Nutrition
27 févr. 2012

Pour en finir avec les régimes

Par Julie Leduc, Coup de pouce, avril 2012

Auteur : Coup de Pouce

Nutrition
27 févr. 2012

Pour en finir avec les régimes

Par Julie Leduc, Coup de pouce, avril 2012
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Qui d’entre nous n'a pas essayé de suivre un régime, avec des résultats pas toujours satisfaisants? Analyse d’une pratique qui fragilise notre corps... et notre esprit.

La dynamique de l'effet yoyo

Lina et Maryse ne sont pas des exceptions. Les diètes permettent de maigrir à court terme, c'est vrai, mais des études ont montré que, dans 95% des cas, le poids perdu est repris dans les cinq ans après la fin du régime. À long terme, une majorité de personnes reprend même plus que les livres perdues.

Il y a une explication physiologique à cela. Pendant le régime, le corps, privé de nourriture, se sent menacé, comme s'il faisait face à une famine, indique Guylaine Guevremont, nutritionniste, coauteure de Mangez! et directrice de la clinique MuUla, qui prône une approche anti-régimes. «Notre corps reçoit moins d'énergie, mais il doit continuer de faire fonctionner nos organes vitaux, comme le coeur, les reins et les poumons, explique Mme Guevremont. Pour diminuer sa consommation de calories et s'assurer d'avoir assez d'énergie pour cela, il réduit alors sa masse musculaire. Les gens au régime perdent donc beaucoup de muscle, et cette réduction de la masse musculaire ralentit leur métabolisme de base (le nombre de calories que notre corps brûle au repos). Résultat: comme leur corps s'est habitué à brûler moins de calories, lorsqu'ils cessent le régime et se remettent à manger comme avant, ils prennent du poids.» Qui plus est, pour prévenir une autre période de privation, leur organisme entrepose l'excédent sous forme de graisse.

«Historiquement, cette capacité d'adaptation du corps a été bénéfique, poursuit Fannie Dagenais, nutritionniste et directrice d'ÉquiLibre, groupe d'action sur le poids. Elle a contribué à la survie de la race humaine en permettant aux hommes préhistoriques de subsister durant les périodes où il était difficile de trouver de la nourriture. Mais aujourd'hui, ce mécanisme nous joue des tours. Plus on suit de régimes et plus ils sont sévères, plus on s'expose à cet effet yoyo.»

Marie-France Lalancette, nutritionniste auteure du livre Adieu régime, bonjour la vie!, rapporte avoir reçu dans son bureau des gens qui avaient fait tellement de régimes et dont le métabolisme de base était si lent que, même en mangeant un seul repas par jour, ils n'arrivaient plus à maigrir.

 

Des carences nutritives

Outre le ralentissement du métabolisme de base, les régimes peuvent également entraîner des carences. «Certains régimes limitent, par exemple, la consommation de fromage et de produits laitiers. Or, cela peut entraîner un manque de calcium, de protéines et de gras», note Marie-France Lalancette. La restriction de viande rouge peut, quant à elle, réduire l'apport en fer et créer des problèmes d'anémie. De même, plusieurs diètes restreignent ou bannissent les pains et les produits céréaliers, forts en glucides, sous prétexte qu'ils sont engraissants. Un non-sens pour Mme Lalancette, qui soutient que 50 % de nos calories doivent provenir des glucides, le principal carburant pour notre cerveau et nos muscles.

En France, une étude de l'Agence de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) publiée en 2010 confirme que les régimes amaigrissants comportent des risques pour la santé. Après avoir passé au crible 15 régimes, dont les célèbres Montignac, Weight Watchers, Atkins (faible en glucides) et Dukan (riche en protéines), l'Agence a conclu qu'ils créaient tous à différents niveaux des déséquilibres en macro-nutriments (lipides, glucides, protéines), en vitamines et en minéraux.

Par exemple, pour plus de 80% des régimes analysés, les apports en protéines sont supérieurs aux apports nutritionnels conseillés, alors que seulement 15 à 20% de nos calories quotidiennes doivent provenir des protéines, comme le signale Marie-France Lalancette. Quand il y en a trop, l'organisme les élimine dans l'urine, ce qui peut entraîner une importante perte d'eau, une déshydratation et une surcharge rénale.

Guylaine Guevremont note aussi que le caractère hypocalorique des régimes peut causer la chute des cheveux, de la fatigue, des pertes de mémoire, une baisse de la concentration de même que des problèmes de régularité, dus notamment à la perte des muscles qui favorisent le transit intestinal.

