Santé

L’obésité: faute à la société?

L’obésité: faute à la société?

Auteur : Coup de Pouce

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L’obésité: faute à la société?

Pour maintenir un poids santé, il suffit de manger sainement et d’être actif. C’est assez simple. En apparence... Le problème, au dire des experts, c’est que notre mode de vie et l’environnement dans lequel nous vivons ont une bien mauvaise influence sur nous!

L'explication de la majorité des problèmes de poids est simple: ils surgissent progressivement lorsqu'on consomme plus de calories qu'on n'en dépense. «Pour prendre 5 livres par année, il suffit de 100 calories en trop par jour (l'équivalent d'une tranche de pain ou d'une demi-heure de marche), indique Paul Boisvert, kinésiologue et docteur en physiologie, coordonnateur de la Chaire sur l'obésité à l'Université Laval. À ce rythme, au bout de 10 ans, on aura pris 50 livres.»

Et non, il n'existe aucun remède miracle pour retrouver un poids santé. Le seul moyen d'y parvenir est de manger sainement et d'être actif. Mais il semble que ce soit plus facile à dire qu'à faire! «On a longtemps cru que c'était un manque de volonté de la part des gens ou que le message n'avait pas été bien compris, explique Fannie Dagenais, diététiste-nutritionniste, directrice du Groupe d'action sur le poids ÉquiLibre. On sait maintenant que le message est connu et compris. Seulement, on s'aperçoit qu'il est difficile de concrétiser ces recommandations dans la société actuelle.»

L'obésité au Québec

Si le problème existe à l'échelle mondiale, le Québec n'y échappe pas: 57 % de la population adulte a un excès de poids (35 % d'embonpoint et 22 % d'obésité), et un enfant sur cinq présente un surplus de poids. «En 20 ans, la prévalence a doublé chez les adultes et triplé chez les enfants, dit Paul Boisvert. On constate une augmentation de 1 % par année.» Chez les enfants de 2 à 17 ans, le taux d'obésité atteint 8 %, avec 12 % d'embonpoint.

«La problématique de l'obésité est plus complexe qu'on ne pense, affirme Lyne Mongeau, conseillère scientifique à l'Institut de la santé publique du Québec. Sur le plan individuel, une multitude de facteurs peuvent expliquer l'obésité: l'hérédité, la prise de médicaments, la maladie, les attitudes, les comportements, le stress, etc. Toutefois, pour expliquer le phénomène à l'échelle de toute une population (voir L'obésité au Québec, page 60), il faut un cadrage différent. Avons-nous changé sur le plan physiologique au cours des 25 dernières années? Pas du tout. Nos comportements ont-ils tant changé? Sommes-nous devenus plus gourmands et paresseux? Je ne crois pas. En fait, une multitude de facteurs sociaux et environnementaux entrent en ligne de compte.» Autrement dit, la société dans laquelle nous vivons et le genre de vie que nous menons n'aident vraiment pas notre cause. Voyons comment.

La course contre la montre

Entre le va-et-vient quotidien entre la banlieue et la ville, le temps passé dans l'auto, la journée stressante au bureau et les heures supplémentaires, Annie rentre à la maison totalement claquée. «Tout ce que je veux, c'est attraper quelque chose de rapide au resto ou à l'épicerie, arriver à la maison et m'asseoir devant la télé pour faire le vide.»

Elle n'est pas la seule dans cette situation. «On est à l'ère de la productivité, on veut que tout se passe vite et on manque de temps», résume Fannie Dagenais. La mécanisation, l'automatisation et la technologie se sont développées à un rythme fulgurant au cours du siècle dernier. Paradoxalement, alors qu'il existe toutes sortes de machines pour faire les choses à notre place et qu'en principe on devrait avoir plus de temps pour nous, il faut faire toujours plus et plus vite, histoire de maximiser la productivité et les profits.

Ce train de vie accéléré a des répercussions sur le contenu de notre assiette. «Avant, on préparait nos propres repas, observe Lyne Mongeau. Les femmes étaient à la maison pour s'en occuper. Aujourd'hui, la conciliation travail-famille n'est pas toujours facile. On n'a plus le temps de cuisiner.» Alors, on opte pour la facilité. «On mange davantage au restaurant et on consomme de plus en plus de mets transformés, achetés à l'épicerie ou chez le traiteur, poursuit Fannie Dagenais. Cette nourriture est bien souvent préparée avec beaucoup de matières grasses et de sucre, et bien peu de légumes.»

