Vie de famille

Les BPC et le cerveau des enfants

Les BPC et le cerveau des enfants

iStockphoto.com Photographe : iStockphoto.com Auteur : Coup de Pouce

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Les BPC et le cerveau des enfants

Les BPC, pourtant interdits depuis trente ans, continuent de laisser leur trace jusque dans le cerveau de nos enfants.

Les BPC sont les plus célèbres des dioxines. Et pour cause! Ils sont tellement toxiques qu'une infime quantité suffirait à vous rendre gravement malade. Avant d'en ingérer, il faudrait pouvoir lire la liste des 209 ingrédients chimiques qui composent cette famille: une étiquette d'une longueur de trois kilomètres!

Rassurez-vous: pour éviter d'ajouter à l'offense de cet envahisseur l'injure d'un encombrant emballage, trente ans après leur interdiction officielle, on vous les administrait encore à votre insu dans l'air que vous respirez, dans l'eau que vous buvez, dans la chair des poissons que vous pêchez, dans celle du gibier que vous chassez. C'est ainsi qu'ils ont fait leur chemin jusque dans le cerveau de nos enfants! Sympas, les Biphényles Polychlorés (BPC)!

Des polluants persistants
Les BPC sont des polluants persistants, c'est-à-dire qu'ils mettent des décennies avant de disparaître de l'environnement. C'est ce qui explique qu'ils soient encore présents dans la chaîne alimentaire longtemps après qu'on ait cessé de les fabriquer, et qu'ils continuent de polluer les cours d'eau de la planète entière. Tous les humains y sont exposés à différents niveaux, selon leur régime alimentaire et la proximité des sites industriels. Même les Inuits, pourtant loin des sites industriels, s'y retrouvent confrontés de par leur régime alimentaire riche en gras d'origine animale.Le fantôme des BPC
Depuis les années 70, de nombreuses études sur les effets des BPC ont vu le jour. Elles procèdent souvent par cohorte de naissance, c'est-à-dire l'étude d'une population de personnes nées au cours d'une période donnée, car les enfants sont, de par leur constitution, les cibles privilégiées des contaminants environnementaux. Au Japon, aux Pays-Bas, aux États-Unis, au Danemark, en Ukraine, en Allemagne, au Mexique et dans le Grand Nord canadien, on s'est mis à suivre plusieurs centaines d'enfants de la naissance jusqu'à l'adolescence.

Les conclusions ne sont pas unanimes car pour mesurer les effets des contaminants, il faut aussi tenir compte de tous les autres facteurs qui exercent une influence sur la santé et le développement de l'enfant: le niveau socio-économique des parents, la qualité de la relation parents-enfant, l'alimentation, la présence d'autres substances toxiques, etc. C'est une tâche herculéenne! Sans compter que les toxicologues des différentes études ont parfois du mal à se mettre d'accord sur leurs méthodes pour mesurer la présence des contaminants dans le corps humain.

L'exposition prénatale aux BPC
Il y a un lien certain entre l'exposition prénatale aux BPC et le développement de l'enfant. Aux Pays-Bas, on a découvert que les BPC auraient une incidence sur le poids à la naissance, sur la croissance des nourrissons au moins jusqu'à 3 mois et sur le système immunitaire tout au long de l'enfance.

L'exposition prénatale aux BPC, quand la mère consomme du poisson contaminé, aurait un impact sur le poids à la naissance et sur la croissance, mais peut-être aussi sur l'activité des enfants à 4 ans, et leur niveau d'attention à 11 ans. Niveau d'attention, niveau d'activité: le fameux TDAH (déficit d'attention avec ou sans hyperactivité), dont nous entendons tous parler, pourrait-il révéler des racines environnementales? Les BPC pourraient donc s'attaquer aux réseaux de neurones du cerveau immature en y «téléchargeant» du fiel en lieu d'un acquis développemental constructif pour le système attentionnel. On rappelle au passage que le cerveau est aussi constitué de gras et que c'est bien dans le gras que se fixent impunément les BPC.

Cependant, certaines études de cohorte comme celles réalisées en Caroline du Nord ne montrent que peu d'effets sur le développement. En outre, vous devez donc rester prudent en lisant ces quelques lignes, car découvrir qu'un contaminant a une influence sur le niveau d'activité et le niveau d'attention des enfants ne veut pas dire que nous tenons la clef du syndrome TDAH.
Les BPC et les processus d'apprentissage
Du coté des apprentissages, les BPC auraient une incidence sur la vitesse de traitement de l'information à 9 ans, une subtilité dans la compréhension du langage qui est parfois difficile à détecter chez un enfant d'âge scolaire. Autrement dit, non seulement ils auraient des effets sur les nourrissons et sur les niveaux d'activité des préscolaires et d'attention des plus grands, mais les BPC pourraient aussi fabriquer des écoliers à problèmes en s'attaquant au processus de traitement du langage, causant ainsi de véritables troubles d'apprentissage, dans la vie comme à l'école.

Que les BPC soient ou non une cause de TDAH ou de troubles d'apprentissages plus ou moins manifestes, comment éviter ce risque aux enfants? Espérer que les gouvernements et les industries prennent leurs responsabilités face à la dispersion des contaminants dans l'environnement? Les bélugas, les saumons et l'outarde s'en porteront mieux, et les parents feraient peut-être de jolies économies sur le Ritalin.

Les hanches des écosystèmes
«Vingt secondes sur la langue, vingt ans sur les hanches», disait ma tante Catherine quand elle mangeait des caramels au beurre salé. Les BPC ont gonflé pendant quarante ans les poches des industriels. Combien d'années resteront-ils sur les hanches de nos écosystèmes? Il y a des gourmandises qu'on ne finit jamais de payer.

Le saviez-vous?
Entre les troubles du système nerveux de nos petits écoliers et les problèmes de peau qui se déclarent chez les travailleurs, les BPC pourraient bien causer encore longtemps des inconforts allant jusqu'au cancer du foie et du rein, dans les cas d'exposition à de fortes concentrations.


Sources:
Santé Canada, Votre Santé et vous: BPC.

Affaires indiennes et du Nord du Canada, Programme de lutte contre les contaminants dans le Nord, Behavioral effects of perinatal exposure to environmental contaminants in Inuit children, Canada, 2006-2007.

Destrempes-Marquise D et Lafleur L. Les troubles d'apprentissage: comprendre et intervenir, Montréal, Éditions de l'hôpital Sainte-Justine, 1999.

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