13 ans et plus

Mon ado est sur la mauvaise pente

Mon ado est sur la mauvaise pente

Auteur : Coup de Pouce

13 ans et plus

Mon ado est sur la mauvaise pente

Les ados délinquants ne proviennent pas tous de familles mal en point. Des jeunes de familles sans histoires peuvent aussi déraper vers la délinquance.

Vu de l'extérieur, David (nom fictif) avait tout pour filer le parfait bonheur. Chouchouté par ses parents, entouré de bons amis, inscrit à un programme de sport-études, il excellait autant à l'école qu'au baseball, son sport de prédilection. Puis, à 16 ans, pot et haschisch sont entrés dans sa vie. À l'occasion, puis sur une base presque quotidienne. «En quatrième secondaire, on a commencé à noter des changements dans son humeur, s'attriste sa mère. À la maison, il était sur la défensive et se fâchait pour un rien. À l'école, ses notes chutaient, des suspensions pour impolitesse ont suivi, puis il a lâché le sport-études. Je me sentais démunie, déçue, découragée. Je ne comprenais pas ce qui lui arrivait. Il avait tout ce qu'il voulait. On l'aimait. On était présents pour lui.»

Pendant deux ans, elle lui a parlé de la drogue et des sentiments qui l'animaient, et l'a amené à réfléchir sur ses comportements et leurs conséquences. Mais David banalisait sa consommation. «J'ai cherché de l'aide, sans en trouver, dit-elle. David aurait aussi pu consulter un psychologue à l'école, mais personne ne pouvait le forcer à le faire.»

Heureusement, David avait de bonnes bases et, si les messages de sa mère n'ont pas porté fruit sur le coup, ils ont quand même fait leur chemin. En entrant au cégep, il a aussi perdu de vue ses amis consommateurs de pot. Aujourd'hui, il réussit bien à l'école, a un emploi à temps partiel, consomme beaucoup moins et retrouve peu à peu sa bonne humeur. Bref, il s'est ressaisi et a compris que, s'il veut faire quelque chose de sa vie, il ne peut faire la fête tous les jours.

Entre limites et identité

Quand un jeune pose des gestes délinquants à l'adolescence, on pense forcément qu'il y a anguille sous roche: c'est un enfant à problèmes, sa famille est dysfonctionnelle, ou c'est la faute de ses fréquentations.

Et si la délinquance (celle qu'on appelle la «petite», pour la distinguer de la vraie) était une étape normale du développement de nos ados? De nombreuses études nord-américaines concluent en effet que la majorité des adolescents et adolescentes, soit près de 85% à 90%, commettent des gestes contrevenant aux lois, expose Clément Laporte, responsable du Centre d'expertise sur la délinquance des jeunes, au Centre Jeunesse de Montréal - Institut universitaire.

Un peu de vandalisme par-ci, un petit graffiti par-là, vols à l'étalage, drogue, batailles, école buissonnière... qui d'entre nous n'a pas commis de frasques à l'adolescence? «La délinquance est un épiphénomène de l'adolescence, dit Clément Laporte. Même les jeunes de bonne famille n'y échappent pas. Qu'ils proviennent de familles riches ou pauvres, les adolescents se livrent tout autant à la petite délinquance.» Quand elle survient entre 12 et 18 ans, elle fait partie du processus normal de socialisation de l'adolescent, poursuit-il. À travers ces comportements, il teste les valeurs de ses parents et des personnes en position d'autorité. La réponse de l'environnement tout comme les limites et les sanctions imposées vont lui permettre de s'ajuster et d'intégrer ses propres valeurs.

Martin Tison est psychoéducateur à l'école Paul-Gérin-Lajoie-d'Outremont, à Montréal. Depuis 15 ans, il a vu défiler dans son bureau des centaines de jeunes en crise et leurs parents, plusieurs provenant de milieux aisés. Pas facile d'être à la hauteur de certains parents qui sont des modèles de réussite, dit-il. «Qu'il y ait ou non des pressions de la part des parents, parfois, la barre semble trop haute. Ne se sentant pas capable de livrer la marchandise, l'ado voit l'image qu'il a de lui-même faiblir. Une part de ces adolescents en recherche identitaire va se rebeller et tourner cette agressivité vers l'extérieur.»

