6-12 ans

Comment élever un bon sportif

Comment élever un bon sportif

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6-12 ans

Comment élever un bon sportif

Tournois de soccer et de baseball, camps de natation, Jeux olympiques: pas de doute, le sport est à l'honneur cet été! L'est-il pour nos enfants? Comment les soutenir pour qu'ils bougent et se développent positivement dans le sport?

Les enfants aiment jouer et font du sport pour s'amuser. Pour eux, c'est une excellente façon de développer une foule d'aptitudes, autant physiques que psychologiques. La Société canadienne de physiologie de l'exercice soutient d'ailleurs qu'un enfant actif pendant au moins 60 minutes chaque jour améliore sa santé, a un meilleur rendement à l'école et se sent plus heureux. Il a aussi davantage confiance en lui. «Il faut motiver l'enfant dans la pratique d'un sport pour augmenter ses capacités cardiovasculaires et pour prévenir les problèmes d'obésité», poursuit Germain Duclos, psychoéducateur et orthopédagogue, auteur de plusieurs livres sur l'estime de soi et coauteur de L'Enfant, l'Adolescent et le Sport de compétition.

Tous les intervenants s'entendent pour dire que c'est le plaisir qui importe dans la pratique d'une activité physique. «Rien ne vaut le sourire de mes enfants avant, pendant et après leurs activités», confie Caroline Horrell. Sa petite Sarah-Maude, 5 ans, fait du patinage artistique, son fils Mathieu, 12 ans, joue au hockey et sa grande de 13 ans, Ève-Marie, pratique le volleyball. «Je les encourage à faire du sport pour la forme, mais ce qui prime, c'est le plaisir.»

C'est vrai pour les petits joueurs de soccer du samedi comme pour les athlètes olympiques, comme en témoigne Éric Heymans, le père de la plongeuse Émilie Heymans, triple médaillée olympique qui tentera de remporter une quatrième médaille consécutive à Londres cet été. Il raconte qu'au départ, son épouse et lui ont encouragé Émilie à faire du sport (d'abord de la gymnastique, puis du plongeon) «pour qu'elle bouge, qu'elle se dépense et qu'elle acquière des habiletés sportives. L'idée de s'embarquer dans des compétitions de haut niveau est venue d'elle.» Le moteur, c'est l'enfant lui-même.  

Joueur de soccer ou escrimeuse?

Pour qu'il en retire des bénéfices et demeure motivé, il est important que notre enfant choisisse un sport qui lui convient. C'est en bonne partie notre rôle de lui en faire découvrir plusieurs. Il faut en parler, lui présenter différents types d'activités physiques. «Et, surtout, il faut voir quels sont ses intérêts, précise Germain Duclos. Le but est de privilégier les activités qui collent à sa personnalité. Pour certains, les sports de groupe ne sont pas attirants: on peut alors viser une activité individuelle comme la natation.» On est donc attentive aux préférences de notre enfant. Par exemple, on n'insistera pas pour qu'il joue au basketball s'il s'intéresse davantage à la gymnastique ou au karaté.

Par ailleurs, durant la petite enfance et au primaire, il est important que notre enfant pratique plusieurs sports, non seulement pour découvrir celui qui le passionnera, mais aussi pour qu'il développe différentes habiletés physiques. C'est pourquoi «on ne recommande pas la pratique d'un sport unique avant l'âge de 10 ans», explique la Dre Lydia Di Liddo, pédiatre urgentologue formée en médecine sportive et coauteure de L'Enfant, l'Adolescent et le Sport de compétition.

