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Prévenir le VPH

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Auteur : Coup de Pouce

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Prévenir le VPH

La récente recommandation du Comité sur l'immunisation du Québec de vacciner toutes les fillettes de neuf et dix ans contre le VPH (une infection transmise sexuellement) soulève énormément de questions. On fait le point.

Le virus du papillome humain (VPH) est l'une des infections transmises sexuellement les plus fréquentes au Canada et à travers le monde.

Les experts estiment que jusqu'à 75 % des femmes et des hommes actifs sexuellement auront au moins une infection au VPH durant leur vie. Selon la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada, entre 10 et 30 % des adultes canadiens en sont atteints, soit entre trois et neuf millions de personnes. Et ce sont principalement les jeunes de moins de 25 ans qui en sont affligés, car le risque de contracter ce virus survient très tôt après le début des relations sexuelles.

La plupart des infections au VPH sont asymptomatiques et disparaissent de façon spontanée en moins de deux ans. Cependant, les infections qui persistent peuvent évoluer vers le cancer. Le VPH n'est pas un virus similaire au VIH (virus de l'immunodéficience humaine) qui se transmet par le contact du sang et qui cause le sida. Toutefois, les personnes atteintes du VIH sont plus susceptibles d'être infectées par le VPH en raison de l'affaiblissement de leur système immunitaire.

Mode de transmission
Le VPH est très contagieux et peut se transmettre de diverses façons: au cours d'une relation sexuelle vaginale, anale ou buccale, et par le contact direct de peau à peau avec les régions génitales infectées. Comme la plupart des personnes atteintes ne présentent aucun symptôme, elles peuvent propager le VPH sans même le savoir. Cet aspect complique donc l'identification du moment précis où l'infection est contractée et de la personne par qui elle est transmise.

Les symptômes
Comme il existe plus de 130 types de VPH, les effets sur la santé sont variables. Certains types de VPH provoquent des verrues au niveau de la bouche, des mains, des bras, des jambes et de la plante des pieds. D'autres types de VPH entraînent des verrues génitales ou anales que l'on appelle aussi des condylomes. Ces petites excroissances, de couleur semblable à la peau, ressemblent à des choux-fleurs. Généralement, elles sont indolores, mais elles peuvent causer des démangeaisons, et elles apparaissent sur la vulve, l'urètre, le col de l'utérus, le vagin, le pénis, le scrotum, le rectum ou les cuisses. Bien que disgracieuses et désagréables, elles sont bénignes, se traitent facilement et causent rarement le cancer (important: on doit cependant rester vigilante, car ce n'est pas parce qu'on a des condylomes qu'on n'est pas à risque de développer le cancer – on peut être affectée de plus d'une forme de VPH à la fois). Toutefois, certaines personnes aux prises avec des condylomes ressentent énormément de honte et de tristesse, provoquant parfois l'isolement social et l'évitement des rapports sexuels. Par ailleurs, la présence de ces condylomes et du VPH n'empêche pas les femmes atteintes de devenir enceintes. Leur grossesse et accouchement ne sont affectés d'aucune manière. Cependant, elles observent généralement une augmentation du nombre et de la taille des verrues durant leur maternité.Par contre, il y a d'autres formes de VPH qui ont des conséquences plus alarmantes car elles peuvent engendrer des lésions précancéreuses, le cancer du col de l'utérus et d'autres types de cancers (anus, vagin, pénis, larynx et bouche).

En fait, les études révèlent que les infections au VPH sont le principal facteur de risque du cancer du col de l'utérus. Ce cancer vient au douzième rang des cancers les plus fréquents chez les femmes canadiennes de tous âges et au troisième rang chez les femmes de 20 à 49 ans. En 2007, au Canada, près de 1350 nouveaux cas de cancer du col utérin ont été identifiés et près de 400 femmes vont éventuellement en mourir. Au Québec, chaque année, plus de 300 femmes reçoivent un tel diagnostic et 80 d'entre elles en meurent.
Parce que ce type d'infection est asymptomatique, toutes les femmes doivent passer une cytologie vaginale annuelle (test de Pap) car c'est la seule façon de détecter des changements ou anomalies des cellules du col de leur utérus. Par ailleurs, comme le VPH peut devenir actif plusieurs années après l'infection initiale, on recommande aux femmes, même si elles ne sont plus actives sexuellement, de poursuivre leur examen cytologique annuel.

