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J'ai trouvé la paix intérieure dans un livre

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Auteur : Coup de Pouce

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J'ai trouvé la paix intérieure dans un livre

On a toutes déjà lu au moins un livre de croissance personnelle. Lecture futile ou support utile?

En avril dernier, la version française du Secret, de Rhonda Byrne, prenait d'assaut le marché des livres de croissance personnelle au Québec. Michel Ferron, des éditions Un monde différent, le connaît bien. C'est un des 17 titres en croissance personnelle que sa maison d'édition a publiés l'an dernier. Le secret de son succès? «Un produit accessible, rendu simple, mais aussi une forme de réponse instantanée très à la mode auprès des lecteurs de croissance personnelle», explique l'éditeur.

Des livres de croissance personnelle, on en voit un peu partout en arpentant les allées des librairies: best-sellers, rééditions en format de poche, sections psycho, mieux-être, spiritualité et, parfois même, sports comme ce Bouillon de poulet pour l'âme du golfeur... Chez Renaud-Bray, par exemple, les ouvrages de croissance personnelle constituent 6 % du chiffre d'affaires livres, comparé à 12 % pour les titres de fiction. Même popularité dans les bibliothèques. «Même si les livres de croissance personnelle figurent au quatrième rang des livres documentaires empruntés dans notre réseau, certains, comme ceux de Guy Corneau ou de David Servan-Schreiber, comptent parmi les titres les plus réservés», explique France Plourde, du réseau des bibliothèques de la Ville de Québec. À preuve, en septembre dernier, soit neuf mois après sa sortie, le dernier livre de Guy Corneau, Le Meilleur de soi, était attendu par pas moins de 273 abonnés de ce réseau!

Les livres de psychologie populaire sont populaires justement parce qu'ils s'adressent à un large auditoire. Même les gens qui lisent peu se sentent interpellés, d'où le succès phénoménal de certains best-sellers, des années même après leur publication. Des classiques? Anne-Marie Levac, analyste, section livres, chez Renaud-Bray, évoque Guérir, de David Servan-Schreiber, et Qui a piqué mon fromage?, de Johnson Spencer, qui se vend encore très bien sept ans après son arrivée au Québec. Et c'est là un des secrets des livres de croissance personnelle: des thèmes universels qui leur assurent une longévité incomparable sur les tablettes de nos libraires.

Jamais sans mon livre de croissance personnelle
Pourquoi chercher dans ces livres un soutien qu'on pourrait trouver auprès d'une amie, d'un thérapeute, ou même de l'Église? Plusieurs hypothèses sont possibles.
  • On n'est pas toutes sensibles aux mêmes dimensions. Si certaines ont besoin de sentir (coeur) ou d'agir (corps), d'autres ont besoin de comprendre (tête), d'où l'intérêt pour les livres.
  • On s'est désintéressées de la religion et de ce qu'elles ont à dire à propos du sens de la vie. Alors, au lieu d'aller puiser dans nos croyances religieuses, on préférera partir à la recherche de bouquins à la bibliothèque du coin.
  • On a moins de vrais contacts sociaux en général, notamment avec les aînés «qui détiennent la sagesse», selon la psychologue et accompagnatrice Sylvie Boucher.
  • Ce genre de livres répond à des besoins humains: la curiosité, bien sûr, mais aussi notre besoin de nous ressourcer. Or, ces livres nourrissent l'esprit. «Ils stimulent notre capacité de réflexion», croit le psychologue Gilles Cloutier.Les livres de croissance personnelle ne viennent pas avec une garantie. Si on ne peut jamais être certaine d'y découvrir un véritable mieux-être ou des réponses à nos questions, on peut au moins prendre le temps de bien choisir, histoire de ne pas se nuire.

  • Une maison d'édition reconnue. C'est habituellement bon signe. On peut se méfier des livres de croissance personnelle publiés à compte d'auteur ou pour une Église particulière. Guy Corneau, quant à lui, recommande, entre autres, la collection Réponses, chez Laffont.
  • Un auteur crédible.
    † Quelle est sa formation, son vécu? On peut aussi vérifier s'il fait partie d'un ordre professionnel comme celui des psychologues du Québec. «Cela ne garantit pas le produit ni la qualité de l'écriture, mais c'est un bon point de départ», croit Gilles Cloutier.
    † Est-il reconnu par ses pairs? Un bon indice: une préface signée par un auteur reconnu dans le même champ.
    † Si l'auteur dit enseigner dans une université, pourquoi ne pas le vérifier en faisant une recherche dans Internet? Et l'université elle-même est-elle reconnue?
  • Des fondements scientifiques. Un auteur qui s'appuie sur des fondements scientifiques, comme David Servan-Schreiber, apparaît plus crédible aux yeux de plusieurs. Sylvie Boucher est de cet avis. «On n'est pas dans le domaine de la foi, mais de la science», plaide-t-elle.
  • L'absence de promesses miracle. Il faut se méfier des recettes toutes faites du genre: Apprenez à vaincre vos peurs en sept étapes. Sylvie Boucher met d'ailleurs les lectrices en garde contre ce genre de livres. «On y croit [à ce qu'on lit]. Alors, si ça ne fonctionne pas, on peut se sentir déçue, et cela peut évidemment affecter notre estime de soi», dit-elle.

