Santé
31 mai 2010

Mal de tête: causes et symptômes

Par Marie-Eve Cousineau, Coup de pouce, 2006

Auteur : Coup de Pouce

Santé
31 mai 2010

Mal de tête: causes et symptômes

Par Marie-Eve Cousineau, Coup de pouce, 2006

Pourquoi certains souffrent de maux de tête? On ignore les causes exactes, mais on sait ce qui risque de les déclencher. Explications.

La céphalée de tension

Qui n'a jamais eu mal à la tête? Au cours de leur vie, jusqu'à 88 % des femmes et 69 % des hommes souffrent d'une céphalée dite de tension, selon l'ouvrage Maux de tête et migraines, de la Clinique Mayo, préfacé par le neurologue André Bellavance, directeur de la Clinique des maux de tte de la Rive-Sud de Montréal. Ce mal de tête se manifeste par une douleur sourde, une oppression ou une bande de pression sur le front, le cuir chevelu et la nuque.

D'intensité légère à modérée, il dure de 30 minutes à 7 jours. Il est le plus souvent épisodique, c'est-à-dire qu'il survient à l'occasion ou moins de 15 jours par mois. Toutefois, chez environ 1 % de la population, il est chronique (plus de 15 jours par mois pendant au moins trois mois).

On ne connaît pas les causes et les mécanismes de la céphalée dite de tension. Selon une théorie qui lui a donné son nom, elle serait causée par une tension chronique des muscles du cuir chevelu, du cou et de la mâchoire. "Les céphalées dites de tension sont souvent liées à des problèmes musculo-squelettiques, surtout au niveau du cou", explique le Dr Bellavance. En raison des voies de transmission de la douleur, un mal dans une structure cervicale peut irradier vers la tête, derrière les yeux ou au front. Cette hypothèse est toutefois loin de faire l'unanimité. Si les spécialistes observent qu'une tension est associée à ce mal de tête, elle n'en est pas nécessairement la cause.

L'affreuse migraine

Après la céphalée dite de tension, la migraine est le mal de tête le plus fréquent. "Elle affecte environ 16 % des femmes et 7 % des hommes", dit le Dr Bellavance. La migraine nuit au fonctionnement des gens qui en souffrent. C'est pour cette raison qu'elle a fait l'objet de nombreuses recherches, comparativement à la céphalée dite de tension, moins douloureuse. Elles nous ont permis de découvrir que les migraineux ont une prédisposition génétique et que leur cerveau est "hyperexcitable" vis-à-vis de stimulis comme la lumière, le son et le bruit. Mais on n'a toujours pas identifié les mécanismes biologiques derrière ce trouble. Une des hypothèses examinée actuellement est que la sérotonine, un neurotransmetteur dans le cerveau, serait impliquée dans le déclenchement des crises.

Les critères pour diagnostiquer la migraine sont bien établis. Les crises doivent durer entre 4 et 72 heures. Le mal de tête doit présenter au moins deux de ces caractéristiques: il est situé d'un seul côté de la tête; la douleur est pulsatile; son intensité est modérée ou sévère; il s'aggrave lors d'activités physiques routinières. Il doit aussi être accompagné de nausées ou vomissements, ou d'une intolérance à la lumière et au bruit. Enfin, aucune autre maladie ne doit être en cause. Dans certains cas, la migraine s'accompagne d'une aura, un ensemble de sensations comprenant notamment une vision brouillée (des taches ou des éblouissements dans le champ de vision), des engourdissements ou un picotement de la peau.

Distinguer migraine et céphalée de tension n'est pas toujours simple parce qu'on ne sait pas grand-chose sur leurs causes. Les facteurs déclencheurs peuvent être similaires, de même que les symptômes. Lorsqu'on consulte un médecin, celui-ci vérifie d'abord si on répond aux critères de la migraine ou d'autres maux de tête. "Si le patient ne répond pas à ces critères, on conclut qu'il souffre d'une céphalée dite de tension", dit Sylvie Gosselin, neurologue au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke. Reste alors à cibler les facteurs déclencheurs.

Maux de tête: facteurs déclencheurs

Les hormones Pendant l'enfance, la migraine est aussi fréquente chez les garçons que chez les filles, mais, dans la puberté, le trouble affecte davantage les filles: on compte trois migraineuses pour un migraineux. Plusieurs femmes observent un lien entre leurs maux de tête et les grandes étapes de leur cycle reproductif (menstruations, grossesse, ménopause). Selon le neurologue Michel Aubé, coauteur du livre La Migraine: un cerveau en détresse, environ 60 % des femmes migraineuses ont des crises en période menstruelle (deux jours avant les règles et jusqu'à trois jours après le début), en plus des crises entre les menstruations.

