On est nombreuses à se dire mères poules. On en est même fières: c'est bien vu. Rien de plus normal, en effet, que d'avoir à coeur le bien-être et la sécurité de nos enfants. Jusqu'à l'expression «mère poule», qui est mignonne comme tout. Alors, où est le problème?

C'est qu'on surprotège! «On a si peur que quelque chose n'arrive à notre enfant qu'on veut le protéger contre des dangers inexistants ou peu probables, explique la psychologue Nadia Gagnier. Ce syndrome de la mère poule extrême découle d'une grande anxiété.» Il incite à laisser peu de liberté à l'enfant, à le surveiller étroitement, à décider pour lui.

Hélène, maman d'une fille de 4 ans et d'un garçon de 9 ans, est de toutes les sorties scolaires. «Je veux m'assurer que mon fils est en sécurité, qu'il ne manque de rien.» Dès que fiston a un petit ennui à l'école, elle accourt. «Je règle le problème pour lui, je donne sa version des faits. Je parle beaucoup aux enseignants.» Sa propension à intervenir a d'ailleurs créé des tensions avec un professeur qui n'a pas apprécié de se faire dire comment gérer sa classe. Mais la jeune mère de 33 ans veut épargner à ses enfants difficultés et déceptions. Séparée, elle en a la garde complète. Elle se rappelle avoir vécu très difficilement les premières fins de semaine qu'ils ont passées chez leur père. «Je ne dormais pas. Je pensais tout le temps à eux. Je les appelais pour avoir des nouvelles.»

Marie-Pierre, 33 ans, est une autre de ces mamans qui protègent trop. Elle a même un service de garde à la maison pour garder près d'elle sa marmaille de 3, 7 et 12 ans. «Les premiers pas, le passage au grand lit, l'entrée à la maternelle, le début du secondaire... toutes ces étapes dans la vie de mes enfants me rendent très émotive, confie-t-elle. J'aimerais qu'ils restent collés sur moi pour toujours.» Elle a attendu que son fils ait 10 ans avant de lui permettre d'aller seul au parc et de choisir lui-même ses vêtements le matin. Il a maintenant 12 ans, et elle prépare encore son petit-déjeuner. Malgré les demandes de son conjoint, Marie-Pierre ne se décide pas à partir avec lui une semaine dans le Sud en amoureux. «S'il arrivait un malheur?» Bien qu'elle assume son statut de mère poule, elle est consciente que le développement de l'autonomie de ses enfants peut s'en voir décalée. «Ils sont habitués à ce que je fasse tout pour eux.»