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Pollution sonore et santé ou quand le bruit rend malade

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Pollution sonore et santé ou quand le bruit rend malade

Un adolescent sur cinq souffre d'un problème d'ouïe, selon l'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ). En 10 ans, la demande de consultation pour l'audition et les appareils auditifs a augmenté de 44% chez les adultes de 25 à 54 ans et de 250% chez les 25-29 ans. Des chiffres inquiétants quand on connaît les dangers que cela peut entraîner sur la santé.

Risque de surdité, acouphènes, perturbation du sommeil, fatigue diurne, stress et manque de concentration ne sont que quelques-uns des effets négatifs d'une exposition trop grande au bruit. «Je préviens souvent mes jeunes patients qu'endommager ses oreilles, c'est perdre son audition, se rendre malade, mais aussi perdre le silence à cause des acouphènes», explique Marie-Pierre Caouette, orthophoniste et présidente et directrice générale de l'OOAQ.

De simple nuisance, le bruit est passé depuis les années 1990 à une «menace pour la santé publique» reconnue par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Difficile d'échapper au bruit

Nous vivons dans un environnement de plus en plus bruyant: autoroutes, aéroports, industries, motos, appareils de climatisation et de chauffage, etc. Les escapades à la campagne ne nous mettent plus à l'abri du bruit avec la multiplication des motoneiges, motomarines et bateaux. Même l'hôpital, qui devrait être un lieu tranquille, est envahi par le bruit des moniteurs de contrôle et des sonnettes d'alarme.

Ce bruit environnemental a des effets, selon des études scientifiques qui l'associent au dérangement, à des maladies cardiovasculaires et à des perturbations du sommeil. Le dérangement est la première réaction et la plus répandue. C'est ce qui nous amène à perdre patience ou à fermer les fenêtres pour écouter la télévision, se détendre ou se concentrer.

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Mais qu'est-ce que le bruit?

«La notion de bruit - soit un son indésirable - est très subjective et varie d'une personne à l'autre, souligne Mme Caouette. Même la musique peut être un son ou un bruit et devenir néfaste pour la santé, selon qu'elle est désirée ou non.» Les conséquences sont toutefois les mêmes quand on parle d'intensité et de fréquence d'exposition. Le problème n'est pas uniquement le nombre de décibels produits, mais le caractère du bruit. Ainsi, le marteau-piqueur qui refait un trottoir est parfois moins dérangeant que le silencieux modifié de la voiture du voisin.

Mesurer le bruit

L'échelle du bruit s'étend de 0 dB (seuil d'audition) à 120 dB (seuil de la douleur) et plus. Il s'agit d'une échelle logarithmique, ce qui signifie qu'à chaque augmentation de trois décibels, le niveau sonore double. Ainsi, un son de 100 dB est deux fois plus intense qu'un son de 97 dB et 10 fois plus élevé qu'un son de 90 dB. Pour évaluer les effets du bruit sur la santé, les spécialistes utilisent un sonomètre ou dosimètre. L'appareil permet de pondérer les niveaux sonores selon leur fréquence pour évaluer la sensibilité de l'oreille. On parle alors de décibels A, ou dBA.

Au Canada, la limite d'exposition en milieu de travail est de 85 décibels A (dBA) pour une durée de huit heures. Pourtant, d'après une étude récente réalisée dans une école secondaire de la région de Québec, 42% des participants écoutent leur baladeur à un niveau supérieur à 85 dBA.

«Lorsqu'un jeune écoute régulièrement sa musique au volume maximal, elle peut dépasser 120 dBA, explique Mme Caouette. Or, en une minute, il dépasse déjà la dose sécuritaire par période de 24 heures!» L'orthophoniste déplore par ailleurs que le niveau sonore le plus élevé d'un baladeur est ajusté s'il est vendu en Europe, mais poussé au maximum  s'il est destiné au marché nord-américain.

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Les risques associés au bruit

Pour bien comprendre les dangers liés au bruit, un rappel anatomique s'impose. Les cellules sensorielles de l'oreille interne sont peu nombreuses et ne se renouvellent pas. Lorsque leur dégradation commence à l'adolescence, elle ne peut que se poursuivre et s'aggraver sous l'effet de la maladie, des médicaments ou du vieillissement.

Selon les spécialistes, une exposition quotidienne et répétée à des niveaux supérieurs à 85 dBA constitue déjà une menace pour le système auditif: risque d'acouphènes (sifflements, bourdonnements ou tintements dans les oreilles ou dans la tête), d'hypersensibilité à certains sons et de perte d'audition définitive. Et dès qu'on atteint les 120 dBA, le risque de surdité instantanée s'accroît.

Viennent ensuite les traumatismes de l'audition avec lesquels il faudra composer, comme les acouphènes, qui peuvent disparaître en quelques heures ou persister et nécessiter un suivi médical. D'après Bruit et société, un site Web créé par des étudiants à la maîtrise en audiologie à l'Université de Montréal, une exposition très longue à un bruit ou à un son, peut engendrer une chaîne de causes à effets de laquelle résultent tous les maux liés au bruit.

