Nutrition

Pour ou contre les collations?

Pour ou contre les collations?

Pour ou contre les collations? Auteur : Marie-Pierre Bouchard Crédits : iStock

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Pour ou contre les collations?

Certains nutritionnistes vantent les vertus des collations, d'autres ont des réserves sur la question. Devrait-on abandonner cette habitude?

En quelques décennies, notre façon de vivre a complètement changé, et notre façon de manger aussi. Nos grands-parents, surtout s'ils travaillaient physiquement, prenaient un gros repas bien consistant à l'heure du lunch. Et il y a encore 30 ans, dans la plupart des foyers du Québec, on soupait en famille vers 17 h ou 17 h 30. Aujourd'hui, ces deux habitudes semblent totalement incompatibles avec notre rythme de vie effréné.

«On a pris l'habitude de manger sur le pouce, confirme la nutritionniste Isabelle Huot. Une salade, même accompagnée de poulet grillé, ou une petite soupe et un sandwich avalés à son bureau tout en travaillant, ce n'est pas suffisant pour nous soutenir jusqu'à l'heure du souper.» Parce que l'heure du souper a reculé. Partir du bureau, rentrer à la maison après avoir récupéré les enfants, s'il y a lieu, préparer le repas... Rares sont ceux qui mangent avant 18 h 30, ou même 19 h.

L'influence du marketing

Outre ce nouveau rythme de vie, qu'est-ce qui a contribué à imposer les collations comme un incontournable dans notre quotidien? Plusieurs facteurs, mais les principaux sont la culture de surconsommation et, surtout, le développement de l'industrie des aliments transformés.

On cherche des collations à avoir sous la main, car on a de moins en moins le temps d'en préparer soimême. Dans notre désir de manger de plus en plus santé, on cherche également des substituts aux barres de chocolat et aux sacs de croustilles. «Plusieurs entreprises ont vu là une superbe occasion de nous proposer des produits d'apparence santé qui répondent à nos besoins de fringales, et de nous offrir une multitude de collations emballées individuellement », explique Isabelle Huot. Catherine Lefebvre, nutritionniste et auteure du livre Sucre, vérités et conséquences, ajoute qu'«en plus de se glisser dans une poche et d'être faciles à manger en tout temps, les collations toutes faites sont de plus en plus présentées de façon à nous donner bonne conscience, parce qu'on leur attribue, sur l'emballage, les mentions "santé", "source de fibres" ou "sans sucre ajouté", lesquelles sont parfois trompeuses.»

«L'omniprésence de la publicité et du marketing nous a poussés à adopter des aliments transformés à prix abordable. Le problème, c'est le sucre ajouté dans la grande majorité de ces produits», affirme le Dr Robert Lustig, pédiatre endocrinologiste à l'Université de Californie, San Francisco. Au fil de ses années de recherche et de pratique, notamment auprès d'enfants obèses, le Dr Lustig est devenu un fervent militant contre l'industrie des produits transformés, et particulièrement contre le lobby du sucre,
qu'il qualifie carrément de poison. Sa conférence Sugar: The Bitter Truth, mise en ligne sur la chaîne You- Tube en 2009, a été vue plus de six millions de fois.

L'obsession de la minceur a aussi influencé notre tendance à collationner. En effet, plusieurs croient à tort que le fait de manger plusieurs fois par jour garde notre métabolisme plus actif. Pourtant, «qu'on mange trois ou six repas par jour, ce qui compte, c'est le total des calories ingérées au bout de la journée», assure Catherine Lefebvre.

Enfin, les habitudes et la culture populaires dans notre société sont aussi responsables de ce phénomène: le concept de la pause café, par exemple, est bien ancré. Pour beaucoup, ce café doit absolument être accompagné d'un muffin ou d'une viennoiserie.

De bonnes raisons de collationner

Alors, quand faut-il collationner? Lorsqu'on a faim, entre deux repas. Catherine Lefebvre, Isabelle Huot et le Dr Dominique Garrel, endocrinologue et professeur au département de nutrition de l'Université de Montréal, sont catégoriques: vu la longue période qui s'écoule entre le dîner et le souper (environ de six à sept heures), il est nécessaire de casser la croûte en fin d'après-midi.

«En 24 ans de consultation en privé, j'ai conseillé à 90% de mes patientes de prendre des collations», dit Isabelle Huot. Ses principales raisons? «Pour maximiser la concentration en après-midi, maintenir un taux de glycémie stable, intégrer des groupes d'aliments qu'on néglige parfois (fruits, noix, produits laitiers...), alléger le repas du midi et permettre une meilleure digestion. Selon cette approche, on mange le dessert (fruits, yogourt...) du lunch comme collation en après-midi, pour ainsi avoir un repas moins lourd. Il faut veiller à garder le contrôle: quand on arrive, affamée, à 18 h à la maison, on a souvent tendance à s'empiffrer, et les risques de consommer de 500 à 800 calories juste avant un repas normal sont élevés. Mais une collation saine en après-midi va nous soutenir jusqu'au souper et, en plus, nous permettre d'éviter les rages et de faire de mauvais choix.»