Motivation 101

Elle a trouvé un sport qu'elle adore et va à ses premiers cours avec entrain. En sera-t-il toujours ainsi? On le souhaite, mais Germain Duclos rappelle que, pour garder sa motivation, l'enfant doit développer un sentiment de compétence. Pour cela, il faut lui enseigner à y mettre l'effort. «Les enfants ont une pensée magique, poursuit le psychoéducateur. Certains vont vouloir abandonner leur cours de judo après deux semaines. Ils croient qu'ils seront ultra-performants dès le début et se rendent compte que c'est un peu plus difficile. Les parents doivent leur apprendre à persévérer. Il faut leur expliquer les modalités: par exemple, dire à l'enfant qu'il devra suivre un cours par semaine durant 12 semaines et prendre une entente avec lui en précisant qu'une fois inscrit, même s'il trouve que c'est parfois difficile, il doit se rendre au bout de sa session. On lui apprend ainsi qu'il faut faire des efforts pour progresser.»

Malgré tout, il y en aura toujours de meilleurs que lui. «Il faut comparer le plus possible l'enfant à lui-même et non aux autres, rappelle Germain Duclos. Et il faut se concentrer sur les moyens et les stratégies utilisées pour s'améliorer. On peut notamment faire réaliser à notre enfant que c'est quand il prend les bons moyens et qu'il a la bonne attitude qu'il réussit.» Par exemple, pour frapper la balle au baseball, il faut bien la fixer. On peut le féliciter en lui faisant remarquer que, parce qu'il s'est concentré, il a réussi à frapper la balle deux fois dans sa pratique.

Défaites sportives et leçons de vie

Il ne faut pas non plus accorder trop d'importance à la défaite. C'est une réalité du sport: tous les athlètes perdent à un moment ou l'autre. «Pour aider mon fils, je mets les choses en perspective en le comparant, par exemple, aux joueurs du Canadien, qui ne gagnent pas toutes leurs parties, confie Nathalie Perreault, maman d'Arthur, 8 ans. Lors d'une importante finale, je lui ai aussi fait réaliser que, malgré la défaite, son équipe s'est classée au 2e rang parmi 40 équipes.»

«Au-delà des défaites, il est important que les parents fassent valoir au jeune sa progression, ajoute Germain Duclos. On souligne ses bons coups pour l'encourager et lui faire prendre conscience qu'il s'est amélioré depuis le début de la saison. L'essentiel, pour les parents, devrait être que leur enfant apprenne et progresse.» Pour mieux gérer la défaite, on peut l'aider à s'en servir pour avancer, à analyser ce qui a moins bien marché pour qu'il puisse s'améliorer la prochaine fois. «On a toujours eu comme approche qu'une performance en dessous des attentes d'Émilie était un événement pour l'amener à trouver les moyens d'aller plus loin, souligne Éric Heymans. On apprend toujours de nos erreurs.» «Dans la compétition, le résultat est une information parmi d'autres, note Madeleine Hallé, psychologue principale en performance au Cirque du Soleil et intervenante en psychologie sportive au Centre national multisports de Montréal. À quelque niveau que ce soit, ce n'est pas en regardant uniquement le résultat qu'on va s'améliorer, mais en analysant tout le processus.»

«On peut s'asseoir avec notre jeune et l'aider à s'évaluer, ajoute Stéphane Perreault, président de la section psychologie du sport et de l'activité physique à l'Association canadienne de psychologie. Lui dire, par exemple: "Bon, c'est plate, vous avez perdu, mais trouves-tu que vous vous êtes améliorés par rapport à la dernière partie? Trouves-tu que tu as fait de belles passes à tes coéquipiers? Es-tu satisfait de ta participation?" Si la réponse est négative, on lui demande ce qu'il pense faire pour que les choses s'améliorent.» Stéphane Perreault constate que l'enfant retire plus de plaisir à jouer et à pratiquer son sport dans un contexte orienté vers la tâche et l'effort. «Quand un climat de cette nature est instauré il y a souvent plus de cohésion dans les équipes, un meilleur esprit sportif et, au final, plus de chances que les performances soient meilleures.»

Comment être un bon parent de sportif?

«Je crois que les parents devraient s'intéresser au sport que pratiquent leurs enfants, estime Stéphane Perreault. Sans devenir un grand spécialiste, on peut se familiariser avec le vocabulaire du sport, son fonctionnement, les niveaux à atteindre: par exemple, pour la natation, les différents styles de nage. Si notre enfant constate qu'on s'y connaît, il aura davantage le réflexe de se tourner vers nous pour se confier ou pour partager ses interrogations par rapport au sport.»