Des ravages psychologiques

Outre leurs effets néfastes sur le plan physiologique, les régimes ont aussi un effet dévastateur sur le moral. On ressent de l'anxiété par rapport à la nourriture, on vit un sentiment d'échec à chaque livre qu'on reprend, et on s'isole. «Certaines adeptes de régimes refusent les invitations de leurs amis par crainte de se voir jugées parce qu'elles ont engraissé depuis leur dernier rendez-vous», relate Guylaine Guevremont.

Geneviève est une abonnée des régimes. «J'ai été mise à la diète à 8 ans parce que j'étais ronde, confie-t-elle. Depuis, je compte mes calories. C'est ancré en moi, ça fait partie de ma dynamique familiale. Je suis toujours dans le doute, à me demander si je vais maintenir mon poids, si je peux me permettre un dessert, etc. À 28 ans, je constate que je ne sais pas c'est quoi, bien manger. Ce n'est pas naturel chez moi et je pense que ce sera un combat pendant toute ma vie.»

Malheureusement, sur le pèse-personne, les femmes s'attribuent la responsabilité de leurs défaites. «Celles qui font face à cet échec répété se sentent incapables, dit Catherine Bégin, professeure de psychologie à l'Université Laval et directrice de la Clinique en évaluation et traitement des problématiques reliées au poids et à l'image corporelle. Elles ne s'aiment pas, se critiquent, se jugent, ne se trouvent pas bonnes, ni belles, etc. Ce sentiment négatif se répercute dans d'autres sphères de leur vie: elles s'aiment moins dans leurs relations personnelles, prennent moins de risques au travail. Certaines mettent des pans de leur vie en veilleuse en attendant de perdre du poids.» Elles disent: je ferai de la natation quand j'aurai perdu 20 livres, je demanderai une augmentation de salaire si je réussis mon régime. «Et surinvestir sa perte de poids de la sorte peut mener à la dépression», prévient Mme Bégin.

«J'ai énormément souffert», confirme Clotilde, 53 ans, qui a passé sa vie au régime jusqu'à ce qu'elle découvre la clinique MuUla de Guylaine Guevremont. «Il y a quatre ans, je pesais 200 livres. À l'époque, j'avais une grande maison, j'invitais mes amies à venir se baigner et, pendant ce temps, je faisais la cuisine ou le ménage parce que je ne voulais pas me mettre en maillot devant elles. J'étais prête à faire n'importe quoi pour maigrir. J'ai suivi des régimes aux protéines liquides, très hypocaloriques, qui me rendaient constamment affamée et m'isolaient, car je refusais les repas en famille ou entre amis parce que je ne voulais pas amener ma soupe dégueulasse. J'étais terriblement malheureuse... J'aimerais que mon expérience serve à faire comprendre toute la culpabilité qu'on vit alors qu'on n'est pas responsable de l'échec des régimes.»

Pourquoi les régimes sont-ils attirants malgré tout?

L'obsession de la minceur est très forte dans notre société, constate Fannie Dagenais. «Les idéaux de beauté et de minceur véhiculés dans les médias et la publicité, avec des modèles aux corps retouchés, amènent une vision erronée de ce qu'est un poids normal, note-t-elle. Beaucoup de femmes se comparent à ces images et, insatisfaites de leur corps, se tournent vers toutes sortes de méthodes pour perdre du poids. Et l'industrie très florissante des produits et services amaigrissants les attend avec des promesses de perte de poids rapide.»

«Le marketing de ces méthodes est fort, ajoute Émilie Dansereau-Trahan, chargée du dossier sur les produits et services amaigrissants à l'Association de santé publique du Québec. Il joue avec le rêve et l'efficacité. Les personnes qui font des régimes attribuent ainsi leur reprise de poids au fait qu'elles n'ont pas été assez vigilantes, alors que, dans les faits, c'est une réaction de leur métabolisme. Ça contribue à les entraîner dans le cycle des régimes. Elles se disent toujours que, la prochaine fois, ça va marcher.» Mme Dansereau-Trahan ajoute que les messages de santé publique par rapport à la problématique du poids pourraient aussi y être pour quelque chose. «L'épidémie d'obésité fait peur, constate-t-elle. À la longue, ça encourage les gens à trouver des solutions minceur à tout prix, avec les résultats qu'on connaît.» Un sondage Léger Marketing de janvier 2011, commandé par la CBC, révélait justement que l'obésité est la question de santé qui préoccupe le plus les Canadiens, bien avant le cancer et les maladies cardiaques. Plus de la moitié des adultes sondés considèrent qu'ils ont un surplus de poids ou qu'ils sont obèses.

