Grossesse

Devenir papa, un jour à la fois

Devenir papa, un jour à la fois

  Photographe : Anne Villeneuve

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Devenir papa, un jour à la fois

Le bonheur de la paternité fait-il instantanément suite à l’annonce de la grossesse? Pas nécessairement pense notre journaliste. Voici sa réflexion sur le désir et le sentiment d’être père.

Certaines mamans se sentent tomber amoureuses de leur future progéniture dès qu’elles aperçoivent la deuxième petite ligne sur leur test de grossesse. Pour les papas, c’est beaucoup plus flou.

Quand devient-on réellement père? À l’annonce de la grossesse? Quand on coupe le cordon ombilical? Quand le bébé dit «papa» pour la première fois?

Pour moi? Aucune de ces réponses.

Quand ma blonde est tombée enceinte, je n’ai ressenti aucune joie. Oui, je voulais bien des enfants, mais l’arrivée prochaine d’un bébé ne m’excitait pas. Sans l’insistance de ma blonde, qui voyait en moi un géniteur prometteur (on la comprend...), j’aurais pu passer mon tour. Je pense que beaucoup de gars, peut-être même la majorité, ne rêvent pas de devenir père. Du moins, pas de la même façon qu’une femme désire viscéralement être maman.

Dans mes conversations entre amis, je n’ai JAMAIS entendu un gars déclarer: «J’ai tellement hâte à la naissance de mon bébé!» Le gars rêve de son voyage de ski et de son week-end de pêche. Mais de devenir père à la folie... Niet. (Mesdames, si vous rencontrez ce spécimen rare, qui rêve autant de sa future progéniture que de la prochaine coupe Stanley des Canadiens, vous avez trouvé le prince charmant. Mariez-le tout de suite!)

Pendant la grossesse, quelques amies s’inquiétaient de mon absence d’attachement pour ce futur bébé. Je ne faisais pas semblant d’être super heureux. Je n’étais pas encore père. Point. Mon premier héritier était encore un foetus vivant en symbiose avec son placenta. Pas de quoi tomber en amour.

Qui plus est, ce bébé en devenir n’avait même pas de vrai nom ni de sexe. Ce projet, on l’avait baptisé Albertou-Albertine, car ce futur Diotte avait été conçu au Gîte du Mont-Albert, un endroit charmant où, à l’époque, les chambres n’avaient ni la télé ni l’internet. D’ailleurs, c’est peut-être pour ça que je suis devenu père, par ennui gaspésien!

Ce détachement, je ne suis pas le seul à le ressentir. Louis-Philippe, père d’un petit garçon de neuf mois, se souvient que, pour lui aussi, à cette période, la paternité était une chose abstraite. «Pendant la grossesse, je suis devenu un hyperconjoint. J’étais super attentif aux besoins de ma blonde, mais le bébé, lui, allait devenir réalité à l’accouchement.»

Au jour J, on ne se métamorphose pas en papa en coupant le cordon ombilical. Quand Albertine est née (ben non, on l’a appelée Romane), je n’ai pas été happé par une vague de bonheur. Au contraire, le stress de la paternité m’a frappé de plein fouet. Allais-je devenir un bon père? Puis, soyons franc, les semaines suivant la naissance ne se passent pas comme sur un nuage. On apprend notre rôle à la dure, alors que la mère monopolise le bébé en l’allaitant. Pas pour rien que beaucoup de pères éprouvent une très grande joie en retournant au travail.

Pour Martin Larocque, acteur, écrivain et conférencier, les hommes ne devraient pas ressentir de culpabilité à ne pas se sentir père immédiatement. «Les mères abordent leur nouveau rôle avec plein d’assurance, alors que les pères vivent dans le doute. Il faut leur laisser le temps d’apprivoiser leur rôle et la bête.» Je me suis en effet transformé en père petit à petit, de jour en jour. Une transformation toujours en cours, je pense, qui fait que j’aime mes filles chaque jour un peu plus.

Simon Diotte est père de deux filles de six et neuf ans.

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