En plus, pour sauver du temps, on choisit bien souvent la restauration rapide, dont le menu est riche en calories vides. «Aujourd'hui, on mange souvent en vitesse, devant la télévision, un repas prêt en 5 minutes au micro-ondes, ajoute le DrYan Kestens, chercheur au département de médecine préventive de l'Université de Montréal et à la Fondation des maladies du coeur dont les travaux portent sur les facteurs sociaux et environnementaux de l'obésité. On a tendance à évacuer toute la dimension sociale et du plaisir associée à la nourriture et aux repas, comme manger en famille le soir, prendre le temps de préparer un bon souper entre amis, aller au marché choisir ses fruits et ses légumes ou cueillir ses pommes soi-même à l'automne.»

Grosse assiette, gros appétit

L'industrie agro-alimentaire s'est également transformée. Dans une économie de marché où la compétition est forte, elle rivalise d'imagination pour répondre à la demande des consommateurs toujours plus pressés en offrant des produits prêts à la consommation. «Elle a compris que les aliments transformés étaient rentables, souligne Paul Boisvert. Aujourd'hui, ces aliments raffinés coûtent souvent moins cher que les fruits et les légumes.»

Ce n'est pas tout: comme le consommateur en veut toujours plus pour son argent, les fabricants et les restaurateurs ont tendance à augmenter les portions. «Or, des études ont montré que, devant une portion plus grosse, on est portés à manger jusqu'à 30 % de plus, car on ressent un malaise à ne pas vider notre assiette, qu'on ait faim ou non», ajoute Fannie Dagenais. «La nourriture est moins chère et facilement accessible. On en trouve partout et en tout temps, explique Lyne Mongeau. Cette abondance fait en sorte qu'on mange plus qu'autrefois et qu'on ne reconnaît plus les signaux de faim et de satiété.» Paul Boisvert fait le même constat. «Les tentations sont nombreuses et l'environnement ne nous aide pas du tout à faire les bons choix.»

«La publicité a aussi un grand impact sur l'alimentation, ajoute Fannie Dagenais. Le nombre de publicités pour la restauration rapide et les aliments saturés en gras et en sucre est important. Évidemment, cela crée un besoin dans la population. On fait rarement la promotion de la carotte! En fait, l'argent est le nerf de la guerre: les associations de prévention n'ont pas les mêmes budgets que les géants de l'alimentation pour produire des campagnes de publicité. Elles ont ainsi moins d'influence.»

Malgré tout, depuis quelques années, on constate la croissance d'une offre alimentaire plus santé. Les chaînes de restauration rapide ont intégré des choix plus sains à leur menu et les géants de l'alimentation commencent à développer des gammes de produits moins riches en gras et en sucre. «Devant la demande accrue des consommateurs, l'industrie commence à être plus sensible à la problématique, explique Paul Boisvert. Mais, pour que l'offre se maintienne et augmente, il faut encourager ces initiatives. Car on vit dans une économie de marché et, si les produits santé ne se vendent pas et que les compagnies ne font pas de profit, ils disparaîtront tout simplement.»

La loi du moindre effort

Il n'y a pas que l'alimentation qui figure au banc des accusés: notre inactivité chronique a aussi sa part de responsabilité. «Il est vrai qu'on est plus sédentaires qu'avant», constate Lyne Mongeau. On occupe des emplois de plus en plus inactifs, on saute dans notre voiture à la moindre occasion, on est trop occupés pour faire un jardin ou notre ménage... et on s'ankylose!

«Il est très difficile de ne pas être sédentaire, soutient Fannie Dagenais. Tout est mécanisé, on a tout à la portée de la main, on n'a plus d'efforts à faire. Par exemple, même si on veut prendre l'escalier, il est parfois difficile à trouver et il n'est pas très accueillant.» Résultat: on brûle moins de calories. Et on se retrouve avec 100 calories en trop par jour qu'on ne dépense pas et qui se déposent on sait où.

