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Et si le poids santé n'existait pas?

Et si le poids santé n'existait pas?

Shutterstock Photographe : Shutterstock Auteur : Coup de Pouce

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Et si le poids santé n'existait pas?

À l’heure où l’indice de masse corporelle est de plus en plus contesté, une question s’impose: le concept du poids santé tient-il la route?

Qu'est-ce que l'indice de masse corporelle?

Selon l'Organisation mondiale de la santé, l'indice de masse corporelle (IMC) permet d'estimer le surpoids ou l'obésité d'une personne. «Cette donnée est obtenue en divisant le poids en kilogrammes par le carré de la taille en mètres», explique le Dr Anil Nigam, cardiologue en prévention à l'Institut de cardiologie de Montréal. Ainsi, si une personne pèse 77 kg et mesure 1,65 m, son IMC sera de 28,3. Un IMC entre 18,5 et 25,0 est considéré comme normal ou «santé». Un IMC de 25 ou plus correspond à de l'embonpoint. À partir de 30, le sujet est considéré comme obèse. Étonnamment, l'IMC n'a pas été mis au point par un médecin, mais par un mathématicien et astronome d'origine belge, Adolphe Quetelet. Élaboré au XIXe siècle, l'indice de Quetelet visait à établir un ratio entre la taille et le poids, afin de dresser le portrait de l'homme moyen.

Pourquoi l'IMC est-il de plus en plus contesté?

Un nombre grandissant de spécialistes font valoir que l'IMC est une mesure incomplète, qui ne permet pas d'évaluer avec exactitude les risques liés au poids d'une personne. «L'IMC est intéressant pour étudier les populations», explique Guylaine Guevremont, nutritionniste, auteure du livre Mangez! et fondatrice de Muula, une clinique spécialisée dans le traitement des troubles alimentaires. «Comme il est facile à utiliser, cet indicateur permet aux chercheurs de recueillir rapidement des données démographiques, afin de comparer les populations entre elles. L'IMC n'a toutefois pas de valeur à l'échelle de la personne, puisqu'il ne tient pas compte de l'âge, du sexe, ni de l'ensemble des éléments qui influent sur le poids, comme la rétention d'eau ou la masse musculaire, plus lourde que la graisse. Néanmoins, nombreux sont ceux qui se réfèrent à tort à cette donnée subjective pour évaluer leur santé et établir la nécessité de perdre du poids. Or, la santé d'une personne ne se définit pas seulement par son poids. C'est beaucoup plus que ça.»

En plus de ne pas tenir compte de marqueurs comme la glycémie, le cholestérol ou la tension artérielle, l'IMC néglige l'emplacement des tissus adipeux, déplore le Dr Jean-Pierre Després, chercheur et directeur de l'axe cardiologie du centre de recherche de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. «Je le répète depuis 30 ans: il faut aller au-delà de l'IMC, insistet- il. C'est la graisse abdominale qui est nocive pour la santé. Or, à lui seul, l'IMC ne permet pas de mesurer cette forme d'adiposité. Ce n'est donc pas parce que vous avez un IMC de 28 que vous aurez nécessairement des problèmes de santé liés à un surpoids. Et ce n'est pas parce que vous êtes en santé avec un IMC de 32 que vous ne développerez pas de problèmes avec le temps. Bien qu'un surplus de poids n'entraîne pas toujours de problèmes métaboliques, les problèmes d'articulations, eux, ne sont pas exclus.»

Qu'est-ce que la graisse abdominale?

La graisse abdominale, ou viscérale, est celle qui se trouve dans la cavité abdominale et qui entoure les organes. Selon la Chaire de recherche sur l'obésité de l'Université Laval, cette condition touche 25 % des Québécois. Les personnes qui en souffrent ont généralement une silhouette en forme de pomme - de petites fesses et un gros ventre - en raison de la graisse logée principalement au niveau de l'abdomen. Grâce aux oestrogènes, les hormones sexuelles féminines, les femmes bénéficient d'une protection temporaire contre cette forme d'embonpoint. «Une fois passée la ménopause, explique le Dr Després, l'effondrement du taux d'oestrogènes entraîne l'accumulation accélérée de graisse abdominale et, par conséquent, des risques pour la santé qui y sont liés.»

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Pourquoi l'embonpoint abdominal est-il dangereux pour la santé?

«Souvent associée à de l'hypertension artérielle, à du diabète de type 2, à un taux de cholestérol élevé et à un faible taux de "bon cholestérol", la graisse viscérale augmente les risques d'athérosclérose, explique le cardiologue Anil Nigam. Cette affection, causée par un dépôt de gras et de cholestérol dans les artères, accroît les risques de développement de maladies cardiovasculaires et coronariennes, comme l'infarctus, l'angine et les accidents vasculaires cérébraux.»

La graisse corporelle a-t-elle aussi des vertus pour la santé?

Selon le chercheur Jean-Pierre Després, nous aurions tort de mettre tous les surplus de poids dans le même panier. «La graisse des fesses et des cuisses, qu'on trouve particulièrement chez la femme, ne nuit aucunement à la santé. Au contraire! Cette graisse est noble. Elle protège le coeur et les tissus maigres contre l'accumulation de graisse viscérale.» Plus rare chez l'homme, cette graisse sous-cutanée agit aussi comme un réservoir de stockage de l'énergie accumulée en trop. En l'absence d'apport calorique, cette réserve permet notamment aux mères qui allaitent de produire du lait.

Est-il possible d'être en santé malgré un surpoids?

