Vie de famille

École en santé: l’alimentation au menu de toutes les matières

École en santé: l’alimentation au menu

iStockphoto Auteur : Coup de Pouce Crédits : iStockphoto

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École en santé: l’alimentation au menu de toutes les matières

L'Institut national de santé publique du Québec a concocté une approche volontaire, l'École en santé, pour remettre l’alimentation au menu des écoles, et ce, dans toutes les matières, de la première année du primaire à la fin du secondaire.

Le quart des écoles du Québec ont entrepris d'intégrer la nouvelle démarche qui vise à familiariser les jeunes à la saine alimentation, à travers toutes les matières, des mathématiques à l'art plastiques. Le ministère de l'Éducation, du Sport et du Loisir veut ainsi donner des idées et des outils aux enseignants pour remplacer les notions théoriques - qui, bien souvent, donnent peu de résultats - par des exercices pratiques. On veut que les jeunes puissent voir, toucher et goûter. Pour y arriver, il n'y a pas de recette unique. Les écoles ont toute liberté pour adapter la démarche à leur milieu, leurs élèves et leurs moyens.

Les spécialistes de l'Institut ont mis deux ans à réviser la documentation internationale pour voir un peu ce qui se fait ici et ailleurs, afin d'intégrer l'alimentation au programme scolaire. Ils en ont tiré des recommandations qu'ils ont présentées à la journée-conférence La nutrition à l'école: Savoir plus pour faire plus organisée par les Producteurs laitiers du Canada, le 11 février dernier, avec des initiatives développées par des écoles primaires et secondaires.

Une politique alimentaire bien implantée

La Commission scolaire English-Montréal fait figure d'exemple avec une politique alimentaire en constante évolution. Consciente du fléau que sont la sédentarité et l'embonpoint chez les jeunes, la diététiste Sylvie Beaudry a développé des projets afin de contrer ce phénomène de société, à l'intérieur des écoles. 

Plus de 60 écoles relevant de cette commission scolaire se sont donné pour objectif d'améliorer l'éducation relativement à la nutrition, en misant sur la connaissance: l'arme la plus efficace pour modifier des comportements bien ancrés. La stratégie de la Commission scolaire English-Montréal mise sur la communication, et ce, en quatre volets.

Former les enseignants et les enfants

Le premier volet consiste à former continuellement les enseignants en leur fournissant une multitude d'outils et du matériel afin qu'ils soient en mesure de sensibiliser adéquatement leurs élèves à une saine alimentation. Des dégustations santé sont même organisées en classe pour alléger la pédagogie et rendre la nouvelle information plus efficace.

Ces activités visent à développer les connaissances des enfants. Par exemple, le fait d'adapter la matière scolaire permet maintenant aux jeunes de premier, deuxième et troisième cycles de se familiariser avec les étiquettes, de décoder les informations nutritionnelles qu'elles contiennent et de les analyser. Au terme de ce processus de réflexion, les élèves sont en mesure d'exercer leur jugement et de classer les aliments qu'ils consomment, selon une échelle qui varie d'excellent à «seulement à l'occasion».

Communiquer avec les parents

Le troisième volet vise à conscientiser les parents à l'offre alimentaire qu'ils proposent à leur enfant. C'est sur cette étape que repose le plus grand défi des écoles. Malgré toutes ses bonnes intentions, une politique alimentaire en milieu scolaire ne s'avère efficace que si les parents y mettent du leur. Loin de blâmer ou de culpabiliser ces derniers, madame Beaudry préconise le dialogue et le respect. Il existe, par exemple, un système de communication par la boîte à lunch entre les parents et les responsables des écoles. «Si un enfant a eu des lunchs incomplets ou carencés en fruits et légumes toute la semaine, nous pouvons inscrire une petite note aux parents», mentionne-t-elle. Il faut alors compter sur leur bonne foi et entamer la discussion de façon à ne pas heurter les parents qui sont soumis à des différences sociales.

