Vie de famille

Tragédies et attentats: en parler aux enfants ou pas?

Tragédies et attentats: en parler aux enfants ou pas?

  Photographe : Illustration Anne Villeneuve

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Tragédies et attentats: en parler aux enfants ou pas?

On aimerait les préserver de toute la violence du monde, mais c’est impossible. Comment expliquer aux enfants l’inexplicable? Pistes de réflexion…

«On est tellement chanceux que Jacques Cartier ait découvert un pays riche!» Cette remarque avait été lancée par ma fille de huit ans, à la suite du séisme qui a dévasté Haïti, en 2010. Si la boutade nous avait bien fait rigoler à l'époque, les images de ce pays en ruines avaient causé beaucoup d'anxiété chez mes filles.

«Et s’il y avait un gros tremblement de terre ou une tornade au Québec? Si ma famille mourait?» s’étaient-elles inquiétées le soir venu. Nous leur avons expliqué que cela s’était passé loin d’ici, que les caractéristiques géophysiques du Québec sont différentes et que les constructions là-bas étaient faites avec des matériaux de mauvaise qualité, mais l’inquiétude a duré plusieurs semaines. Il faut dire qu’à l’école, leurs amies d’origine haïtienne parlaient de leurs familles victimes du séisme, et que la chanson We Are the World 25 for Haiti tournait sur toutes les radios. Difficile de passer à autre chose.

Bien que nous n’ayons jamais hésité à parler à nos enfants des attentats terroristes, de la guerre ou des catastrophes naturelles, j’avoue que depuis cet épisode nous évitons de les exposer inutilement à des images qui risqueraient de les angoisser. Un geste qu’approuve la psychoéducatrice Stéphanie Deslauriers.

« Si on veut rassurer notre enfant, on doit lui parler en choisissant le bon moment et les mots justes, selon son âge et sa sensibilité. » - Stéphanie Deslauriers, psychoéducatrice.

«Si on veut rassurer notre enfant, on doit plutôt lui parler en choisissant le bon moment et les mots justes, selon son âge et sa sensibilité.» Pour amorcer le dialogue, elle suggère d’abord de lui demander s’il a entendu parler du drame. Si oui, qu’est-ce qu’il sait? A-t-il des peurs? Pas besoin d’entrer dans les détails. On expose les faits et on le rassure, en lui disant qu’il est en sécurité.

«Il faut dire la vérité aux enfants», insiste cependant l’écrivain français d’origine marocaine Tahar Ben Jelloun dans son livre Le terrorisme expliqué à nos enfants. Ils ne sont pas dupes et finiront par savoir. «Il ne faut pas les couper de la vie réelle, qui est faite de beauté et de violence», écrit-il.

Chez Jocelyn et Annie, les cinq enfants, âgés de 4 à 15 ans, entendent la vérité. Et pour cause! Il est ancien journaliste, tandis qu’elle est au micro d’une quotidienne à la radio. À la maison, la radio est donc ouverte en continu et les discussions familiales sont plutôt animées!

Mais comment ces experts de l’actualité expliquent-ils à leurs enfants qu’un concert rock peut devenir un lieu de terreur, comme ce fut le cas au Bataclan ou à Manchester? «Aucune cause ou motivation ne justifie les actes terroristes, insiste le père de famille. S’y attarder serait pour nous une forme de cautionnement. Pour que les enfants se sentent mieux, nous préférons mettre l’accent sur les mouvements de solidarité qui s’ensuivent ou en profiter pour discuter d’un sujet plus positif, comme la liberté d’expression.»

Exposer les enfants à la vie réelle avec patience, encadrement et pédagogie aiguise leur sens critique et développe leur empathie, comme j’ai pu le constater quand mes filles m’ont annoncé avec fierté qu’elles souhaitaient qu’on fasse tous ensemble un don à la Croix-Rouge canadienne à Haïti.

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