13 ans et plus

Relation mère-fille à l'adolescence, un fragile équilibre

Relation mère-fille à l'adolescence, un fragile équilibre

� iStockphoto.com Photographe : � iStockphoto.com Auteur : Coup de Pouce

13 ans et plus

Relation mère-fille à l'adolescence, un fragile équilibre

À l’adolescence, les filles cherchent à s’éloigner de leur mère. C’est normal et même indispensable. Comment jouer son rôle de mère et maintenir le dialogue dans cette délicate période de crise et de recherche d’identité? La psychologue Chirine Dakkak répond à ces questions.

L'adolescence est par définition une période de rébellion pendant laquelle l'enfant cherche à définir qui il est et qui il veut être, souligne Chirine Dakkak, psychologue clinicienne à la Cinique René Laennec, à Montréal. En ce sens, la crise est incontournable. La séparation d'avec le «cocon parental» est cruciale pour la construction de l'identité de l'adolescent, mais il existe un risque qu'elle se transforme en déchirure lorsque l'enfant ne sait quel chemin emprunter et ne se sent pas appuyé. La mère doit alors jouer un rôle de guide à la fois strict et permissif. Et maintenir la communication parent-adolescent.

La crise d'adolescence est-elle inévitable?

Oui. C'est normal que l'adolescent cherche à se différencier de ses parents. C'est même essentiel. Mais il a aussi besoin d'être encadré, d'avoir une structure qui le sécurise. Et là, je ne parle pas de contraintes. La mère, tout comme le père d'ailleurs, doit trouver une façon d'être ni trop stricte ni trop permissive. Je dirais directive. Pour la mère, il s'agit de voir comment aider son enfant à avoir une meilleure confiance en lui et comment favoriser son autonomie et son estime de soi.

Comment arriver à cet équilibre entre autorité et laisser-aller?

L'important, c'est d'écouter son adolescent, même si on n'est pas d'accord avec lui. On lui apprend ainsi à s'affirmer, à parler de ses émotions, qu'elles soient positives ou négatives.

La mère doit être présente sans être envahissante. Le jeune n'aura pas envie de se confier s'il sent qu'il sera jugé. À l'inverse, il a aussi le droit d'avoir sa vie et de ne pas tout raconter. Il faut garder une distance générationnelle même dans son rôle de confidente.

Vous avez déjà animé des ateliers avec des mères d'ailleurs et leurs filles nées au Québec. Est-ce que la relation est différente lorsqu'il y une dimension culturelle?

Une crise d'adolescence, c'est une crise d'adolescence, peu importe la culture. Mais il est vrai que quand les valeurs et les traditions des parents sont différentes de celles des amis du jeune, ça peut créer des conflits.

La sexualité semble le sujet le plus susceptible de provoquer des accrochages.

Discuter de sexualité ou d'homophobie n'est pas chose courante dans certaines communautés. Les mères craignent que parler de sexualité avec leurs filles n'encourage celles-ci à passer à l'acte. Elles choisissent alors de ne pas aborder le sujet ou se contentent de dire que c'est interdit avant le mariage. Le message qu'elles envoient, c'est «ne me raconte pas».

Dans un univers trop strict, l'adolescente fera ce qu'elle veut, ce qui pourrait l'amener à avoir des relations sexuelles même si elle n'y est pas encore prête. Ce silence peut entraîner un sentiment de culpabilité chez les filles qui ont des rapports sexuels et faire en sorte que cette relation ne soit pas épanouissante. Même chose en ce qui concerne l'homosexualité. L'adolescente qui est en conflit intérieur et ne peut en parler va refouler son sentiment de culpabilité, ce qui pourrait l'amener à se sentir rejetée et à sombrer dans la dépression.

Avoir une bonne communication avec la mère incite la fille à faire moins de cachotteries et à avoir plus d'assurance. Parce que sa mère lui fait confiance, la jeune ne se sent pas obligée de recourir aux mensonges pour éviter des disputes.

Comment instaurer cette communication mère-fille?

Il est important de se trouver un moyen d'échange. Ce peut être par une sortie en famille, une activité sportive ou une séance de magasinage que les deux apprécient. On crée ainsi un climat agréable et détendu propice aux confidences. La fille sera amenée plus facilement à parler de ce qu'elle aime, de ce qu'elle n'aime pas, de l'école, de ses amies... Mais pour que l'adolescente puisse parler de ses émotions, la mère doit elle aussi apprendre à le faire.

Une sorte de rendez-vous hebdomadaires?

En quelque sorte. Mais il ne faut pas que ces moments soient désagréables. Si l'adolescente sait qu'elle sera critiquée ou si elle se sent constamment comparée aux autres, elle n'aura pas envie d'y aller.

Et l'autorité dans tout ça?

Un enfant qui remet en cause les ordres et les interdits ne manque pas nécessairement de respect à ses parents. Il faut encourager le dialogue afin que l'adolescente puisse parler de ses émotions par rapport à un conflit. Plutôt que d'imposer des interdits, il est préférable d'expliquer les risques à la jeune pour l'amener à déterminer, par elle-même, ce qui est bon ou mauvais. On doit l'encourager à faire des choix, sans chercher à imposer. C'est la meilleure façon de favoriser le développement de son identité et de son autonomie.

 

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