Vie de famille

Papa et la conciliation travail-famille

Papa et la conciliation travail-famille

? iStockphoto Photographe : ? iStockphoto Auteur : Coup de Pouce

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Papa et la conciliation travail-famille

Papa peut-il s’absenter du bureau pour des raisons familiales? Il semble que certains patrons acceptent encore difficilement qu’un père prennent congé parce que son enfant est malade ou que la garderie est fermée. La conciliation travail-famille au masculin.

En 2010, près de 80 % des nouveaux papas québécois se sont prévalus du congé de paternité, créé en 2006. Un bond énorme. Avant 2006, on estime que maximum 20 % des pères prenaient un congé parental, qui change la donne tant dans les maisonnées que dans les milieux de travail.

«Le congé de paternité a changé les mentalités au quotidien dans les entreprises. On entend moins de commentaires négatifs et de taquineries. La plupart des pères ne se font plus demander, par exemple, pourquoi ce n'est pas leur femme qui s'occupe de partir plus tôt pour aller chercher les petits à la garderie», observe Diane-Gabrielle Tremblay, titulaire de la chaire de recherche du Canada sur les enjeux socio-organisationnels de l'économie du savoir. «Les entreprises essaient d'être de plus en plus ouvertes et, de manière générale, ça se passe assez bien», ajoute-t-elle.

«L'intérêt du congé de paternité, c'est qu'il favorise l'engagement des papas dès la naissance. Au niveau de la société, le congé envoie un message clair: les pères ont leur rôle à jouer et il est important», constate Raymond Villeneuve, directeur du Regroupement pour la valorisation de la paternité.

Un père, deux expériences

Papa de trois enfants de 9, 6 et 2 ans et demi, Jean-François a eu la chance de bénéficier du congé de paternité à la naissance de sa petite dernière. «Ça a permis à ma conjointe et moi de récupérer plus vite. Nous formions vraiment une équipe. De plus, en m'occupant plus activement du bébé, j'ai pu rapidement tisser un lien affectif avec lui. Et puis, comme j'étais présent à la maison, j'ai pu consacrer beaucoup de temps aux deux plus grands.»

Œuvrant dans le milieu des communications, Jean-François a la chance de bénéficier du soutien de son employeur et de ses collègues actuels. «Lorsque je dois m'absenter ou partir plus tôt pour des raisons familiales, je n'ai aucunement l'impression que ça dérange. On a presque tous des enfants et on sait ce que c'est. Par exemple, récemment, j'ai dû m'absenter à la dernière minute pour aller à l'hôpital avec ma fille. Quand j'ai appelé mon directeur pour m'excuser, il m'a dit de ne pas m'en faire et de prendre le temps qu'il fallait», raconte celui pour qui la situation n'a pas toujours été ainsi.

«Dans mon emploi précédent, c'était un peu différent. J'avais toujours l'impression que le fait de devoir m'absenter pour des raisons familiales dérangeait. Je savais pertinemment que, si je m'absentais, j'allais devoir travailler en double, voire en triple à mon retour pour compenser», explique-t-il. Par conséquent, celui-ci n'osait jamais s'absenter, sauf lorsque ça devenait inévitable. S'ensuivaient des conflits avec sa conjointe, à qui revenait toujours la responsabilité de s'occuper des enfants.

«Quand j'ai pris mon congé de paternité de cinq semaines, mon employeur m'a même appelé quelques jours seulement après le début pour me demander si je pouvais retourner au travail, ne serait-ce que quelques jours par semaine. Quand j'ai dit non sa demande, j'ai senti un peu de frustration mêlée de déception», se rappelle-t-il.

Période de transition

Qu'en est-il du congé parental? Un père sur cinq l'a utilisé, souvent de manière partagée avec sa conjointe, en 2009. «C'est encore considéré comme surprenant lorsqu'un homme choisit de prendre le congé parental, que ce soit au complet ou en partie. C'est peut-être plus mal vu par les employeurs, qui doivent les remplacer. Cela dit, la plupart ne connaîtront pas de difficultés de retour au travail», souligne Mme Tremblay.

De son côté, Raymond Villeneuve croit que la conciliation travail-famille peut être plus difficile pour les pères. «On est dans une période de transition. Le congé de paternité est encore jeune. C'est sûr qu'il y a des employeurs ouverts et conciliants, mais ce n'est pas toujours le cas. Pas plus tard qu'hier matin, j'ai entendu un homme dire qu'il avait perdu une promotion parce qu'il avait choisi de prendre six mois de congé parental, relate-t-il. Les pères ne sont pas encore pleinement reconnus, mais il y a une valorisation de plus en plus grande de leur rôle.»

Encore du travail pour changer les mentalités

Maman d'un petit garçon de 15 mois, Nathalie a récemment été consternée par la réaction du patron de son conjoint, directeur des opérations dans une entreprise privée. «Il y a quelques semaines, notre fils a été malade. Après être restée trois jours à la maison pour prendre soin de lui, il fallait que je retourne au bureau. J'ai donc demandé à mon chum de prendre sa journée, le lendemain, pour rester avec notre garçon. Quand il a dit ça à son patron, celui-ci a réagi très négativement et fait preuve de beaucoup d'incompréhension. Il lui a même dit qu'au salaire qu'il le payait, il pourrait se trouver une gardienne. Mon chum a dû lui assurer qu'il allait travailler de la maison et, finalement, il s'est retrouvé à aller quelques heures au bureau, avec notre fils!», raconte Nathalie, qui dit s'être aperçue que, dans certains milieux, il est encore mal vu qu'un homme s'absente pour des raisons familiales. «Pourtant, on leur demande d'être présents et de s'impliquer...»

Cet événement l'a surprise autant que choquée. «J'ai dit à mon conjoint qu'il allait devoir en discuter avec son employeur, parce que c'est évident que la situation risque de se reproduire.»

Vers l'équilibre pour le partage des tâches

«Dans les faits, ce sont encore beaucoup les femmes qui s'occupent des rendez-vous médicaux, de rester à la maison auprès d'un enfant malade, etc. Par exemple, bien que les garderies, écoles, cliniques et autres aient habituellement les numéros de téléphone du père et de la mère, à joindre en cas de besoin, c'est presque toujours la maman qui est appelée en premier...», note en souriant Mme Tremblay. Elle remarque cependant que de plus en plus d'efforts sont faits, dans les jeunes familles, pour équilibrer le partage des tâches. «Il faut du temps pour changer les mentalités», conclut-elle.

  

Lire aussi: Organiser les vacances des enfants: un vrai casse-tête

  

Congé parental: durée maximale de 52 semaines, partageables entre le père et la mère.
Congé de paternité:
trois à cinq semaines, exclusives au père et non transférables à la mère.

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