13 ans et plus

Mon ado veut prendre une sabbatique

Mon ado veut prendre une sabbatique

Auteur : Coup de Pouce

13 ans et plus

Mon ado veut prendre une sabbatique

Nouveau phénomène: entre le secondaire et le cégep, des jeunes font une pause, question de s'aérer l'esprit pour mieux s'enligner. Normal de paniquer? Que faire pour que ce congé leur soit profitable?

Anne a paniqué quand Olivier lui a avoué qu'il songeait à faire un arrêt avant le cégep. «Mon sang n'a fait qu'un tour. Une amie venait de poser un ultimatum à son fils, qui la rendait folle à force de traîner. Il se levait à midi, écoutait la télé, puis sortait pour ne rentrer qu'à l'aube. Je pensais à tous les décrocheurs que je connais qui ont regretté d'avoir quitté. Je l'ai supplié d'attendre la fin du cégep.» Comme Anne, on peut craindre qu'un jeune de 16, 17 ou 18 ans qui quitte l'école pour un temps n'y retourne plus. Il y a de quoi s'inquiéter quand on sait que, sans formation terminale (diplôme d'études professionnelles, attestation de spécialisation professionnelle, DEC technique, etc.), ses chances de se trouver un emploi sont réduites. Il faut une bonne dose de confiance - en notre enfant et en la vie - pour accepter que notre ado prenne une sabbatique et pour croire qu'il va trouver sa voie à sa façon.

Qui s'arrête, et quand?
La sabbatique est encore l'apanage des étudiants de cégep et d'université, mais de plus en plus de jeunes s'arrêtent dès la fin du secondaire avec l'intention de reprendre plus tard leurs études. «Plus de gars que de filles prennent une pause, constate Louisette Jean, conseillère d'orientation à l'Université du Québec à Montréal. Ils ont plus besoin de bouger que les filles, à qui le système scolaire convient mieux.» Il faut à ces jeunes de l'air et de l'espace pour se brancher. «Ils ne remettent pas en question les études; ils y reviendront. Mais elles n'ont plus de sens dans leur vie pour l'instant», croit Yvon Trottier, conseiller d'orientation au cégep Ahuntsic.

Laurence voulait réfléchir et souffler. «Je ne savais pas en quoi m'inscrire», dit-elle. Elle a trouvé un travail à mi-temps et s'est lancée dans la mise en scène d'un spectacle avant de s'inscrire au cégep, où elle est entrée en janvier après un arrêt de quelques mois. Entre les cours, le boulot et les répétitions, elle est essoufflée, mais contente d'avoir repris le chemin de l'école.

Risquée, l'année sabbatique?
Comme Laurence, plusieurs arrêtent parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils veulent. En fait, l'immense majorité des étudiants du collégial ne savent pas ce qu'ils feront dans la vie, et «45 % des cégépiens changent d'orientation en cours de route», souligne Louise Langevin, orthopédagogue et professeure à l'Université du Québec à Montréal. Selon elle, l'indécision n'est pas un motif valable pour laisser l'école. Car prendre un temps d'arrêt comporte un risque.

Superviseure du service d'aide à l'emploi à Intégration jeunesse du Québec, Catherine Bédard reçoit des jeunes qui veulent trouver un emploi ou réintégrer le réseau scolaire après leur pause et qui se heurtent à diverses difficultés. Plusieurs regrettent de ne pas avoir écouté ceux qui leur disaient de ne pas quitter l'école. Certains ont des obligations financières (loyer, paiements d'auto, etc.) qui rendent difficile un retour aux études, même à temps partiel. «Ils devraient témoigner dans les écoles; les jeunes les écouteraient plus que leurs parents», dit-elle. Un conseil? Louise Langevin croit qu'il faut d'abord essayer de retenir les jeunes aux études. Catherine Bédard, pour sa part, invite les parents à aider leur jeune à avoir des attentes réalistes.