    Comme une grande famille
    Il existe trois grandes catégories de livres de croissance personnelle:
  • les livres à caractère initiatique, qui nous aident à mieux vivre au quotidien (ex.: Comment se faire des amis, de Dale Carnegie; Les manipulateurs sont parmi nous, d'isabelle Nazare-Aga; Cessez d'être gentil, soyez vrai!, de Thomas d'Ansambourg);
  • les livres répondant à des problématiques particulières (ex.: Ces femmes qui aiment trop, de Robin Norwood; Vivre le deuil au jour le jour, de Christophe Fauré; Accueillir la mort, d'Élisabeth Kubler-Ross);
  • les livres de vulgarisation psychologique, souvent écrits par des psychologues (ex.: Un merveilleux malheur, de Boris Cyrulnik; L'Intelligence émotionnelle, de Daniel Goleman; Le Chemin le moins fréquenté, de Scott Peck).
    Il y a aussi les recueils de pensées, les contes et les tests (intelligence, mémoire, etc.). De plus, même s'ils n'entrent pas officiellement dans la catégorie «psycho pop», les ouvrages de philosophie, de spiritualité, de psychologie universitaire ou sur les religions peuvent jouer un peu le même rôle en nous aidant à nous remettre d'une épreuve, par exemple.Hélène Berthiaume, 60 ans, grand-mère, massothérapeute retraitée Libérez votre créativité: Osez dire oui à la vie!, par Julia Cameron, Dangles, 310 p., 29,95 $.

    Pour Hélène, 2002 a été une année marquante. Un mois après le décès de son père, elle se sépare de l'homme qui partageait sa vie depuis 24 ans. La dépression la guette. «Je cherchais quelque chose pour ne pas me laisser couler et j'avais l'intuition que la créativité m'aiderait», indique la massothérapeute redevenue alors femme au foyer pour s'occuper de parents malades. «J'avais entendu parler du livre de Julia Cameron. Quand je l'ai feuilleté en librairie et que j'ai vu qu'il contenait des exercices, je me suis dit que ce serait parfait pour m'occuper l'esprit.» Elle décide donc d'en faire un projet et de mener à bien la centaine d'exercices que compte l'ouvrage. Pendant cinq mois, chapitre après chapitre, elle nourrit sa réflexion sur des notions comme la sécurité, l'identité, l'intégrité et la puissance. Surtout, elle donne enfin libre cours à sa créativité. «Je m'étais engagée à écrire quotidiennement les fameuses ''trois pages du matin'' qu'on remplit sans se censurer et qui libèrent notre esprit des pensées qui nous parasitent. À mesure que je faisais les exercices, j'arrivais aussi à mieux équilibrer ma vie.» Prenant sa vie en main, elle qui n'avait jamais voyagé seule s'envole vers un village mexicain reconnu pour ses ateliers créatifs. C'est là qu'elle terminera le livre de Julia Cameron. Aujourd'hui, elle nourrit le rêve de publier un livre de ses photos accompagnées de textes d'une amie.

    Chantal Nicolas, 55 ans, mère, informaticienne retraitée C'est pour ton bien - Racines de la violence dans l'éducation de l'enfant, par Alice Miller, Aubier, 1960, 320 p., 34,50 $.

