Vie de famille

Ce petit garçon noyé aurait pu être le mien!

Billet de blogue par
Ce petit garçon noyé aurait pu être le mien!

  Photographe : Shutterstock

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Ce petit garçon noyé aurait pu être le mien!

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Je suis une grande sensible. Du genre à verser une larme lorsque je vois des retrouvailles dans les aéroports ou que je lis  des histoires d'enfants qui combattent la leucémie. Je suis toute à l'envers quand j'entends un bébé pleurer à l'épicerie; je me retiens à deux mains pour ne pas aller le prendre dans sa poussette, surtout quand les pleurs restent sans réponse des parents. Je vous dit, c'est comme si je suis branchée sur le mal-être du bébé. C'est pas parce que je pense être meilleure que les autres mères, c'est juste que je suis incapable d'assister impuissante à la détresse humaine.  Cette semaine, la détresse humaine est partout et mon sentiment d'impuissance est envahissant. Je ne suis pas seule. Je sens la détresse de mes amis et contacts sur les fils Facebook. On pense immédiatement à l'image du petit Alan Kurdi, 3 ans, mort noyé sur les côtes de la Turquie, qui fait le tour du monde. Celle, maintenant, de son père dévasté par la mort de ses deux fils et de sa femme. Comment on fait pour ne pas être happé par l'immensité de ce chagrin-là, celui de n'importe quel homme qui serait privé, d'un coup, de toutes les personnes qu'il aime le plus? Puis, pensez que ce sont  350 000 réfugiés à avoir traversé la Méditerranée depuis le début de l'année dans l'espoir de trouver une terre d'accueil. À embarquer, le pied incertain, dans des bateaux souvent peu sûrs, en regardant en avant parce que ce qui se trouve derrière est trop horrible à contempler. Non mais, faut être désespéré en maudit pour prendre cette chance avec ta propre vie et celle de tes enfants. Faut que le quotidien soit absolument cauchemardesque, impossible à endurer pour une journée de plus. La Turquie, la Grèce, l'Italie accueillent chaque jours des milliers de réfugiés dans des conditions de plus en plus difficiles, entassés comme du bétail. 

Entre temps, ici, on ne fait pas grand chose. On regarde avec horreur la plus grande crise migratoire européenne depuis la deuxième guerre mondiale en disant 'c'est donc triste!'. Mais c'est loin, l'Europe. Et on a assez de problèmes de même. Me semble qu'on a la mémoire courte. Le Canada s'est construit grâce à l'accueil des nouveaux arrivants. Peu importe que vos ancêtres soient arrivés en 1760 en Nouvelle-France, en 1875 ou en 1952 dans mon cas, nous sommes tous, mis à part les Premières Nations, des immigrants. C'est juste par un concours de circonstances que nous soyons arrivés au bon moment, que nos enfants sont bien au chaud dans leurs lits le soir au lieu de trembler sur des bateaux en contemplant un avenir plus qu'incertain. Certains disent que les photos comme celle du petit Alan n'ont pas leur place dans les médias. Qu'elles ne font qu'alimenter le sensationnalisme. Ou la culpabilité. Tant mieux, la culpabilité! C'est bon, parfois, la culpabilité, parce que ça peut servir de moteur de changement. D'envie profond de faire quelque chose.

Notre blogueuse invitée Manal m'a partagé tantôt qu'elle a décidé, elle, d'agir en se proposant de devenir famille d'accueil pour une famille de réfugiés syriens.  Certains diront: belle idée, mais pas assez pour faire une différence. J'ai envie de demander aux cyniques de se taire aujourd'hui. De tendre la main, de n'importe quelle façon, à l'humanité autour de soi ou très loin. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) est sur le terrain, tous les jours. Médecins sans frontières est là. Tant de bonnes oeuvres pour alléger, un peu, la misère humaine. Il y en aurait des centaines que je pourrais nommer. Nous ne pouvons pas tous accueillir des réfugiés syriens à la maison. Mais nous pouvons tous, aujourd'hui, décider d'ouvrir nos yeux et nos coeurs à ce qui se passe en dehors de notre bulle quotidienne. Ce faisant, nous ne guérirons ni la guerre, ni le cancer, ni la famine, mais nous pouvons tous, par des gestes, des sous, des sourires, des votes, des pétitions, des mains tendus redonner à quelqu'un, quelque part, le goût de croire à ce beau gros projet d'humanité commune. S'engager, pour faire un tout petit peu de bien. J'y reviens souvent, mais je pense aujourd'hui surtout à la citation de Margaret Mead: "Ne doutez jamais qu'un petit groupe de personnes peuvent changer le monde. En fait, c'est toujours ainsi que le monde a changé."  

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