Les hormones féminines jouent un rôle dans ce trouble, probablement en affectant les substances chimiques présentes dans le cerveau. C'est pourquoi leurs fluctuations peuvent déclencher des migraines. "Lors des menstruations, le taux d'oestrogènes dans le sang chute brutalement", explique le Dr Luc Marchand, directeur de la clinique de la migraine du Centre hospitalier de l'Université de Montréal. Or, les oestrogènes ont en quelque sorte un effet antidouleur dans le cerveau. Généralement, plus leur taux est élevé et stable, moins on risque de subir une migraine. D'ailleurs, la majorité des migraineuses ont moins de crises lorsqu'elles sont enceintes.

Selon le Dr Bellavance, certaines femmes migraineuses qui prennent des anovulants vivent une crise pendant les sept jours d'arrêt de leur pilule. Dans ce cas, la pilule en continu peut être une solution. La majorité verraient toutefois peu de changements lorsqu'elles prennent des contraceptifs oraux. Enfin, à la ménopause, la plupart des migraineuses voient leurs crises s'atténuer. En ce qui concerne la céphalée dite de tension, les experts ne s'entendent pas sur le rôle des hormones. Certains sont persuadés qu'elles n'ont aucun effet, d'autres croient qu'elles agissent indirectement puisque les maux de tête sont un symptôme fréquent du syndrome prémenstruel.

Le stress Le stress ne déclenche pas nécessairement des maux de tête. Tout dépend de la façon dont on le gère. Reste qu'il représente l'un des principaux facteurs déclencheurs des céphalées dites de tension. Ce mal de tête affecte particulièrement les 30-39 ans. ÇCes gens sont à une étape de leur vie et de leur carrière où ils ont plus de responsabilités, explique le Dr Bellavance. Ils vivent plus de stress. De plus, quand on est stressé, on peut avoir tendance à contracter de façon continue les muscles du cou et du cuir chevelu, qui finissent par devenir douloureux.

La migraine peut commencer pendant ou après une période de stress. "Le cas typique, c'est la personne qui va très bien durant la semaine et qui a une crise en se levant le samedi matin, dit le Dr Marchand. On ne sait pas pourquoi cela survient ainsi." Il souligne toutefois que, lorsqu'on est stressé, on libère de l'adrénaline et de la noradrénaline, qui peuvent avoir un effet sur la sérotonine, impliquée dans le déclenchement de la crise. Le stress est également lié à d'autres facteurs déclencheurs puisqu'il perturbe nos habitudes de vie, comme l'alimentation et le sommeil (trop ou pas assez de sommeil peut déclencher une migraine).

L'alimentation Différents aliments et agents contenus dans la nourriture peuvent déclencher une migraine: la tyramine dans les fromages vieillis, les vins et la bière, les noix, le glutamate monosodique dans les mets chinois et les sauces commerciales, les nitrites dans les saucisses à hot-dog et les charcuteries, le chocolat, la caféine et possiblement l'aspartame (cela n'a pas encore été prouvé).

La migraine peut aussi survenir lorsqu'on saute un repas ou lorsqu'on le retarde en se levant plus tard la fin de semaine. On se trouve alors en état d'hypoglycémie relative. "Baisser son sucre dans le sang peut enclencher une crise, mais on ne sait pas pourquoiÈ, observe le Dr Marchand. Le café semble avoir un effet sur la migraine lorsqu'on le consomme plus tard que d'habitude. Le corps vit alors un sevrage relatif qui peut déclencher une crise. Peut-on lier la consommation d'un aliment comme le vin à la céphalée dite de tension? "Si on identifie un aliment comme facteur, il y a plus de chances que ce soit une migraineÈ, répond le Dr Marchand. Il faut également replacer la céphalée en contexte. Est-ce le vin qui m'a donné mal à la tête ou la fatigue et le stress accumulés durant la journée?

L'environnement de travail S'il n'est pas ergonomique, il peut être en partie responsable de nos maux de tête. "Lorsqu'on tape à l'ordinateur la tête tournée vers un moniteur, on finit par souffrir de problèmes mécaniques au niveau du cou", dit le Dr Bellavance. Ces troubles peuvent provoquer des céphalées dites de tension. Un éclairage inadéquat ou une mauvaise qualité de l'air peuvent aussi contribuer au mal de tête.