On peut ainsi inculquer de bonnes attitudes sportives à notre enfant. Et, pour Mélanie Robert, il n'y a pas d'âge pour le faire. Sa fille Delphine, âgée de 2 ans et demi, fait de la gymnastique et de la natation. «Je lui ai dit que dans ses cours il était important de participer. Je lui ai expliqué ce que ça voulait dire de bien écouter quand on explique l'activité, de faire ce que le moniteur lui dit et d'imiter les amis. Je lui ai aussi parlé de l'importance d'arriver à l'heure aux cours. C'est elle maintenant qui me rappelle de me dépêcher.» Un bon parent de sportif laissera aussi l'entraîneur jouer son rôle. «Pour moi, l'entraîneur a l'autorité et j'encourage mes jeunes à l'écouter et à le respecter, dit Caroline Horrell. Mais je m'implique pour m'assurer que la relation est bonne en saisissant toutes les occasions d'échanger avec les entraîneurs afin de mieux les connaître, en questionnant mes jeunes et en les écoutant parler entre eux. Par exemple, je ne tolérerais pas qu'un coach hurle ou sacre après mon enfant ou pose des gestes violents. J'encourage aussi mes enfants à aller parler à leur entraîneur pour lui poser des questions ou pour mieux comprendre une décision.»

Luc Richard Poirier, arbitre en chef de la ligue de hockey Québec-Beauport-Charlesbourg, note pour sa part que les participants d'une équipe ou d'un cours doivent avoir une chance égale. Les enfants n'ont pas tous le même talent et ne partent pas tous du même point en s'inscrivant à une activité sportive. «Le rôle de l'entraîneur est de voir à ce que les enfants se développent, de les faire pratiquer, dit-il. Et ce n'est pas en laissant un jeune sur un banc que cela va se faire. Je conseille qu'en début de saison, les parents rencontrent l'entraîneur. C'est une occasion pour eux de nommer leurs attentes, notamment sur le développement des jeunes, et pour lui, de clarifier ses exigences.» Car le point de départ d'une bonne relation, c'est une bonne communication. Malheureusement, il est courant de voir des parents transposer leur désir de performance vers leurs enfants, constate Madeleine Hallé. «Si le parent a besoin de se réaliser dans le sport, qu'il le fasse. S'il veut faire du sport, qu'il s'y mette, dit-elle. Mais il ne gagnera rien à pousser son enfant à sa place.» Pour qu'un enfant s'investisse dans un sport, il doit y trouver son compte. «C'est le principe même de la motivation, poursuit-elle. Le jeune s'entraîne parce qu'il pense qu'il peut le faire, parce qu'il y trouve du plaisir et parce qu'il se sent bon dans cette activité. Quand on enlève un de ces trois éléments, on diminue sa motivation.» Germain Duclos insiste de son côté pour dire qu'exercer trop de pression sur un enfant afin qu'il fournisse une performance de qualité génère un grand stress. Il rappelle que les parents doivent montrer leur attachement inconditionnel à leur enfant, qui doit se sentir aimé pour ce qu'il est et non pour ce qu'il fait ou produit.

Les sports d'équipe: pour que notre enfant y soit heureux

On encourage l'esprit d'équipe. Selon Madeleine Hallé, on peut aider un enfant à développer un bon esprit d'équipe en lui faisant prendre conscience de l'apport des autres et de l'interdépendance des tâches dans un groupe. «Au soccer, par exemple, il y a ceux qui comptent les buts, mais aussi ceux qui montent le ballon, illustre la psychologue. Il faut valoriser l'apport des uns et des autres. Par exemple, on peut féliciter autant le marqueur que le joueur qui a fait une belle passe.» «Je dis toujours à mon fils: "Fais de ton mieux et laisse tes coéquipiers faire leur travail", dit Caroline Horrell. Il faut que l'équipe se tienne. Une partie de hockey, on la gagne ensemble et on la perd ensemble. Après une défaite, on analyse l'effort du groupe, et pas question de mettre ça sur le dos du gardien de but ou du jeune qui patine moins vite.» Stéphane Perreault constate que les entraîneurs ont aussi un rôle important à jouer pour encourager le bon esprit d'équipe. «Un coach qui défait les petites cliques et qui place ensemble des joueurs de talents différents dans les pratiques enseigne la coopération et renforce l'esprit d'équipe.»

