comme l'asthme et les troubles cardiovasculaires. «En plus de stimuler le système cardiovasculaire (palpitations, tension artérielle, etc.), la dépression va dérégler le système immunitaire, expliquait-elle au magazine Psychologie Québec. Cet état va également compliquer ou augmenter la présence potentielle des autres facteurs de risques très connus concernant les maladies cardiovasculaires. On sait que les patients déprimés boivent plus, qu'ils sont moins motivés à bouger et qu'ils ont tendance à mal manger et à fumer davantage.»

Le stress fait également partie des facteurs psychologiques pouvant avoir un impact important sur notre état physique. En plus de provoquer des tensions musculaires, le stress augmente notre sécrétion de cortisol, ce qui a pour résultat d'affaiblir notre système immunitaire et de nous rendre plus vulnérable à diverses maladies.

Bénéfique, mais pas infaillible

Bien sûr, la psychothérapie n'est pas une science exacte. La psychologue Monique Brillon l'écrit d'ailleurs elle-même dans ses livres. Elle affirme néanmoins qu'«il n'est pas rare que des troubles physiques disparaissent au cours d'une thérapie, et ce, même si ce n'est pas nécessairement le but recherché. Je l'ai moi-même expérimenté lors de ma propre démarche de psychanalyse, raconte-t-elle. Les rhinites allergiques que je faisais tous les ans ont fini par disparaître après quelques années. Grâce à ce travail sur moi, les tensions qui s'étaient accumulées au fil des ans ont disparu, et ma santé générale s'est améliorée.» Dans d'autres cas, la psychothérapie contribue plutôt à la diminution de la fréquence ou de l'intensité des malaises.

Évidemment, une psychothérapie demande une ouverture et une volonté de s'investir dans la démarche. «Quand on va chez le médecin, on a tendance à ne pas se sentir concerné par la solution à notre problème de santé et on s'attend à ce que notre médecin le règle. Mais en psychothérapie, le gros du travail, c'est le client qui le fait, poursuit Monique Brillon. Il faut être prêt à s'arrêter, à se regarder et à réfléchir à notre façon de vivre, à nos relations, etc. Si la personne qui consulte ne croit pas qu'elle a un rôle à jouer dans cette démarche, ça ne fonctionnera pas.» Merci à Elaine Kennedy, psychologue, et à Geneviève Belleville, psychologue et professeure adjointe à l'École de psychologie de l'Université Laval.

Besoin d'aide pour s'orienter? Le site de l'Ordre des psychologues du Québec peut nous aider à cibler notre recherche d'intervenants, selon la problématique pour laquelle on souhaite consulter.

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