«Oui, assure Guylaine Guevremont. Il est archifaux de penser que le surplus de poids, à lui seul, prédispose une personne à des problèmes de santé. D'autres facteurs doivent également être pris en considération. Certaines personnes sont naturellement faites pour avoir un poids plus élevé que la moyenne et sont tout de même en grande forme. Malheureusement, le préjugé selon lequel les gens qui ont un surplus de poids se laissent aller est tenace dans la population et chez certains spécialistes de la santé. Pourtant, la minceur n'est pas davantage un gage de santé.» D'ailleurs, la sédentarité serait encore plus nocive pour la santé que l'obésité. Selon une récente étude de l'Université de Cambridge, le manque d'activité physique contribuerait deux fois plus à augmenter notre risque de mort prématurée.

Que propose-t-on au lieu du concept de poids santé?

Le cardiologue Anil Nigam croit qu'il serait préférable de remplacer le concept de «poids santé» par celui de «taille santé». Plusieurs études ont en effet démontré que plus la circonférence de la taille est élevée, plus les risques de faire de l'embonpoint abdominal sont grands. Et ce risque croît davantage lorsqu'il est combiné à un niveau élevé de triglycérides, ces gras en circulation dans le sang. «La mesure du tour de taille est un bon outil parce qu'elle reflète plusieurs paramètres en même temps, explique le Dr Nigam. Une diminution du tour de taille entraîne généralement une baisse du taux d'insuline, de la pression artérielle et du cholestérol, entre autres.»

Existe-t-il un tour de taille idéal?

Selon les plus récentes recommandations de la Société canadienne de cardiologie, le tour de taille des hommes ne devrait pas dépasser 94 cm et celui des femmes, 80 cm. Ces chiffres ne font toutefois pas consensus. Le Dr Jean-Pierre Després est plutôt d'avis que le tour de taille des hommes et des femmes ne devrait pas dépasser 90 cm et 85 cm, respectivement. Et pour le Dr Yoni Freedhoff, médecin de famille, professeur adjoint à la faculté de médecine de l'Université d'Ottawa et fondateur du Bariatric Medical Institute, une clinique spécialisée dans le traitement non chirurgical de l'embonpoint et de l'obésité, mesurer la taille est tout aussi inutile que de calculer l'IMC. «Je n'en vois pas l'intérêt, lance-t-il. Les patients sont beaucoup plus que leur IMC ou la circonférence de leur taille. Devant un patient ayant un surplus de poids, bien des médecins ne vont pas au-delà de l'embonpoint pour expliquer ses problèmes de santé. Pourtant, ces indicateurs ne remplaceront jamais un bilan de santé complet et un examen adéquat. Quel que soit le poids du patient, le médecin devrait toujours faire l'inventaire de ses habitudes de vie et lui transmettre des conseils sur les façons d'adopter une alimentation et un style de vie sains.»

Selon le Dr Freedhoff, le poids, l'IMC ou le tour de taille ne devraient jamais être perçus comme des buts à atteindre. «Notre poids dépend de plusieurs variables, dont certaines échappent à notre pouvoir ou à notre volonté. Notre seul objectif devrait être de faire de notre mieux pour vivre la vie la plus saine qu'il nous est possible d'apprécier. À quoi bon adopter des comportements qu'il nous sera impossible de maintenir à long terme?»

Pourquoi plusieurs spécialistes de la santé continuent-ils de calculer l'IMC?

«Nombre d'études ont démontré un lien entre un IMC élevé et les risques de maladies cardiovasculaires», rappelle le Dr Serge Goulet, médecin de famille, professeur adjoint à la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke et coauteur du livre Comment améliorer mon médecin? Le patient efficace. «Il est vrai que l'IMC a ses limites et ses faiblesses. Cela dit, il s'agit d'un outil intéressant lorsqu'il est associé à la mesure du tour de taille et aux facteurs de risque de maladies cardiovasculaires du patient. Peu coûteux et rapide à établir, cet indicateur demeure un bon moyen d'aborder la question des habitudes de vie du patient.»

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S'il se réjouit de voir que de plus en plus de médecins mesurent le tour de taille, le chercheur Jean-Pierre Després constate que certains ne mesurent encore que l'IMC. «Changer la pratique médicale, c'est comme essayer de faire tourner le Titanic! Il est très difficile de passer d'une approche curative à une approche basée sur la prévention. En même temps, il faut aussi considérer que les médecins de famille n'ont actuellement pas le temps ni les ressources nécessaires pour effectuer un bilan de santé complet de l'ensemble de leurs patients.» «Il est vrai que nous avons beaucoup de patients et pas assez de temps à consacrer à la prévention, confirme le cardiologue Anil Nigam. C'est dommage, puisque les études démontrent qu'une approche préventive sauverait beaucoup de vies, à peu de frais. Cela nous permettrait de combattre non seulement les maladies cardiovasculaires, mais aussi un ensemble de maladies chroniques présentant les mêmes facteurs de risque.»

Comment mesurer notre tour de taille?

  • Debout devant le miroir, on dégage notre abdomen et on enroule le ruban à mesurer autour de notre taille.
  • À l'aide des mains, on repère l'os des hanches et on aligne le ruban avec le dessus de ce dernier. On s'assure ensuite que le ruban est bien horizontal.
  • On prend deux ou trois respirations normales. À la fin de la dernière expiration, on ajuste la tension du ruban.
  • On pince ensuite nos doigts sur la mesure avant de retirer le ruban et de noter le résultat. Idéalement, la circonférence de notre taille ne devrait pas augmenter avec le temps.

Source: myhealthywaist.org.

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