Arrêter pour faire quoi?
«Quel est ton projet?» Voilà la grande question à poser à un jeune qui souhaite un intermède. Travailler pour amasser de l'argent? voyager? Tous les spécialistes s'entendent: pour être profitable, la sabbatique doit être structurée. Le jeune doit avoir des objectifs et des projets précis. «Il faut s'assurer que la pause n'est pas un caprice et l'enraciner dans quelque chose de concret», dit Yvon Trottier. Il ne sait pas ce qu'il fera? On l'aide à identifier ses besoins, à se fixer des objectifs, à se donner des moyens.

Faire le tour de la question
On détermine la durée du congé, on fait des scénarios en examinant toutes les possibilités: travail, cours à temps partiel, programmes de formation d'emploi, stages ou cours à l'étranger, coopération internationale. «Les stages apportent une expérience formidable», constate Louise Langevin, qui a connu des jeunes transformés après avoir participé à des programmes comme Jeunesse Canada Monde, un organisme d'échange axé sur le développement communautaire et international. Hélène raconte avec enthousiasme que son fils de 17 ans s'apprête à refaire sa 5e secondaire au... Brésil. «C'est formateur! s'exclame-t-elle. Ça lui permettra d'apprendre une nouvelle langue, de mûrir et de se dégager de moi. Il a dû financer son projet. Il a même écrit au député pour avoir une subvention!» La fille de Lisanne a aussi refait une année de secondaire... en Australie, où elle habitait dans une famille d'accueil d'AFS Interculture, un programme d'échanges. «Sa décision nous a bousculés, avoue Lisanne. Mais elle était si convaincue qu'elle nous a eus. Vivre au bout du monde lui a ouvert des horizons, elle est revenue plus forte et plus décidée que jamais, et elle maîtrise parfaitement l'anglais.»Pendant la sabbatique, il faut demeurer vigilante: si ce temps d'arrêt peut être enrichissant pour un jeune autonome, il le sera moins si notre ado s'enferme. «Rester écrasé devant la télé est contre-productif», insiste Yvon Trottier. On doit faire attention aux idées noires, car quitter l'école, c'est quitter un réseau, s'isoler. Avant d'encadrer notre jeune, «il faut s'assurer que cette pause n'est pas un symptôme de dépression», dit Louisette Jean.

Notre fils s'est-il retiré de ses activités? Notre fille a-t-elle changé d'attitude? d'amis? Soutenir un jeune pendant sa sabbatique, «c'est exigeant pour les parents, qui doivent provoquer les occasions, s'informer, faire bouger les choses», remarque Louisette Jean. On a parfois l'impression qu'il faut tirer notre ado à bout de bras, car les jeunes ont tendance à tout remettre au lendemain. Comme c'est nous que la sabbatique dérange le plus, «pourquoi ne pas aller soi-même chercher de la documentation? suggère-t-elle. Malgré leurs réticences et leur manque d'enthousiasme, les jeunes sont souvent heureux quand on organise les choses pour eux.»

Des services à portée de main
Plusieurs organismes peuvent nous orienter: le Carrefour jeunesse-emploi de notre région (il y en a environ 93 au Québec), un service de placement pour les 16 à 35 ans; Intégration jeunesse du Québec, un service d'aide à l'emploi et de placement qui offre de la formation professionnelle en alternance avec le travail, ainsi que des stages rémunérés pour les 18 ans et plus; les organismes communautaires pour jeunes décrocheurs; Tourisme Jeunesse, qui connaît toutes les possibilités de stages à l'étranger.

Si notre ado est vraiment dans la brume, on lui propose de consulter un conseiller d'orientation. «Le parent doit à la fois pousser et soutenir», résume Yvon Trottier. Être bienveillant, accepter le projet et en reconnaître la pertinence, tout en étant exigeant et en imposant des contraintes. Il ne s'agit ni de pousser trop fort ni d'user de menaces du genre: si tu ne fais rien, déménage! Ni d'entourer le jeune d'un cocon si douillet qu'il n'aura pas envie de travailler ou de s'engager dans quoi que ce soit. «Mais d'orchestrer l'affaire pour que tout le monde soit gagnant», insiste Yvon Trottier. On fait un contrat clair, on pose nos exigences, on exprime nos besoins, on établit nos limites et on fixe des règles: si tu travailles, quelle sera ta contribution financière à la vie de la maison? combien mettras-tu de côté pour ton voyage? Avant tout, on garde le lien. «Plusieurs jeunes m'ont dit que ce qui les avait aidés, c'est que leurs parents ne les avaient jamais laissé tomber», raconte Louisette Jean. Ceux-là ont de meilleures chances de réintégrer le réseau.La conseillère d'orientation Louisette Jean propose quelques pistes pour occuper nos jeunes selon leur personnalité.

