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La crème solaire est-elle dangereuse sur la santé?

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La crème solaire est-elle dangereuse sur la santé?

Avec la kyrielle d’informations qui circulent au sujet du soleil et des façons de s’en protéger, on finit par s’y perdre. Des experts font le point.

À la Clinique du mélanome et des cancers cutanés du CHU de Québec, le Dr Joël Claveau, dermatologue spécialisé en mélanome, diagnostique environ 10 cancers de la peau par jour. De ce nombre, de un à deux sont des mélanomes, la forme la plus rare, mais la plus fatale des cancers de la peau. Bien qu'il existe divers facteurs de risque au cancer de la peau, comme la clarté du teint, la présence de grains de beauté et l'historique familial, le principal coupable demeure le soleil. Le Dr Claveau est d'avis que presque la totalité des cas pourrait être évitée. C'est donc qu'on ne se protège pas encore assez des rayons ultraviolets (UV). La persistance de certaines croyances et la circulation d'informations contradictoires au sujet des écrans solaires ne sont pas étrangères à la confusion qui entoure la protection solaire. Il est grand temps de départager le vrai du faux.

Un peu, beaucoup, fréquemment

Pour le Dr Claveau, le gros problème avec la protection solaire est une question de compréhension. Les écrans solaires et les chapeaux, c'est bien beau, mais si on continue à se faire «dorer la couenne» sur une chaise longue à la moindre occasion, nos efforts pour se protéger ne sont qu'un coup d'épée dans l'eau!

À ce jour, la meilleure façon de se protéger des rayons ultraviolets (UV) est de ne pas s'exposer au soleil. «Cela dit, ce n'est pas en restant à l'ombre d'un palmier ou d'un parasol que nous sommes davantage à l'abri des rayons nocifs du soleil, rappelle le Dr Claveau. L'ombre ne nous protège que partiellement des rayons UV. Ces rayons sont également réfléchis par les surfaces qui nous entourent, dont le béton, le sable et la neige, d'où l'utilité de compléments comme les écrans et les vêtements.»

«Si on arbore un teint hâlé tous les étés, c'est qu'on ne met pas assez de crème, fait remarquer le médecin. Il est faux de croire qu'on peut bronzer de façon sécuritaire en mettant de la crème. Le bronzage est un mécanisme de défense de la peau. Lorsque les cellules sont endommagées par les rayons UV, elles réagissent en produisant de la mélanine, une substance qui pigmente la peau. Ce sont ces dommages qui peuvent engendrer des mutations et la formation d'un cancer.»

Dangereux pour la santé, les écrans solaires?

Parmi les informations qui circulent au sujet de la crème solaire, ses risques pour la santé figurent parmi les plus controversés. À l'été 2015, les réseaux sociaux se sont emballés lorsque la comédienne Jacynthe René a fait référence à une étude suédoise qui, disait-elle, faisait un lien entre l'utilisation de la crème solaire et la hausse des cancers de la peau. Le pharmacien Olivier Bernard a réagi sur son blogue pour préciser que l'étude avait été mal citée et qu'à ce jour, il n'existait aucune évidence quant au potentiel cancérigène des écrans solaires chez les humains. Son constat est le même au sujet des nanoparticules, des particules réduites pour augmenter la transparence des produits qui, selon certaines études, pourraient pénétrer la peau pour se retrouver dans le sang. «Il faut savoir que ces études sont encore à un stade embryonnaire et qu'il est difficile d'en tirer des conclusions claires», tempère-t-il. Cette opinion est aussi celle de l'Association canadienne de dermatologie (ACD).

Un autre reproche qu'on fait aux écrans solaires, c'est de contenir des substances chimiques qui figurent sur la liste des perturbateurs endocriniens, en raison des désordres hormonaux qu'elles sont soupçonnées d'entraîner. On parle ici notamment du palmitate de rétinyle (un dérivé de vitamine A), de l'oxybenzone, du BHA et du BHT. En juin 2013, l'ACD affirmait que les Canadiens pouvaient avoir l'esprit tranquille, puisque les études n'avaient pas amené de «preuves concluantes pour appuyer ces allégations de dérangement hormonal ou de malformations».

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Mais n'est-il pas légitime de se questionner sur les ingrédients des produits qu'on consomme, même si les preuves ne sont pas «encore» concluantes? Un nombre grandissant de scientifiques s'inquiètent des répercussions des perturbateurs endocriniens sur la santé, en particulier sur celle des enfants, des adolescents et des femmes enceintes ou en âge de procréer. Dans un rapport publié en 2012, l'Organisation mondiale de la santé faisait état de sa préoccupation quant à la hausse des maladies endocriniennes et au rôle possible des perturbateurs endocriniens. Parmi les effets généralement associés à ces substances, on parle de cancers hormonodépendants (sein, prostate), de problèmes de fertilité et de thyroïde. En avril, lors de la rencontre annuelle de l'Endocrine Society, à Boston, les résultats obtenus par des chercheurs danois venaient confirmer la relation entre certains filtres chimiques et l'infertilité. Sur les 29 filtres UV chimiques testés, 13 d'entre eux ont montré une interférence sur le fonctionnement cellulaire des spermatozoïdes, dont 8 sont approuvés au Canada et aux États-Unis: l'avobenzone, l'homosalate, la meradimate, l'octisalate, l'octinoxate, l'octocrylène, l'oxybenzone et le padimate O.

«Le problème avec ces substances synthétiques, c'est que leurs effets s'additionnent, explique Lise Parent, professeure en sciences de l'environnement à la TÉLUQ et vice-présidente du conseil d'administration du Réseau des femmes en environnement (RFE). Ainsi, deux perturbateurs différents peuvent agir aux mêmes endroits et entraîner les mêmes symptômes. Et comme on en retrouve partout - alimentation, cosmétiques, produits ménagers, etc. -, on ignore quelle est notre exposition totale.»

Les risques mis en perspective

Pour le Dr Joël Claveau, il demeure impératif de mettre les risques du soleil et des écrans solaires en perspective. «À ce jour, on sait que les bienfaits liés à la protection solaire sont nettement plus grands que les risques», fait-il valoir. Bien qu'elle se dise inquiète quant aux effets des perturbateurs endocriniens sur notre santé, Lise Parent est d'accord sur le fait qu'il ne faille pas bannir les écrans solaires pour autant. Comme les effets du soleil sur le cancer de la peau ont été démontrés, elle conseille plutôt de faire preuve de vigilance au moment de choisir une protection solaire. «Il est préférable d'opter pour des produits qui ne contiennent pas ces substances et dont la liste d'ingrédients est courte», indique la professeure. Si les substances chimiques controversées nous préoccupent, les produits solaires pour peau sensible, hypoallergènes, non parfumés ou portant la certification EcoCert sont aussi des options intéressantes. Mais tous les experts s'entendent à ce sujet: s'exposer au soleil sans protection, ce ne serait pas raisonnable.

Les conséquences du soleil en chiffres

  • Le mélanome est à l'origine de près de 80% des décès liés au cancer de la peau.
  • Au Québec, en 2015, on estimait à 950 les nouveaux cas de mélanomes.
  • 1 femme sur 74 sera atteinte d'un mélanome au cours de sa vie, et 1 femme sur 456 en mourra.
  • Le nombre de carcinomes basocellulaires ou spinocellulaires est nettement en hausse: en 2015, les nouveaux cas de cancers de la peau (autres que le mélanome) étaient estimés à plus de 30 000!
  • Sur les 78 300 nouveaux cas de carcinomes évalués au Canada en 2015, on prévoyait 500 décès. 

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