Prévention et dépistage
Les pratiques sexuelles protégées, grâce au port du condom et la réduction du nombre de partenaires, peuvent aider à réduire les risques de contracter le VPH ou de le transmettre à son partenaire. Toutefois, le condom n'offre pas une protection totale. Au Canada, il existe un vaccin qui prévient certains types du VPH. On recommande aussi aux personnes sexuellement actives de passer un examen physique annuel et d'aviser leur médecin si elles trouvent des verrues. Toutefois, il est possible que les verrues et condylomes passent inaperçus lorsqu'ils sont petits ou localisés à un endroit qui n'est pas visible, comme à l'intérieur du rectum, par exemple. Un test de dépistage du VPH auprès des femmes est possible, mais il n'est pas couvert par la Régie de l'assurance maladie du Québec car son coût est actuellement trop élevé. Les femmes doivent donc défrayer elles-mêmes les frais liés à ce test.

Traitement
Il n'existe pas de traitement spécifique contre les infections au VPH. Comme c'est un virus, il n'est pas éliminé par les antibiotiques. On traite plutôt ses effets: on peut éliminer les verrues visibles avec des crèmes ou gelées pharmaceutiques ou par excision chirurgicale avec la cryothérapie (application du froid), l'électrochirurgie (courant électrique) ou la thérapie au laser. À noter que les verrues peuvent réapparaître spontanément après le traitement.

Quant aux cellules anormales du col de l'utérus, décelées lors d'une cytologie vaginale, plusieurs options peuvent être envisagées: nouveau test de dépistage quelques mois plus tard, dépistage de l'ADN du VPH, colposcopie ou chirurgie. Il est important de spécifier que la découverte de telles cellules ne signifie pas automatiquement la présence d'un cancer. Fort heureusement, un grand nombre de ces infections disparaissent sans traitement et seulement un petit pourcentage de celles-ci se transforme en cancers.Actuellement, grâce à la vaccination, les jeunes femmes peuvent éviter de contracter les quatre types de VPH les plus répandus.

Au Canada, le vaccin Gardasil a été homologué en 2006 et le Cervarix, homologué ailleurs, est en voie de l'être ici. Selon la docteure Chantal Sauvageau, médecin-conseil à l'Institut national de santé publique, ces deux vaccins sont efficaces contre le VPH. «Le Gardasil et le Cervarix préviennent environ 70 % des cancers du col de l'utérus. De plus, le Gardasil peut prévenir 90 % des condylomes. Par contre, comme la protection n'est pas totale, les jeunes filles vaccinées doivent continuer de passer le test de Pap de façon régulière», prévient-elle.

L'utilisation du Gardasil au Canada est approuvée uniquement pour les filles et les femmes de 9 à 26 ans. Au Québec, un comité d'experts a recommandé au gouvernement de vacciner toutes les fillettes de quatrième année, ce qui en a surpris plus d'un. «Il y a plusieurs raisons qui motivent ce choix, explique Chantal Sauvageau, qui a collaboré à l'Avis sur la prévention du VPH remis aux instances gouvernementales. D'abord, pour obtenir l'efficacité maximale du vaccin, celui-ci doit être donné avant la première relation sexuelle et l'on sait que 20 % des jeunes filles sont déjà actives sexuellement à 14 ans. Aussi, à cet âge, le système immunitaire est exceptionnel dans le développement d'anticorps. Et, comme on procède déjà à la vaccination contre l'hépatite B à ce même moment, le système et la logistique sont déjà en place, ce qui permettrait à un plus grand nombre de fillettes d'être vaccinées», ajoute le médecin. Par ailleurs, une vaccination de rattrapage a également été proposée pour toutes les jeunes filles de troisième, quatrième et cinquième secondaire.
Quant aux garçons et aux hommes, elle mentionne qu'on ne possède pas pour l'instant des données scientifiques quant à l'efficacité du vaccin auprès d'eux, car des études cliniques sont toujours en cours. Elle s'attend toutefois à ce que la publication éventuelle des résultats démontre l'efficacité et l'innocuité du vaccin auprès de la clientèle masculine.

Et la sécurité?
Les études cliniques révèlent que le Gardasil et le Cervarix sont deux vaccins sécuritaires. Les effets secondaires les plus souvent rapportés sont la rougeur, l'enflure et une brève douleur au point d'injection. De plus, il est impossible de contracter le VPH lors de la vaccination et ces vaccins ne contiennent pas d'agents de conservation comme le mercure ou le thimérosal.

Concernant la durée de protection, Chantal Sauvageau se fait rassurante. «On a une expérience clinique de cinq ans et demi. On sait qu'après cette période, les niveaux d'anticorps sont encore bons pour la plupart des types contenus dans le vaccin. Notre expérience avec d'autres vaccins similaires, comme celui contre l'hépatite B, nous laisse croire que la protection de ce vaccin est bonne pendant au moins 10 ans.»

Pour en savoir plus…
Info VPH et la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada
Santé Canada
Agence de la santé publique du Canada
Université McGill

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