6-12 ans

Le défi «on se calme le pompon»

Le défi «on se calme le pompon»

Le défi «on se calme le pompon» Auteur : Manal Drissi

6-12 ans

Le défi «on se calme le pompon»

Le défi « cubes d’énergie » a fait son entrée chez nous pour la deuxième année consécutive.

Je l’avoue, j’ai fait la grimace en l'apprenant. Ma face a quatre ans et mon âme est une octogénaire bourrue. L’initiative consiste à faire bouger l’enfant et sa famille pour convertir le temps d’activité physique en « cubes d’énergie » que l’enfant compile pour faire avancer son école dans la course.  

Chez nous, sans être parfaits, nous sommes conscientisés ; à la saine alimentation, à la génération touchscreen, à l’environnement. Quand Belle-Fille nous a présenté le projet l’an dernier, on s’est dit : « voilà un défi constructif qu’on va relever les doigts dans le nez ».   Puh-lease.  

Rapidement, les cubes d’énergie sont devenus la nouvelle mesure de temps à la maison, et de performance à l’école. À la récré, les camarades de Belle-Fille s’obstinaient à savoir si untel ou untelle avait « joué assez fort » pour que ça compte comme de l’activité physique. « Une amie dans ma classe est full chanceuse », nous racontait-elle, parce que grâce à tous ses « cours de sport » après l’école et la fin de semaine, elle cumulait PLEIN de cubes. Les activités se poursuivaient même quand le plaisir avait plié bagage. Dans l’agenda, on nous rappelait de ne pas oublier d’en amasser. Comment oublier…  

On dira ce qu’on voudra, ce n’est pas parce qu’on a troqué les pourcentages pour des collants que nos écoles sont moins centrées sur la performance. Pour être plus convaincant, on cache la compétition sous des lunettes sans verres et une fausse moustache. Quand même bien qu’on les noterait en arcs-en-ciel, ils ne sont pas cons. Ils voient bien qu’ils vivent dans un monde centré sur les résultats et non sur l’effort.   Le mois dernier, la fille d’une amie est rentrée de l’école penaude de n’avoir pas eu ses collants-étoiles au dîner. La raison ? Elle avait des biscuits dans son lunch. Elle avait aussi une collation santé, mais elle l’avait mangée à la récré du matin. Le lendemain, elle a plutôt mangé ses biscuits le matin et gardé ses fruits pour l’heure du dîner, ce qui lui a mérité deux collants.  

Même les aimants de notre frigidaire cèdent sous la pression amenée par autant de défis et d’initiatives pédagogiques, aux objectifs pourtant tous plus nobles les uns que les autres. Entre les levées de fonds, les tentatives de sauver la planète, les défis, les ingérences et la nouvelle grammaire, les écoles rendent fous même les parents les mieux intentionnés. Elles diront que les parents leur rendent bien la pareille. Fair enough.  

On met toutefois en compétition les enfants sur leur capacité de changer le comportement de leurs parents, comme s’ils n’avaient pas assez d’apprendre à être responsable du leur, et cela sans tenir compte de facteurs socio-économique et des écarts entre leur réalité et celle de leurs camarades. La ligne est mince entre encourager l’adoption de saines habitudes de vie et shamer les enfants ainsi que leurs parents.  

Mais la dimension « jeu éducatif » - comme le comb over de Donald Trump – ne trompe personne. Après le boulot, le trafic, l’école, la garderie, les devoirs, le souper, les bains et les lunchs, quelle place reste-t-il pour l’opinion de l’école sur la parentalité adéquate ?  Et surtout, est-ce qu’on n’est pas en train de passer à côté de la plaque ?

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