Dans les estrades, on encourage. Dans le feu de l'action, la partisanerie peut parfois gagner du terrain, mais la violence verbale est inadmissible. Luc Richard Poirier présente depuis 2008 une conférence pour dénoncer l'attitude des parents agressifs dans les gradins. Même s'ils ne représentent à son avis que 5% de l'audience, leur comportement ne doit pas être toléré. «Les parents doivent se rappeler que le hockey n'est qu'un jeu, dit-il. Et que si leur enfant joue, c'est pour le plaisir.»

Voici ses trucs pour museler un parent agressif:

«Premièrement, on peut l'isoler. Si un parent se met à crier et à injurier des enfants sur la glace, on s'éloigne de lui. Le geste aura encore plus d'effet si la majorité des parents qui désapprouvent s'éloignent avec nous, ajoute M. Poirier. On peut aussi aborder le parent agressif pour lui demander s'il réalise qu'il s'adresse à des enfants. Il est bon, aussi, de mettre le gérant de l'équipe ou l'entraîneur au courant afin qu'ils interviennent.» Mais le mieux, selon Luc Richard Poirier, c'est de donner l'exemple avec une attitude positive, en applaudissant les beaux coups et en ayant des bons mots pour tous les joueurs. «Les équipes où on entend le moins de commentaires désagréables sont celles où les parents encouragent beaucoup.»

«L'ambiance est bonne dans nos estrades, dit Nathalie Perreault. On applaudit les bons coups, qu'ils soient d'un côté ou de l'autre: un bel arrêt, un but. J'ai vu des parents d'une autre équipe venir féliciter nos joueurs, même s'ils avaient perdu, parce qu'ils trouvaient qu'ils avaient bien joué. Les jeunes sont touchés par des gestes semblables et ça les encourage à continuer.»

5 conseils pour une pratique sportive santé

Voici les recommandations de la Dre Di Liddo.

1. On s'assure que notre enfant s'hydrate bien. Pour une heure d'exercices intenses, il peut boire de l'eau. Si l'activité dure plus longtemps, on peut lui fournir une boisson pour sportifs (de type Gatorade).

2. On l'équipe adéquatement. On ne lui refile pas les chaussures de son frère, trop usées, ou une raquette de tennis trop grande pour lui. Un mauvais équipement peut causer des blessures.

3. On évite l'entraînement excessif. À 10 ans, un programme d'entraînement de 10 heures par semaine est considéré comme intensif et augmente le risque de blessures. À l'adolescence, ce risque augmente après 20 heures par semaine.

4. Il a mal? On l'écoute. On demeure attentive à la douleur exprimée par nos enfants. Par exemple, on ne laisse pas traîner un mal de genou plus d'une semaine, car une blessure négligée va empirer.

5. On lui fait prendre des pauses. Les jeunes devraient avoir une ou deux journées sans sport par semaine et deux mois de repos de leur entraînement par année.

Pour en savoir plus

  • L'Enfant et le Sport, par Marc Durand, PUF, 2011, 240 p., 34,95$.
  • L'Enfant, l'Adolescent et le Sport de compétition, collectif sous la direction de Line Déziel, Éditions du CHU Sainte-Justine, 2011, 200 p., 14,95$.
  • Agence de la santé publique du Canada: on y présente les bienfaits de l'activité physique et des conseils pour être actif.
  • Au Canada, le sport c'est pour la vie: un mouvement qui vise à améliorer la qualité du sport et de l'activité physique au pays.

 

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