Sensibiliser tous les intervenants

Le dernier volet vise à étendre la sensibilisation à toutes les personnes liées, de près ou de loin, au milieu scolaire. De l'information concernant les orientations de l'école en matière de santé est présentée aux membres du conseil d'établissement, au personnel du service de garde, aux enseignants, aux fournisseurs, etc. La politique et la communication sont globales afin que les effets positifs le soient également.

Faire un pont entre l'école et la famille

Lors de chaque rentrée scolaire, les écoles situées sur le territoire du CSSS Bordeaux-Cartierville reçoivent la visite de l'hygiéniste dentaire Franck Giverne. «Cette journée permet enfin d'établir un contact direct avec les parents, explique celui qui œuvre principalement dans les établissements accueillant des jeunes immigrants. Accompagné d'interprètes et usant d'une gestuelle démesurée pour se faire comprendre, il tente tant bien que mal de montrer les problèmes d'hygiène dentaire engendrés par une alimentation riche en sucre.

Ces journées d'accueil permettent de construire un pont entre l'école et le milieu familial de l'enfant. L'hygiéniste dentaire fournit des conseils alimentaires aux parents de l'enfant d'âge scolaire, mais aussi pour le bénéfice de leurs jeunes frères et sœurs, assurant ainsi une forme de prévention. Son travail, espère-t-il, portera fruit. Comme ses collègues, il croit que la sensibilisation, la communication de l'information et le suivi sont les meilleurs remèdes pour transformer progressivement de mauvais plis en de saines habitudes de vie.

Jouer pour s'éduquer

Pour les infirmières scolaires du CSSS Sud de Lanaudière, Ginette Parisé et Brigitte Boudgiack, le meilleur moyen de sensibiliser les jeunes à l'alimentation santé, c'est par le jeu. Munies d'un sac à surprises, ces deux femmes enthousiastes ont expliqué comment elles arrivent à stimuler les élèves. Elles combinent activité physique et nutrition en réinventant les jeux classiques de gymnase. Modifications des règles, accessoires supplémentaires et voilà que la traditionnelle course au drapeau peut se transformer en une quête des quatre groupes alimentaires. Les deux infirmières soutiennent que ce qui est inculqué aux jeunes par des jeux libres permet une plus grande capacité de rétention. C'est bien connu, les enfants sont plus réceptifs lorsqu'ils s'amusent.

Véhiculer le message auprès des ados

Mélanie Olivier, nutritionniste chevronnée dans le domaine sportif et présidente d'ATP nutrition, a adopté une technique d'identification pour les élèves du secondaire en sport-études, souvent réticents à se faire faire la morale. Elle se sert de personnalités publiques pour leur faire saisir l'importance d'une saine alimentation.

D'Alexandre Despatie en passant par les membres du groupe de musique pour ados Simple Plan, aucun moyen n'est épargné pour faire passer le message. «Le truc est de parler de nutrition sans que ça ne paraisse», précise-t-elle. Aussi, elle aime bien repérer les leaders de l'école, sportifs et populaires, afin qu'ils deviennent des exemples auprès de leurs camarades de classe. La nutritionniste soutient que «si on convainc un jeune influent de l'importance de bien manger et d'être actif, ce dernier véhiculera le message auprès de son groupe d'amis».

Résultats inconnus et contraintes

Les impacts réels de ces projets-pilotes originaux sur la santé des jeunes n'ont pas encore été évalués, mais ces initiatives reçoivent un accueil positif auprès de ceux qui sont touchés par les changements. Cependant, les écoles bien intentionnées doivent encore jongler avec des contraintes de taille. L'argent et le temps disponibles semblent toujours mal coller aux réalités pragmatiques des gouvernements. Sans compter l'organisation des écoles qui fait en sorte que bien souvent les jeunes disposent d'une courte période pour manger. On les presse de quitter rapidement la cafétéria, alors que les nutritionnistes vantent les avantages de prendre sont temps pour goûter son repas.

La démarche École en santé s'ajoute à la politique-cadre pour l'alimentation en milieu scolaire, lancée en 2007, et dont un des objectifs visait à éliminer la malbouffe dans les écoles. À terme, le ministère veut favoriser une saine alimentation et un mode de vie physiquement actif en misant sur l'éducation, la promotion et les communications.

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