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Soya, hormones et cancer du sein

Soya, hormones et cancer du sein

  Photographe : istockphoto.com

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Soya, hormones et cancer du sein

Les aliments à base de soya font souvent jaser et inquiètent. Pourraient-ils diminuer la fertilité et la libido des hommes et augmenter les risques de cancer du sein? On fait le point.

Le soya est une légumineuse riche en phytoestrogènes, ces molécules végétales dont la composition chimique s’apparente à celle de l’estrogène. Dans certains cas, ces substances imitent les estrogènes qu’on produit naturellement. «Les phytoestogènes peuvent par exemple se lier aux récepteurs d’estrogène dans notre corps et se comporter comme des estrogènes, indique Sylvie Dodin, gynécologue et chercheure clinicienne à l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF). Mais leur activité hormonale est très faible, soit 100 fois plus faible que celle des estrogènes.»

On n’a donc pas à craindre un déséquilibre hormonal parce qu’on mange des aliments de soya, soutient Karine Gravel, nutritionniste et docteure en nutrition. «Les phytoestrogènes n’affectent pas la fertilité ni la libido des hommes, ils ne sont vraiment pas assez actifs pour avoir des effets de ce côté-là.»

Chez les femmes, on pourrait penser que les aliments contenant des phytoestrogènes comme le soya pourraient compenser le manque d’œstrogène à la ménopause et soulager certains symptômes. «Mais les études sur le sujet n’ont pas montré d’effets très significatifs», affirme la gynécologue.

Soya et cancer du sein

Ces dernières années, la consommation de soya par les femmes touchées par un cancer du sein a toutefois soulevé des inquiétudes. Comme dans certains cas, la croissance de ce type de cancer est favorisée par la présence d’estrogène, on a pensé que les phytoestrogènes pouvaient nuire. «Certaines études ont en effet montré qu’une exposition aux phytoestrogènes pouvait accélérer la prolifération de cellules cancéreuses, précise la Dre Dodin. Mais ce sont des études qui ont été faites in vitro sur des modèles cellulaires ou sur des animaux de laboratoire. Leurs résultats n’ont pas été transférés chez l’humain.»

En contrepartie, un nombre important d’études faites chez les femmes ont démontré que la consommation de soya pourrait avoir un effet protecteur contre le cancer du sein. Cela a été particulièrement observé chez les Asiatiques qui mangent des aliments à base de soya dès leur jeune âge et qui sont moins touchées par le cancer du sein que les Nord-Américaines. La consommation de soya serait même associée à une diminution du risque de récidive de cancer du sein. Donc, même si le sujet est controversé, «les dernières études sont rassurantes», indique la gynécologue. La plus récente, réalisée auprès de 6235 femmes atteintes d’un cancer du sein, a démontré que les femmes qui avaient consommé les plus grandes quantités de soya ont vu leur risque de mortalité réduit de 21% comparativement à celles qui en mangeaient peu ou pas du tout.

Ce qui fait dire à Sylvie Dodin que les femmes qui ont eu un cancer du sein peuvent manger des produits dérivés du soya dans le cadre d’une alimentation équilibrée sans penser que cela va leur nuire, surtout qu’il peut y avoir d’autres bienfaits. «Quand on remplace les viandes animales par du tofu, par exemple, on réduit notre apport en gras saturé.»

Un aliment aux multiples qualités

Le soya est en fait une légumineuse remplie de bons nutriments dont on ne devrait pas se priver. «Le soya est une protéine végétale de haute qualité, affirme Karine Gravel. Il contient de bons gras insaturés, dont les oméga-3, du calcium, du fer et des isoflavones qui ont des propriétés antioxydantes.» On retrouve le soya entre autres dans le tofu, les boissons de soya, les fèves de soya vertes (edamames) et les noix de soya rôties. «Les formes fermentées du soya comme le tempeh et le miso apportent même des bienfaits supplémentaires, ajoute-t-elle. Ils contiennent des probiotiques qui améliorent la digestion et rehaussent la valeur nutritive du soya.»

Pour mettre davantage de soya à notre menu:

  • On ajoute des haricots d’edamames à nos salades;
  • On remplace le lait de vache par une boisson de soya dans notre café, notre thé et nos potages;
  • On ajoute du tofu à nos recettes de viandes, par exemple on en met des cubes dans un pad thaï aux crevettes;
  • On utilise la pâte miso pour assaisonner nos recettes.

Les diététistes du Canada recommandent 2 à 3 portions d’aliments à base de soya par jour. Une portion correspond à 250 ml de boisson de soya, ¾ de tasse de tofu, ¾ de tasse d’edamames et ¼  de tasse de noix de soya rôties. «La limite est là pour laisser de la place à d’autres aliments, précise Karine Gravel. Le but est d’avoir une alimentation diversifiée pour obtenir une variété de nutriments. Et on évite les suppléments de phytoestrogènes ou d’isoflavones, dont les concentrations de composés actifs sont plus grandes que dans les aliments, ce qui favorise les excès.»

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