    Entre 27 et 35 ans, Chantal a lu beaucoup de livres de croissance personnelle. «Je cherchais à comprendre où était mon problème, car je vivais un malaise latent: j'étais stressée et je ne me sentais pas heureuse», raconte cette Française débarquée au Québec à l'âge de 25 ans. Début trentaine, elle vient de rencontrer l'homme qui partage toujours sa vie quand elle tombe sur le livre qui lui permettra d'amorcer une véritable libération intérieure. «Je ressentais une grande culpabilité vis-à-vis de ma mère, qui avait compris que je ne reviendrais jamais en France et qui m'accusait de l'avoir abandonnée, se souvient-elle. Le titre m'a tout de suite accrochée parce qu'elle me disait toujours ''C'est pour ton bien''. La première chose que j'ai retenue de ce livre, c'est que, malgré ses bonnes intentions, certaines des paroles et attitudes de ma mère pouvaient être associées à de la violence psychologique.» À la première lecture du livre d'Alice Miller (qu'elle relira plusieurs fois en l'espace d'un an), Chantal comprend qu'une part d'elle-même est encore gouvernée par la petite fille sous l'emprise d'une maman contrôlante. Elle profite de la thérapie qu'elle vient d'engager pour couper le cordon ombilical et découvrir qui elle est vraiment. Deux ans plus tard, après s'être juré de ne pas avoir d'enfant avant d'être bien dans sa tête, elle accouche d'une petite fille. «J'ai tenté du mieux que j'ai pu de lui offrir un amour inconditionnel, affirme-t-elle. Chaque fois que je suis en désaccord avec ses actions ou attitudes, je suis très claire sur le fait que ça ne remet pas en cause mon amour pour elle.» Le livre de la psychanalyste allemande trône dans la bibliothèque de Chantal depuis maintenant 25 ans.Marie-Claude Hamelin, 44 ans, mère, designer floral Demandez et vous recevrez, par Pierre Morency, Transcontinental, 2002, 176 p., 24,95 $.

    Jusqu'à la quarantaine, Marie-Claude s'est essoufflée dans divers métiers de l'informatique et des communications, mais elle n'était jamais satisfaite et rarement heureuse en emploi. Une première fois, elle a lâché l'entreprise de design floral qu'elle avait lancée un an plus tôt pour redevenir salariée. «Je suis restée là trois ans. Je survivais, mais ça allait de pire en pire, raconte-t-elle. Et puis mon poste a été aboli. Mais une semaine avant, je me suis retrouvée à l'hôpital à cause d'une rupture de tendon à la jambe droite. C'est à ce moment qu'une amie m'a fait un beau cadeau en me montrant le livre de Pierre Morency. Il y explique que tout ce qu'on veut, on peut aller le chercher, qu'il suffit de prendre sa vie en main et de cesser de se laisser influencer par le regard des autres pour suivre ses passions et ses instincts.» Elle décide de reprendre son affaire de design floral en s'associant avec une amie pour être plus forte. Aujourd'hui florissante, son entreprise est sur le point de fêter son quatrième anniversaire. «J'ai dévoré ce livre, je l'ai souvent relu et j'ai beaucoup écrit dedans, dit-elle. À chaque lecture, j'accrochais sur des choses différentes. La première chose qui m'a frappée, c'est quand il explique que nous sommes notre pire ennemi quand il s'agit de réaliser nos rêves. Notre conjoint vient en deuxième position, suivi de notre famille et de nos amis. J'ai compris que le soutien que j'attendais des autres, je devais le trouver en moi.»

    Marie-Pierre Germain, 34 ans, célibataire, professeure de yoga Le Pouvoir du moment présent, Guide d'éveil spirituel, par Eckhart Tolle, Ariane, 2002, 219 p, 19,95 $.

    Dans la jeune vingtaine, Marie-Pierre s'est intéressée au bouddhisme, puis elle s'est mise au yoga. Elle en a fait son métier. Pourtant, après dix ans de pratique, dont cinq d'enseignement, elle vivait encore une trop grande agitation mentale à son goût. «Je n'étais pas malheureuse, mais j'avais le sentiment d'être légèrement insatisfaite et j'étais tannée de vivre toutes sortes d'irritations et une forme de petit ennui continu, déclare-t-elle. Je cherchais une façon de changer ma perception au quotidien.» C'était il y a presque trois ans. Le livre était ouvert, posé face contre terre, au chalet où elle était venue se ressourcer avec des amis. «J'ai reconnu le titre, que j'avais déjà vu et que je trouvais un peu quétaine, se souvient-elle. J'ai retourné le livre et j'ai lu un paragraphe de la page où il était ouvert. Ça parlait de la nécessité de prendre conscience du fait que souvent, on ne réalise même pas qu'on n'est pas à l'aise, qu'on est tendu ou nerveux. Je me suis dit: ''O.K., c'est pour moi!''» De retour à Montréal, elle se procure le livre. La transformation opère dès les premières lignes. Dans un premier temps, Marie-Pierre apprend à se déconnecter du mental en passant par son corps. Elle relira le livre une quinzaine de fois et ne compte plus le nombre d'exemplaires qu'elle a offerts. Elle s'en est même servie pour élaborer certains des stages de yoga qu'elle donne régulièrement. De même, ses relations amoureuses, amicales et familiales se sont améliorées parce qu'elle est capable d'apprécier la nature des gens plutôt que de les juger.
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