Perte de sommeil et problème cardiovasculaires

Exposé au bruit, notre organisme réagit de façon automatique en augmentant le rythme cardiaque, en modifiant la tension artérielle et en sécrétant des hormones de stress, du cortisol, de la noradrénaline et de l'adrénaline. Ces changements surviennent aussi la nuit. Les bruits n'épargnent pas les dormeurs qui y sont exposés, et entraînent une diminution de la durée du sommeil profond et des réveils nocturnes. Ces perturbations du sommeil provoquent de la fatigue, de l'irritabilité, de l'anxiété, des difficultés de concentration... et une consommation accrue de somnifères. Le manque de sommeil pourrait aussi affaiblir le système immunitaire.

À long terme, le bruit provoque des problèmes cardiovasculaires (hypertension, infarctus) ainsi que des changements hormonaux et gastro-intestinaux (ralentissement de la digestion, ulcères). Plusieurs études indiquent que les gens qui vivent à proximité des grands aéroports ou des autoroutes risquent davantage de souffrir d'hypertension ou de subir un infarctus du myocarde.

Les risques de souffrir d'angine de poitrine ou de subir un infarctus sont deux à trois fois plus élevés que la moyenne chez les personnes qui travaillent dans un environnement bruyant, montre une étude réalisée entre 1999 et 2004 auprès de 6307 travailleurs canadiens de 20 ans et plus. Et en 2005, une étude de Willich et coll. a montré, sur un échantillon de 4 115 patients hospitalisés à la suite d'un infarctus du myocarde, un risque accru de 46% en moyenne chez les femmes et de 336% en moyenne chez les hommes lorsqu'ils étaient exposés à du bruit environnemental de jour comme de nuit.

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Le bruit comme arme

Preuve que le bruit n'est pas sans danger, les décibels sont utilisés par la police et l'armée pour neutraliser et désorienter. On n'a qu'à penser à la grenade incapacitante qui produit une lueur éblouissante et une détonation de 160 dB, capable de renverser ceux qui se trouvent à proximité et au canon à son dont le son projeté peut atteindre de 135 à 143 décibels. Conçu pour arraisonner des pirates en haute mer, le LRAD (Long Range Acoustic Device) a été utilisé à Pittsburgh (2009) et à Toronto (2010) lors des manifestations contre le G20.

«L'oreille est une cible vulnérable: on ne peut la fermer, on ne choisit pas ce qu'elle entend, et les sons qui l'atteignent peuvent modifier profondément notre état psychologique ou physique», écrit Juliette Volcler dans son récent ouvrage Le son comme arme (Éditions La Découverte).

Faire le silence autour de soi: ordonnance

Il est donc toujours bon pour la santé de nos oreilles d'apprendre à faire le silence autour de soi pour les reposer et détendre son cerveau. «Si on ne peut se passer de musique, mieux vaut l'écouter moins longtemps et moins fort», préconise Mme Caouette.

Voici, selon les recommandations de Santé Canada, une liste de bonnes pratiques pour préserver la bonne santé de ses oreilles:

1)  Tenez compte de votre état de fatigue. En effet, c'est lorsqu'on est le moins en forme que les oreilles sont le plus fragiles.

2)  Pensez à contrôler le volume. Si vous écoutez votre baladeur fort (90 dBA et plus) au-delà d'une heure par jour, vous commencez à endommager votre audition.

3)  Prenez des pauses. Par exemple, 10 minutes toutes les 45 minutes.

4)  Maintenez le son à un niveau agréable, mais sécuritaire. Si une personne à un mètre de vous doit crier pour se faire entendre, c'est que la musique est trop forte.

5)  À la discothèque ou à un concert, évitez de vous placer à l'endroit où le son est le plus fort ou face aux enceintes. N'hésitez pas à porter des bouchons d'oreilles en mousse.

6)  Vous pouvez réduire la pollution sonore dans votre domicile en mettant des tapis en caoutchouc sous vos appareils ménagers et sur le sol. Les rideaux permettent de filtrer le bruit qui provient de l'extérieur.

7)  Regardez la nuisance sonore en décibels qui est inscrite sur les boîtes des appareils avant de les acheter. Choisissez les modèles les moins bruyants.

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Mesurer les bruits quotidiens

L'échelle du bruit s'étend de 0 dB (seuil d'audibilité) à 120 dB (seuil de la douleur). La plupart des sons de la vie courante sont compris entre 30 et 90 décibels. Voici une échelle des bruits quotidiens:

10 dBA Respiration
20 dBA Léger vent dans les feuilles
25 dBA Conversation à voix basse (à 1,50 mètre)
60 dBA Conversation normale
75 dBA Aspirateur
80 dBA Rue très passante
90 dBA Tondeuse à gazon (moteur à essence)
95 à 120 dBA Baladeur
100 dBA Marteau-piqueur (à 10 mètres)
105 dBA Niveau sonore maximal autorisé dans les discothèques
120 dBA Sirène d'ambulance ou de pompiers
134 dBA Coup de feu

(Sources: Bruit et société et l'École d'orthophonie et d'audiologie de l'Université de Montréal.)

Références

Lévesque B, Fiset R, Isabelle L, et coll. Exposure to noise from personal music players for high school students. ISEE 2009, International Society for Environmental Epidemiology 21st Annual Conference. Dublin, Irlande, 25-29 août 2009.

Bruit et société

Écologie sonore, Office national du film

Le son comme arme, Juliette Volcler, Éditions La Découverte, 2011.

Quand le bruit rend malade, Protégez-vous, août 2011.

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