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Jean-Marie Lapointe ose parler de ses troubles alimentaires

Jean-Marie Lapointe ose parler de ses troubles alimentaires

� Jean-Marie Lapointe, le site officiel Photographe : � Jean-Marie Lapointe, le site officiel Auteur : Coup de Pouce

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Jean-Marie Lapointe ose parler de ses troubles alimentaires

Le comédien et animateur Jean-Marie Lapointe est un des rares hommes à témoigner publiquement de ses problèmes d’anorexie et de boulimie.

Jean-Marie Lapointe a souffert de troubles alimentaires au début de l'adolescence, puis vers l'âge de 20 ans. Des épisodes d'anorexie et de boulimie qui ont marqué son corps et son esprit. Aujourd'hui dans la quarantaine, il se dit guéri, mais attentif aux signaux que lui envoie son corps pour prévenir toute tentation de retomber dans ses anciens travers. Il s'entraîne quotidiennement, au gymnase ou sur l'eau où il pratique le bateau-dragon.

L'exercice constitue un mode de vie, mais n'est pas une obsession, précise celui qui est porte-parole de la maison Éclaircie, à Sainte-Foy. La maison de transition vient en aide aux personnes aux prises avec des troubles alimentaires. Une ressource qui l'aurait aidé à mieux affronter la maladie lorsqu'il était adolescent, selon lui.
Très peu d'hommes ont témoigné de leur problème d'anorexie ou de boulimie. Pourquoi avoir décidé d'aborder le sujet?

J'ai abordé le sujet dans mon livre Mon voyage de pêche il y a dix ans (Éditions Stanké, 1999). J'avais fait un bilan et je n'étais pas gêné d'en parler. Ç'a été très thérapeutique. Pour moi, ça faisait du sens et ça me faisait du bien. Et si ça pu faire du bien à d'autres, tant mieux.

Comment se sont traduits les troubles alimentaires chez toi?

J'ai eu deux périodes. La première, c'était vers l'âge de dix ans. J'étais jeune et je n'étais pas conscient de mon rapport malsain avec la nourriture. C'était une sorte de cri d'alarme. J'étais pensionnaire, alors que mes sœurs ne l'étaient pas. Je me sentais un peu abandonné. Quand tu n'as pas de contrôle dans ta vie, le seul que tu peux avoir c'est sur la nourriture. C'était une façon de dire occupez-vous de moi.

Le deuxième épisode, c'était dans ma jeune vingtaine. Je souffrais un peu d'obésité puis j'ai décroché le rôle d'un boxeur. Je me suis mis à m'entraîner et j'ai perdu 60 livres en un an. Ç'a déclenché un nouveau comportement avec la nourriture. Si je prenais trois ou cinq livres, c'était un drame. Il fallait que je le perde. Le regard des autres était important. Tout d'un coup, je pognais. J'étais plus découpé, ça attirait l'attention des filles. Ça donnait une drôle d'image. Les gens venaient pour ça. Pourtant, j'étais le même gars!

Mais en tant que comédien, je ne sens pas davantage de pression, mis à part d'être associé à des rôles plus physiques.

As-tu eu besoin d'un suivi médical?

Je n'ai pas été suivi par un médecin, mais par un thérapeute. La thérapie, c'est autre chose, ça va plus loin, et moi j'ai embarqué là dedans. Quand je me suis impliqué comme porte-parole de l'Éclaircie, j'ai rencontré des intervenants et participé à quelques groupes de discussion.

Crois-tu que les troubles alimentaires, l'anorexie, c'est fini pour toi?

Ce n'est pas derrière moi, parce que c'est en moi. Ça serait présomptueux de dire que « plus jamais ». Par contre, je détecte plus facilement les débuts de comportement obsessif. Je sais ce que c'est que d'être dans une prison sans barreau. Une prison dans ta tête qui t'empêche de vivre, d'aller te baigner... Tu ne laisses personne te toucher. Je sais que c'est à moi de désamorcer ces comportements. Je tente de ne pas retomber là dedans. Mais je pense que je m'écoute assez pour l'éviter. Et je suis chanceux d'avoir des gens autour de moi, ma copine, mon entraîneur, pour me lancer un signal d'alarme.

Au final, je pense que ces épreuves ont fait de moi une personne plus ouverte. C'est plus devenu une force.

On sait que tu t'entraînes beaucoup, est-ce que tu dois aussi faire attention?

Tu me demandes si je souffre d'obsession de l'entrainement?

En quelque sorte.

Je ne crois pas. J'aime m'entraîner et j'aime la performance, mais je n'ai pas de difficulté à me reposer et à me relaxer quand mon corps le demande. Je suis assez intense, c'est vrai. Ça peut peut-être frôler l'anorexie inversée, mais je ne pense pas que ça me concerne. Je n'ai jamais pris de stéroïdes et je n'ai jamais eu envie d'en prendre.

Les comédiens ou artistes homosexuels disent recevoir des témoignages de jeunes qui vivent mal leur orientation, est-ce que c'est aussi le cas avec les troubles alimentaires? Est-ce qu'on t'en parle parfois?

Je n'ai pas eu à parler beaucoup avec des jeunes. Mais je peux dire que beaucoup ont honte d'en parler. Et pour les gars, parler d'une maladie de fille, ce n'est pas évident. Surtout à l'adolescence. Ils ont peur du jugement. C'est peut-être pour ça qu'on parle peu d'anorexie masculine. Le seul moyen de contrer ça, c'est de continuer d'en parler et de développer des ressources comme l'Éclaircie.

Référence

Mon voyage de pêche, Jean-Marie Lapointe, Éditions Stanké, 2005, 216 pages.

Maison l'Éclaircie

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