Malheureusement, ce n'est pas toujours la faim qui nous incite à grignoter. Pire, ce sont souvent les mauvaises raisons qui nous poussent à manger des aliments riches en sucre. «Par exemple, lorsqu'on passe une dure journée au travail, on a envie de manger une collation pour évacuer le stress et relaxer, explique le Dr Dominique Garrel. On mange alors pour se faire plaisir, sans même se demander si on a faim. Et comme le but est de se récompenser pour nos efforts, il est rare qu'on opte pour une carotte! Ce qu'on recherche dans ces moments-là, c'est plutôt ce qu'on appelle le comfort food: des aliments sucrés, gras ou salés, donc transformés.»

Bannir les collations ou non?

Le Dr Lustig, très radical, met carrément en doute la pertinence même du concept de collation. Selon lui, il serait préférable «de s'en tenir quotidiennement à deux ou trois repas suffisamment consistants et nutritifs, et de s'abstenir de manger des collations». Il soutient aussi que de plus en plus de spécialistes se penchent sur les bienfaits du jeûne intermittent (qui consiste à jeûner durant 16 heures, puis à consommer deux repas en l'espace de huit heures, chaque jour), qui serait apparemment la manière de s'alimenter la plus logique pour le métabolisme et le cerveau. Tous les experts en nutrition ne s'entendent toutefois pas sur ce point, qui fait l'objet de débats.

Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain, croit le Dr Garrel: «La collation n'est pas mauvaise en soi, mais encore faut-il manger quelque chose de nutritif. » D'un point de vue modéré, notre façon de s'alimenter devrait donc dépendre de facteurs individuels, comme le mode de vie et l'emploi du temps, qui ont une grande influence sur l'appétit, ainsi que les goûts personnels. «Certaines contraintes doivent aussi être prises en compte, comme le fait d'exercer certains métiers, qui ne permettent pas de manger à des heures régulières, ou d'occuper certains emplois, qui ne permettent pas de prendre une pause pour manger, précise Catherine Lefebvre. Dans ces cas-là, on recommande de manger son lunch "en pièces détachées", c'est-à-dire de manger fréquemment, de petites quantités, tout au long de la journée. Par ailleurs, certaines personnes sont tout simplement incapables de manger de gros repas consistants, ou sont hypoglycémiques. Il est donc normal qu'elles aient besoin de prendre une collation entre les repas. De plus, les gens qui font beaucoup de sport doivent absorber plus de calories. Pour ce qui est des travailleurs de nuit, ce n'est pas du tout évident: une réelle organisation des prises alimentaires, en fonction de l'horaire, est nécessaire. Autrement, il est facile de tomber dans un cercle vicieux, où l'on se retrouve à grignoter constamment et n'importe quoi.»

À LIRE AUSSI : Pourquoi les collations sucrées nous rendent-elles accros?

En revanche, pour ceux qui souffrent de troubles de l'alimentation, Isabelle Huot proscrit les collations. «Si une personne a toujours eu des problèmes dans sa relation avec la nourriture, la collation ouvrira la porte aux dérapages. Elle ne saura pas s'arrêter à 10 amandes. Dans ces cas, il est préférable de prendre trois repas complets par jour.»

Notre société serait-elle devenue obsédée par cette envie de grignoter à tout moment? Catherine Lefebvre le croit. Bien qu'elle soit d'avis que la collation est parfois souhaitable et nécessaire, elle décèle plusieurs problèmes chez ceux qui ont pris l'habitude de collationner constamment: ils ne ressentent plus jamais la faim et ils ont perdu le sens d'être à l'écoute de leurs besoins réels, la notion de satiété. Elle ajoute qu'au-delà des besoins biologiques, c'est tout le côté social et convivial qui écope: «Cette course contre la montre - qui explique en partie pourquoi l'industrie de la collation est si florissante - chamboule le rituel des repas en famille et, par le fait même, nous amène à sacrifier une part de notre tissu social. Je trouve ça très dommage.»

Qu'est-ce qu'une bonne collation?

Elle est composée de deux aliments complémentaires (par exemple, un fruit ou un légume et d'une protéine ou d'un produit laitier), et le moins transformée possible. Quelques idées:

  • des crudités + du houmous
  • un fruit + une poignée de noix
  • un fruit + un yogourt ou du fromage 
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