Contrairement aux autres plantations de thé qu'on trouve sur des terrains plats, les thés Darjeeling sont cultivés à 2750 mètres d'altitude, sur les flancs des montagnes himalayennes. Ce sont les Britanniques qui, vers 1835, introduisirent dans cette région alors inoccupée les premières plantations de thé. Ces grands consommateurs de thé cherchaient à implanter leurs propres plantations dans leurs colonies - comme l'Inde, par exemple. Après quelques expériences tentées un peu partout dans ce pays, ils remarquèrent que la région de Darjiling, par son emplacement géographique et son climat, produisait un thé de beaucoup supérieur aux autres.
En effet, comme les plantations étaient sur des terrains en pente, ces derniers se trouvaient toujours très bien drainés. Les sols étaient d'une qualité indéniable. Une brise refroidissait sans cesse les feuilles de thé, et les nuages constants leur faisaient de l'ombre - une vraie bénédiction étant donné qu'au-delà d'une température de 38°C, les trous permettant à la feuille de respirer se referment, ce qui stoppe l'essentiel processus de photosynthèse.
Bref, tous les éléments qu'il fallait pour produire un thé de gamme étaient réunis. La saveur de ces feuilles de thé était d'ailleurs si intense qu'il fallut augmenter leur prix pour en rentabiliser la production. Aujourd'hui, l'économie régionale de Darjiling est basée sur le thé qui, dans les encans, se vend jusqu'à 10 fois plus cher que les autres thés cultivés en Inde.
Une culture semblable à celle d'un vignoble
Aujourd'hui, on retrouve 87 plantations ou «jardins» dans la petite région de Darjiling: ce sont les seules à avoir le droit d'utiliser le nom de «Darjeeling», qui fait office d'appellation d'origine contrôlée. Parmi ces plantations, on retrouve diverses sections produisant divers thés, chacun au goût différent. Ainsi, les thés haut de gamme sont cultivés en hauteur, ce qui leur confère une meilleure saveur, tandis que les thés un peu moins raffinés poussent en moins haute altitude.
La culture des arbustes relève du grand art, tout comme celle des vignobles. Les jardins de thé demandent une gestion serrée: les plantes d'origine, vieilles de 150 ans, à l'allure de bonzaï, côtoient les plantes hybrides et les clones, qu'il faut entretenir avec soin en les taillant et en cueillant leurs feuilles à la main avec délicatesse. Il faut aussi prévenir les maladies (toujours susceptibles de survenir dans une monoculture comme celle du thé), respecter les cycles de taillage et de récolte, etc. Ainsi, si on procède à une deuxième récolte trop vite après la première, le goût du thé sera affecté parce qu'on aura cueilli une feuille sur un théier stressé.