Depuis quelques années, les chercheurs ont mis en lumière diverses causes environnementales qui encouragent la sédentarité. On pointe du doigt notamment l'étalement urbain. Des recherches ont montré que les gens qui habitent en périphérie de la ville ou à la campagne étaient plus sujets à l'embonpoint et à l'obésité que ceux qui vivent en milieu urbain. Pourquoi? En bonne partie parce qu'ils marchent moins! Dans les nouveaux quartiers, on a tendance à séparer les zones résidentielles et commerciales. Par conséquent, il faut prendre l'auto non seulement pour se rendre au travail mais aussi pour faire la moindre course. «Quand le dépanneur le plus proche est à 3 km, c'est peu tentant d'y aller à pied», concède le Dr Kestens.

On note également que les municipalités ont tendance à élargir les boulevards, à éliminer les trottoirs et à remplacer les espaces verts par des stationnements au détriment des piétons et des cyclistes. «Il est évident que, si le milieu n'est pas sécuritaire pour marcher, on ne le fera pas, constate le Dr Kestens. Souvent, on ne laisse pas nos enfants aller à l'école à pied ou à vélo parce que ce n'est pas sécuritaire, alors on les accompagne en voiture. L'automobile est un obstacle au transport actif dans bien des sens!»

Obésité: des solutions

Que peut-on faire pour renverser cette tendance? On peut évidemment agir sur les éléments qu'on peut changer nous-même: trouver des solutions pour être plus active et manger mieux. Certains y parviennent. «Avec un travail à temps plein, un enfant et tout le reste, ce n'est pas facile, avoue Nadine. Mais, avec un peu d'imagination et d'organisation, on y arrive. On ne fait peut-être pas de la grande gastronomie, mais on cuisine toujours à la maison. La fin de semaine, on va au marché pour choisir nos fruits et nos légumes. On en fait une activité avec notre fils, qui s'amuse à nommer les légumes et les couleurs. On fait une grande marche tous les jours et on va jouer au parc.»

Pour d'autres, c'est plus difficile. «L'individu est complexe et il vit un conflit intérieur, dit Laurette Dubé, professeure en consommation, mode de vie et marketing, spécialiste de la nutrition et de la santé à l'université McGill. On sait tous qu'on doit faire attention à notre santé et on sait quoi faire pour l'améliorer, mais on ne le fait pas! Pourquoi? Des recherches sur les comportements alimentaires et le rythme de vie arrivent à la conclusion qu'on pose de nombreux gestes sans réfléchir. Il y a une grosse assiette devant nous? On mange plus. On est pleins d'automatismes et de non-sens dont il faut prendre conscience pour pouvoir agir!»

Parallèlement aux démarches individuelles, de plus en plus de recherches sur les facteurs reliés à l'obésité arrivent à la conclusion qu'il faut aussi agir sur l'ensemble de la société.«Pour obtenir des effets sur la population, il va falloir mettre en place un ensemble de changements environnementaux et sociaux, estime Lyne Mongeau. L'idée, c'est de mettre en place un environnement qui facilite les choix santé. Et il faut que les options soient intéressantes.» En effet, s'il en coûte plus cher de commander une salade qu'un hamburger et une frite au restaurant ou s'il faut compter deux heures de plus pour se rendre au travail en autobus qu'en voiture, ces options ne sont pas très tentantes! «On vit dans une société où tout le monde veut aller plus vite et en veut plus pour son argent, note-t-elle. Il faut donc que les choix santé soient plus faciles, intéressants, accessibles, conviviaux et à prix abordables. Alors seulement, ce sera plus attrayant pour le consommateur.»

Bien sûr, les grandes décisions concernant les facteurs sociaux et environnementaux (comme créer une rue piétonnière, construire une piste cyclable, établir un nouveau marché, interdire les gras trans ou la malbouffe dans les écoles, accorder des crédits d'impôt aux usagers du transport en commun ou pour l'achat de fruits et de légumes) se prennent dans les hautes sphères du pouvoir. «Mais les demandes viennent de la population, insiste le Dr Kestens. Il ne faut pas négliger notre influence. De nombreux mouvements communautaires et locaux travaillent dans ce sens. On peut s'y joindre ou y collaborer en faisant des demandes auprès des différentes instances. C'est en posant des gestes au quotidien qu'on pourra faire changer les choses.» Des exemples: faire le choix d'aliments plus sains pour en stimuler l'offre, acheter nos fruits et légumes au marché ou chez les producteurs locaux, choisir le transport actif ou en commun au lieu de l'automobile, utiliser les installations sportives de la municipalité, etc.

On s'y met?

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