Le climat Les orages et les tempêtes auraient un effet sur la migraine! En 2000, des chercheurs de l'Université de Calgary ont montré que des migraineux de l'Alberta souffrent davantage de crises durant les jours où le chinook, un vent chaud et sec, souffle fort. "On ne sait pas à quoi tient ce phénomène, dit le Dr Zlotnik. Cela pourrait être lié à la baisse de pression atmosphérique.

La lumière, les bruits, les odeurs Soleil, lumières clignotantes, néons, flashs d'appareil photo, bruit intense de la circulation ou d'équipement de construction, fortes odeurs: autant de facteurs qui peuvent déclencher une migraine. Si on s'expose à des produits chimiques, on peut aussi avoir une céphalée dite de tension.Les autres types de maux de tête

 

  • Céphalée de Horton

Aussi appelée "céphalée groupée", il s'agit d'un mal de tête terrible qui affecte moins de 1 % de la population canadienne, surtout des hommes. Pendant la période de crise, qui dure généralement de 2 à 12 semaines, le malade vit un épisode de douleur par jour (parfois plusieurs) d'une durée de 45 à 90 minutes en moyenne.

La céphalée, qui sévit toujours du même côté de la tête, est accompagnée de différents symptômes: l'oeil pleure, la paupière tombe, le nez se bouche, le visage devient enflé et la pupille peut se dilater. Elle débute souvent la nuit. "La personne est très agitée, transpire et veut se frapper la tête contre les murs tellement c'est douloureux", dit le Dr Zlotnik. Pour réduire la fréquence et l'intensité des crises, un neurologue peut prescrire des médicaments préventifs. On doit aussi prendre d'autres médicaments en période de crise.

On ne connaît pas la cause de ce trouble. On pointe notamment du doigt l'hypothalamus, une région du cerveau où se situe l'horloge biologique, responsable des différents rythmes biologiques. On a constaté que les crises surviennent de façon saisonnière, au printemps de chaque année par exemple. Jusqu'à présent, seul l'alcool a été identifié comme aliment déclencheur.

 

 

 

  • Céphalée secondaire

C'est le signe d'un autre problème de santé. Plutôt rare, elle peut être la conséquence d'une blessure à la tête ou au cou, d'une infection virale ou bactérienne (ex.: grippe), d'un problème de la glande thyroïde ou d'un trouble d'articulation de la mâchoire. On identifie ce mal de tête par les autres symptômes qui l'accompagnent. Par exemple, une sinusite se caractérise par un mal de tête, une congestion nasale, des écoulements épais et une névralgie dentaire. On se débarrasse de la céphalée secondaire en traitant le problème sous-jacent.

 

 

 

  • Céphalée de rebond

 

 

On l'appelle aussi "céphalée médicamenteuse" car elle survient quand on prend trop d'analgésiques ou de médicaments contre la migraine. Sourd et diffus, ce mal de tête se produit pratiquement tous les jours et persiste tout au long de la journée. On s'y expose si on prend des médicaments plus de deux jours par semaine. "Notre système de défense contre la douleur cesse de fonctionner, explique le Dr Bellavance. Aussitôt qu'on arrête les médicaments, la douleur revient au galop et on doit en reprendre.

Difficile de mettre fin à ce cercle vicieux. Notre corps étant en sevrage, on peut avoir des nausées, vomir, ressentir des douleurs abdominales, etc. On conseille de consulter un médecin, qui pourra prescrire d'autres médicaments pendant qu'on diminue les doses d'analgésiques. Certains médicaments, comme la nitroglycérine, peuvent aussi causer des céphalées. La Dr Gosselin souligne qu'ils entraînent cet effet chez une minorité de patients.

Avant de consulter: un calendrier

Le Dr Aubé conseille de rédiger un calendrier de nos maux de tête avant de voir un médecin. On y indique les dates, le type, l'intensité (légère, modérée, sévère), leur déroulement (par exemple, comment ils ont commencé), le nombre de médicaments utilisés pour les soulager, le soulagement obtenu, l'élément qui semble les avoir déclenchés et le moment de nos menstruations.

Vite à la clinique

La méningite, l'anévrisme cérébral ou le cancer du cerveau causent des maux de tête. On doit donc consulter immédiatement un médecin si:
 

  • On a plus de 40 ans, on n'a jamais ou très peu souffert de maux de tête et on se met à en avoir de plus en plus souvent.
  • On souffre d'un mal de tête sévère qui apparaît brutalement.
  • Le mal de tête survient pendant un effort physique.
  • Le mal de tête s'accompagne d'autres symptômes comme la fièvre, un engourdissement, un problème de coordination, une faiblesse d'un côté du corps, un trouble ou une perte de vision.
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