Les réalistes
Ils aiment le concret, le pratique: bricolage, menuiserie, nature, jardinage, mécanique. Un stage en menuiserie, une session de travail à la ferme ou dans une écurie les intéressera. Ils sont de bons candidats aux Chantiers jeunesse, des projets de travail bénévole concrets au Québec ou à l'étranger (rénovation, protection de l'environnement, restauration du patrimoine) ou au programme Katimavik, où les jeunes travaillent comme volontaires pour des organisations communautaires à travers le Canada.

Les scientifiques
Passionnés par les sciences, les mathématiques, l'environnement et la santé, ils ont soif de connaître. On les encourage à aller dans les bibliothèques, à se faire des programmes de lecture sur mesure, à éplucher la section «Quoi faire» des journaux pour trouver des conférences intéressantes, à s'inscrire à des cours particuliers, à joindre des groupes ou des clubs d'environnement, d'astronomie, etc. On les incite à se renseigner auprès des centres de bénévolat pour connaître les projets en environnement ou en santé auxquels ils pourraient collaborer. «Ils ont besoin d'être nourris intellectuellement, dit Louisette Jean. Ils ne doivent pas rouiller, sans quoi ils auront du mal à raccrocher.»

Les artistes
Ils s'ennuient à l'école. Un cours d'art par semaine, ce n'est pas assez pour eux. Pour développer leurs talents, ils doivent côtoyer des gens qui pratiquent leur discipline. Tout ce qui leur permet de l'explorer est bienvenu: ateliers ou projets d'écriture, concours littéraires, cours de langue, de danse, atelier de peinture, de couture ou de poterie, etc. On cherche d'abord dans la communauté. Comme toutes les municipalités ne sont pas également dotées, il faut parfois mettre nos amis à contribution et même oser frapper chez des gens qu'on ne connaît que par réputation. «Plusieurs sont accueillants, assure Louisette Jean. J'ai déjà jumelé un jeune avec un peintre qui a été un mentor extraordinaire pour lui. Il a travaillé à son atelier pendant un an, puis est retourné aux études... en sciences.»

Les introvertis
Bien à la maison, ils s'occupent sans faire de vagues. Il faut les pousser, exiger qu'ils participent en faisant les repas, le ménage, mais aussi en apportant une contribution financière qui les oblige à sortir de leur cocon.

Les entreprenants
Persuasifs, énergiques, ils gagneraient à travailler dans un resto, dans la vente ou dans les relations publiques. Ils rêvent de créer leur entreprise. On peut les y aider.

Les conventionnels
Organisés, efficaces et dignes de confiance, ils sont attirés par tout ce qui touche le travail de bureau. On les incite à s'initier au classement, à la bureautique et à différents logiciels.

Pour tous
Perfectionner son anglais, apprendre une troisième langue, acquérir des connaissances en informatique ou les approfondir: autant d'acquisitions qui seront utiles à notre jeune, peu importe son choix de carrière.La majorité des jeunes qui prennent une année sabbatique retourneront un jour en classe. Comme l'a remarqué le conseiller d'orientation Yvon Trottier, ils ne remettent pas les études en question. En ce qui concerne les décrocheurs, dont la majorité ont 16 ou 17 ans au moment où ils abandonnent l'école, «près de la moitié reviennent plus tard aux études, mais seulement 40 % de ceux-ci terminent leurs cours», note Louise Langevin dans L'Abandon scolaire - On ne naît pas décrocheur.

Quelques ressources
 

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