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Alcool: est-ce qu’on boit trop?

Alcool: est-ce qu’on boit trop?

Alcool: est-ce qu’on boit trop? Photographe : Suzanne Clements / Stocksy

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Alcool: est-ce qu’on boit trop?

C’est le temps des fêtes, et les occasions de prendre un verre se multiplient allègrement. Quels sont les effets sur notre santé si on trinque un peu, modérément, beaucoup?

La journée a été dure? On s’ouvre une bière en préparant le souper pour décompresser. La semaine est finie? On célèbre en suivant la vague du «vindredi». Des amis débarquent samedi soir? L’heure est à la fête, et on ne compte plus les bouteilles ouvertes. En plus, voilà que le temps des fêtes arrive: les cocktails, les bulles et les digestifs se succéderont à un rythme parfois plus soutenu qu’on ne le voudrait. Mais il n’y a pas de mal à s’amuser un peu, non?

Oui, l’alcool a le pouvoir de procurer des sensations de détente et d’abaisser l’anxiété. On le boit dans différentes occasions, mais il est souvent associé à des moments de plaisir. «Prendre un verre en compagnie de gens qu’on aime pour parler, rire, dire des choses qui nous tiennent à coeur ou faire savoir aux autres qu’ils sont importants, ça fait partie des bienfaits de l’alcool. En plus, c’est souvent le signe qu’on est en vacances ou que c’est le temps de fêter», note Louise Nadeau, professeure au Département de psychologie de l’Université de Montréal et chercheuse associée à l’Institut universitaire de santé mentale Douglas.

Catherine Paradis, analyste principale, recherches et politiques au Centre canadien de lutte contre les toxicomanies, est aussi d’accord pour dire que, consommé modérément, l’alcool peut avoir un effet bénéfique sur notre humeur. «Il a un effet désinhibiteur et euphorisant, confirme-t-elle. Il apporte une sensation de bien-être et de plaisir, et le plaisir, c’est bon pour la santé! Malheureusement, ce ne sont pas des données prouvées scientifiquement...»

Bon ou pas pour la santé?

Commençons par les bonnes nouvelles: des études ont démontré que chez les femmes de 45 ans et plus, une légère consommation d’alcool peut réduire les risques de maladies cardiovasculaires et les accidents vasculaires cérébraux. Cela peut s’expliquer par le fait que l’alcool fait augmenter la quantité de «bon» cholestérol dans le sang et qu’il réduit la capacité des plaquettes sanguines à adhérer ensemble, et donc de former des caillots sanguins pouvant être la cause d’AVC. Cet effet protecteur se manifeste à partir de la ménopause, puisqu’avant ce changement hormonal l’oestrogène nous protège déjà contre les maladies cardiovasculaires.

Mais l’alcool n’a pas que du bon: audelà des bienfaits mentionnés, les études montrent que même un verre par jour augmente le risque de développer certaines maladies. Et plus on boit, plus les risques augmentent. Ainsi, dépasser sur une base régulière les limites de consommation recommandées accroît les risques de maladies chroniques, comme les maladies du coeur, la cirrhose et certains cancers, dont ceux de la bouche, du larynx et de l’oesophage.

Récemment, on a aussi établi un lien entre la consommation d’alcool et le cancer du sein. «En 2014, une méta-analyse de 60 recherches menées partout dans le monde a montré que chez les femmes qui suivaient les recommandations de consommation (un verre par jour), le risque de développer un cancer du sein s’élevait de 8,5 % comparativement à celles qui ne buvaient pas. Celles qui consommaient au-delà des doses recommandées augmentaient même ce risque à 37 %, mentionne Catherine Paradis. Attention, cela ne veut pas dire que les femmes qui consomment d’un à deux verres de vin par jour auront un cancer du sein, mais le risque augmente. » Ce sont donc des données pertinentes à considérer dans nos habitudes de consommation. Sachant cela, il serait sage que celles qui sont prédisposées à développer un cancer du sein — parce qu’il y en a dans leur famille, par exemple — prennent la décision de limiter leur consommation d’alcool.

Pourquoi est-ce pire pour les femmes?

Au Québec, les femmes boivent moins que les hommes, mais au cours des dernières années, c’est chez elles qu’on a observé les hausses les plus marquées de consommation excessive (quatre verres ou plus d’alcool par occasion, au moins une fois par mois) et des limites recommandées dépassées.