Comment entreprendre une démarche saine?

Nos spécialistes s'entendent pour dire qu'un bon régime, ça n'existe pas. Dès qu'il y a des restrictions alimentaires, une promesse de perte de poids rapide et des recommandations sur le nombre de calories à consommer dans une journée, la démarche n'est pas saine. «C'est fou de penser qu'il existe une quantité unique qui convient à l'ensemble des individus, dit Fannie Dagenais. Un régime qui nous fait peser nos aliments et nous dit combien manger chaque jour, c'est aberrant.» Elles rappellent que les besoins en énergie de chaque individu varient en fonction de son métabolisme et de ses activités, et soutiennent que, pour perdre du poids à long terme, il faut revoir l'ensemble de nos habitudes de vie et être prête à les modifier sur une longue période de temps.

Depuis cinq ans, Lina a définitivement dit non aux régimes. «Je trouvais que j'avais assez dépensé pour cette industrie! Je mange de tout. Et je ne me prive de rien. Je bouge davantage. Je fais de l'aquaforme deux fois par semaine et, au bureau, je prends toujours les escaliers pour aller à la cafétéria qui se trouve au 5e étage. À ce rythme, j'ai perdu 15 livres en cinq ans.»

Quant à Clotilde, depuis trois ans, grâce à l'approche anti-régime de Guylaine Guevremont, elle a perdu 30 livres. «J'aurais peut-être voulu en perdre 50, mais je sens que j'ai atteint mon poids naturel. Je suis bien dans ma peau et surtout libérée! Je savoure le bonheur de faire l'épicerie sans compter mes points, mes calories, ni le pourcentage de glucides et de lipides des aliments!»

Maryse, de son côté, a opté pour le programme Choisir de maigrir? du groupe ÉquiLibre pour mettre fin au cycle des régimes. «Dès que j'ai commencé à écouter mes signaux de faim et de satiété, j'ai perdu du poids, alors que mon objectif premier était simplement de cesser d'engraisser!»

Des trucs qui marchent

  • Il ne faut pas craindre de laisser de la nourriture dans notre assiette. «Si notre corps sait qu'on lui fournira l'énergie dont il a besoin en temps et lieu, à la longue, il cessera de faire des réserves de graisse en prévision d'une famine», précise Marie-France Lalancette.

  • On mange de tout, en intégrant tous les groupes alimentaires. «On favorise une alimentation variée et équilibrée, dit Fannie Dagenais. Ça ne veut pas dire qu'on ne mange plus jamais de chips ou de gâteaux au chocolat, mais on leur accorde la place qui leur revient. On évite la privation pour ne pas développer de rage ou d'obsession autour de certains aliments.»

  • On essaie de bouger davantage au quotidien pour activer nos muscles et donc notre métabolisme de base.

  • On ne se donne pas d'échéance. La perte de poids se fera lentement et graduellement.

  • On essaie d'accepter notre corps et notre constitution naturelle. On n'est pas toutes des grandes minces! Il faut remettre en question les idéaux de beauté et apprendre à s'aimer davantage.

  • On s'apprécie pour autre chose que notre image corporelle. On a des forces, des qualités, une personnalité, des réalisations valorisantes, il ne faut pas les oublier.

  • On n'hésite pas à consulter (nutritionniste, psychologue) si on sent qu'on a besoin d'aide pour apprendre à écouter nos signaux ou pour changer nos habitudes.


Pour en savoir plus

  • Adieu régime bonjour la vie!, par Marie-France Lalancette, Les Éditions de l'Homme 2007, 240 p., 24,95$.
  • Dictatures des régimes attention!, par Gérard Apfeldorfer et Jean-Philippe Zermatin, Odile Jacob, 2008, 352 p., 15,75$.
  • Maigrir: la santé avant tout, Collection Protégez-vous, en partenariat avec l'Ordre professionnel des diététistes du Québec et avec la collaboration de l'organisme ÉquiLibre.
  • Mangez!, par Guylaine Guevremont et Marie-Claude Lortie, La Presse, 2006, 248 p., 26,95$.
  • Le programme Choisir de maigrir, du groupe ÉquiLibre, offert dans les CSSS.
  • La clinique MuUla et l'approche anti-régime de Guylaine Guevremont.


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