Santé

Lumière sur les troubles alimentaires à apparition précoce

Lumière sur les troubles alimentaires à début précoce

Les troubles alimentaires Photographe : iStock Auteur : Olivier Jamoulle

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Lumière sur les troubles alimentaires à apparition précoce

De plus en plus d'enfants de moins de 12 ans souffrent de troubles alimentaires à apparition précoce. Anorexie mentale, trouble alimentaire sélectif, trouble de déglutition fonctionnelle ou trouble mixte d'évitement alimentaire avec trouble affectif primaire?

Selon une étude ontarienne menée dans les écoles auprès des enfants de 10 à 12 ans, près de 30% des filles se trouvent trop grosses et essaient de maigrir!

Pendant deux ans la Société canadienne de pédiatrie a mené une enquête sur les troubles alimentaires auprès des pédiatres du Canada. Les principaux résultats ont révélé 160 cas de trouble alimentaire à apparition précoce chez des enfants de moins de 12 ans. Parmi eux, il y avait sept filles pour un garçon. La perte moyenne de poids était de 7,4 kg et près de la moitié de ces patients ont dû être hospitalisés. On le voit tout de suite, cette condition médicale peut être sévère.

La classification actuelle des troubles alimentaires à apparition précoce (qui se manifestent avant l'âge de 12 ans) comprend quatre groupes.

L'anorexie mentale précoce

Dans le premier groupe, on retrouve l'anorexie mentale précoce. Les enfants souffrant de ce trouble présentent une perception anormale de leur image corporelle et de leur poids. Un refus déterminé de prendre du poids est présent. L'alimentation est très perturbée et la nourriture est toujours prise en quantité insuffisante.

Bien que ce soit plus rare qu'à l'adolescence, certains de ces jeunes vont jusqu'à se faire vomir. Par contre, l'absence de menstruation, conséquence qu'on observe souvent chez les adolescentes anorexiques, n'est pas un critère diagnostique à retenir, puisqu'il est question d'enfants qui n'ont pas franchi le seuil de la puberté.

Dans la moitié des cas, on constate une hyperactivité physique dont l'intensité est impressionnante et difficile à contrôler. Certaines patientes peuvent aller jusqu'au refus de s'asseoir, de peur de prendre du poids. Cette peur démesurée est ravageuse. Tout est centré sur le désir intense de perdre du poids: calcul des calories, pesées répétitives, c'est une obsession de tous les instants. Dans un contexte de trouble anxieux associé, les manies ne sont pas rares: l'enfant se lave les mains à tout moment, par exemple.

Un trouble complexe

C'est le trouble alimentaire à début précoce le plus complexe et dont le pronostic peut susciter le plus d'inquiétudes. Il est causé par des facteurs multiples, mais des problématiques familiales, parfois anciennes, parfois récentes (séparation parentale, tensions) sont souvent retrouvées dans l'histoire du malade.

Il faut souvent s'attendre à une évolution longue de la maladie, et, tôt ou tard à un séjour à l'hôpital de même qu'à des conséquences réelles sur le plan physique. N'oublions pas que l'enfant est encore en pleine croissance: l'anorexie ne pouvait pas tomber plus mal.

Le trouble alimentaire sélectif

Un deuxième groupe est celui du trouble alimentaire sélectif où l'on retrouve les enfants sélectifs sur le plan de leur alimentation (en anglais, on les appelle picky eater). L'enfant peut être ainsi depuis son plus jeune âge ou devenir sélectif à la suite d'un évènement émotionnel, familial ou social. Le pronostic de ce trouble est meilleur et surtout, la croissance reste normale. Dans ces situations, on rencontre des parents parfois découragés et fort inquiets. Le pédiatre joue alors un rôle majeur dans le suivi de ces enfants en s'assurant que la croissance reste harmonieuse.

Le trouble de déglutition fonctionnelle

Dans ce troisième groupe, les enfants présentent une anxiété démesurée, développant, par exemple, la hantise de s'étouffer en avalant de la nourriture, ou bien la crainte d'être malade en mangeant ou encore une peur intense de vomir. L'histoire médicale révèle fréquemment que l'enfant a déjà eu une expérience désagréable en lien avec sa peur.

Amanda fait partie de ce groupe. À 9 ans, elle a contracté une gastroentérite virale accompagnée de vomissements répétés et d'un abattement important. Elle n'avait jamais vomi avant et cette expérience lui a été très pénible. Elle croit que cette gastroentérite lui est venue d'une nourriture périmée... Depuis, elle fait attention à tout, elle se méfie d'un nombre grandissant d'aliments, au point de restreindre significativement ses apports quotidiens. Le poids se met à baisser...

Progressivement ou brusquement, s'installe alors un comportement d'évitement alimentaire. Le rôle des parents et des intervenants est de rassurer l'enfant et de lui redonner confiance. Le pronostic est bon et la maladie ne dure jamais très longtemps.

Le trouble mixte d'évitement alimentaire avec trouble affectif primaire

Dans le quatrième groupe, on retrouve les enfants chez qui un trouble émotionnel (anxiété, humeur triste, dépression) est responsable de l'évitement alimentaire. Le poids n'est pas une préoccupation, mais l'évitement alimentaire est constant. Même en voulant prendre du poids, ces enfants n'arrivent pas à combler leurs besoins caloriques quotidiens.

La résolution de cette difficulté alimentaire passe par la prise en charge psychologique.

L'évitement alimentaire et la répercussion sur le poids

Ces quatre groupes ont au moins deux points en commun: l'évitement alimentaire et sa répercussion sur le poids (perte ou stagnation). Les troubles alimentaires à apparition précoce interpellent particulièrement le pédiatre à cause des répercussions qu'ils peuvent avoir sur la croissance, à cette période cruciale de la vie qui mène à la puberté. L'adulte en devenir risque d'en souffrir les conséquences toute sa vie durant.

La prise en charge de ces problématiques alimentaires nécessite un suivi médical régulier et, dans bien des cas, une équipe multidisciplinaire de soignants. On vise bien sûr la reprise de bonnes habitudes alimentaires. Il est important que ces patientes puissent se libérer d'une difficulté majeure qui les empêche de s'épanouir et de se développer, physiquement et psychiquement.

L'anorexie à apparition précoce est de loin l'entité la plus compliquée, la plus longue à suivre et celle dont le pronostic est le plus incertain. Lorsque les patientes sont hospitalisées, il est souhaitable qu'elles se retrouvent dans une unité de soins appropriée à leur état: il faudrait éviter, autant que possible, qu'elles soient en compagnie d'adolescentes anorexiques.

  

Lire aussi: Les troubles alimentaires chez les enfants d'âge préscolaire et Les troubles alimentaires existent aussi chez les hommes.

Sources
Goëb JL et al. «Food avoidance emotional disorder in 3 to 10 year old children: a clinical review», Archives de pédiatrie (12)2005; 1419-23.

 

Katzman D, Morris A, Pinhas L. Rapport du programme canadien de surveillance pédiatrique, Toronto: Hospital for Sick Children, 2005, p. 46-8.

 

Le Heuzey, MF. L'enfant anorexique: comprendre et agir. Éditions Odile Jacob, 2003.

 

ANEB - Anorexie et boulimie Québec

 

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