Ces hausses sont préoccupantes, estime la Dre Nicole April, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec, car les femmes sont plus vulnérables que les hommes aux effets de l’alcool. «Le volume de liquide dans notre sang est beaucoup moins grand que dans celui des hommes, explique la Dre April. L’alcool y est donc plus concentré. C’est pour cette raison que si une femme et un homme de poids égal boivent la même quantité d’alcool, le taux d’alcoolémie (le taux d’alcool dans le sang) de la femme sera plus élevé.» En plus, le foie des femmes compte moins d’enzymes nécessaires à la décomposition de l’alcool, ce qui fait qu’elles l’éliminent moins rapidement de leur corps.

D’autres risques à considérer

Même dans les limites du raisonnable, boire de l’alcool n’est jamais sans risque. «À court terme, la consommation abusive d’alcool affaiblit nos facultés, ce qui a pour conséquence d’augmenter nos risques d’accidents, de chutes et de blessures, indique Louise Nadeau. Cela peut aussi affecter notre vigilance par rapport aux enfants. En étant moins aux aguets, on risque de ne pas voir les risques qu’ils prennent.»

«Et puisque l’alcool entraîne une perte de maîtrise de soi et un affaiblissement de la capacité à reconnaître les signes d’une situation potentiellement dangereuse, ça augmente notamment les risques de relations sexuelles non consentantes et non protégées et, par le fait même, ceux d’infections transmises sexuellement et de grossesses non désirées», ajoute Catherine Paradis.

Enfin, la consommation d’alcool a un impact sur le poids, comme l’explique Louise Nadeau. «Un verre de vin correspond à environ 100 calories, explique-t-elle. Boire trois verres de vin, c’est donc comme manger une grosse pointe de tarte!»

Pour la chercheuse, il ne fait pas de doute que boire régulièrement avec excès peut affecter nos capacités cognitives, et donc entraîner des problèmes de mémoire et des difficultés à se concentrer et à planifier. La prise excessive d’alcool nous prive aussi d’un sommeil de qualité. Et à la longue, le manque de sommeil entraîne une fatigue mentale, un manque d’énergie et de motivation, de même que des sautes d’humeur. D’ailleurs, on conseille aux personnes souffrant d’insomnie d’éviter l’alcool en soirée pour ne pas perturber davantage leur sommeil.

«De plus en plus, on fait attention à ce qu’on mange, on surveille le gras et le sucre dans notre alimentation. Pour des raisons de santé, il faut aussi apprendre à contrôler notre consommation d’alcool. “Le poison est dans la dose”, disait le médecin Paracelse, au 16e siècle. Ça n’a pas changé», conclut Mme Nadeau.

Pour boire modérément

En 2010, des experts ont établi trois règles d’or pour nous aider à réduire les méfaits de l’alcool sur notre santé.

1. On ne boit pas plus de deux verres par jour (trois pour les hommes).

2. On ne prend pas plus de 10 verres par semaine (15 verres pour les hommes).

3. On ne boit pas plus de cinq jours par semaine. Au-delà de ces limites, les bienfaits de l’alcool ne sont plus présents, et on s’expose à des risques d’accidents, de maladies et de problèmes de dépendance.

Quand boit-on trop?

- Quand on boit en réponse à un problème ou à une détresse.

- Quand notre consommation d’alcool cause des problèmes dans différentes sphères de notre vie (travail, couple, famille, amis...).

- Quand toute notre vie est structurée autour de l’alcool (par exemple, on diminue notre participation à des activités sociales ou à des loisirs à cause de notre consommation).

- Quand il faut boire de plus en plus pour obtenir le même effet.

- Quand on passe beaucoup de temps à boire ou à se remettre des effets liés à notre consommation.

- Quand, malgré nos efforts, on a de la difficulté à diminuer notre consommation ou à se fixer des limites.

Si on note ces signes, on risque de développer une dépendance. On devrait donc songer à chercher de l’aide auprès d’un professionnel de la santé ou d’un organisme spécialisé. Aussi, les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale ou qui ont, dans leur famille, des gens souffrant d’alcoolisme risquent davantage de développer une dépendance à l’alcool, mentionne Mme Nadeau. «L’alcool ne doit jamais servir de médicament, insiste-t-elle. On boit quand on est bien, et on ne boit pas beaucoup. C’est la seule bonne façon de boire de l’alcool!»

Pour aller plus loin

Centre canadien de lutte contre les toxicomanies

Éduc’Alcool

Toxquébec.com

 

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