Si un jeune a une piètre image de lui-même, peine à s'affirmer ou a du mal à se faire des amis au primaire, tous les éléments sont là pour qu'il dérape, ajoute Marie-Claude Boutet, psychologue au sein de Parcours d'enfants, une entreprise regroupant des professionnels qui interviennent dans les écoles, notamment auprès d'adolescents aux prises avec des problèmes de délinquance, et de leurs parents et enseignants. «Le danger, c'est qu'à travers le passage à l'acte le jeune se trouve enfin une identité - celle de bum -, voie son image rehaussée par la valorisation du groupe et obtienne ainsi la reconnaissance tant convoitée.»Gérer les tempéraments bouillants

Certains jeunes ont un caractère bouillant de nature, sont plus impulsifs que la moyenne, tolèrent moins les frustrations et s'opposent davantage à leur entourage, parfois même dès la petite enfance. Plus tard, ils ne mesurent pas complètement les conséquences de leurs gestes, sont moins sujets à l'autocritique et rejettent plus facilement le blâme sur les autres. «La capacité des parents à bien canaliser l'énergie de ces jeunes est cruciale, souligne Clément Laporte, surtout dans un environnement qui peut favoriser l'émergence de comportements délinquants (ex.: entrée au secondaire, nouveaux amis, etc.).»


Comment? Il faut apprendre au jeune d'autres façons de manifester sa frustration. Par exemple: dire calmement ce qui lui déplaît, nommer ses émotions et chercher des compromis. Du côté parental: «ne pas tolérer les comportements inadéquats, dès qu'ils se manifestent, insiste Clément Laporte. Toutefois, souvent, par ses mauvais coups, l'enfant cherche l'attention des parents. Alors, il ne faut pas lui donner de l'attention seulement lorsqu'il agit mal, mais encourager aussi, deux fois plutôt qu'une, les comportements adéquats.» «C'est lorsque les parents communiquent peu avec leur enfant, l'encadrent mal et ne sont pas assez disponibles que le jeune risque le plus d'avoir des comportements déviants», observe le criminologue Marc Leblanc, professeur retraité de l'École de psychoéducation et de l'École de criminologie de l'Université de Montréal et auteur d'ouvrages sur la délinquance juvénile. Une éducation trop permissive ou trop stricte est aussi à proscrire, explique Marie-Claude Boutet. «La première ne permet pas au jeune d'apprendre à respecter les règles, à tolérer la frustration, à attendre avant d'obtenir ce qu'il veut et à mesurer les conséquences de ses gestes.» À l'inverse, une éducation trop stricte brime l'affirmation de soi, avance-t-elle. «À l'adolescence, une partie de ces jeunes continueront d'obéir aux parents, mais certains vont littéralement exploser, se révolter et vouloir défier les règles.»

Autre erreur à éviter: ne pas être cohérent dans l'application des règles, disent les experts. Si maman dit non et papa dit oui, si maman dit oui un jour et non le suivant ou change son fusil d'épaule selon le contexte, la confusion est au rendez-vous. Si les règles ne sont pas constantes, l'adolescent ne peut pas bien les intégrer. «Si ce qu'on attend du jeune n'est pas clair, il va mettre le doigt sur nos contradictions, retenir ce qui lui convient et faire à sa guise», avance Martin Tison.Crise d'adolescence normale… ou sérieuse?

Si nombre d'adolescents transgressent les interdits, cela ne devrait pas valoir pour un enfant, disent les spécialistes. Lorsqu'un jeune pose des actes délinquants avant 12 ans, c'est sérieux, martèle Marc Leblanc. «Quand on étudie le passé des délinquants criminels, judiciarisés, on constate qu'ils ont débuté leur "carrière" avant l'adolescence.» Lorsque la délinquance débute à l'adolescence, le jeune a déjà acquis des habiletés sociales, précise Nadine Lanctôt, professeure au Département de psychoéducation de l'Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la délinquance des adolescents et des adolescentes. «Il a une fondation en place qui va l'aider à comprendre qu'il doit éventuellement passer à autre chose pour atteindre ses buts.»

D'après elle, le problème est également préoccupant s'il affecte toutes les sphères de la vie du jeune. «Un adolescent qui traverse une petite crise d'adolescence peut être impoli avec ses parents et ne plus suivre leurs directives, mais écouter ses professeurs et bien fonctionner à l'école.» Mais, dit-elle, si autant ses interactions avec sa famille que celles avec ses professeurs, ses pairs, ses connaissances ou de purs étrangers sont perturbées, le problème est sérieux.
Que faire si notre adolescent est sur la mauvaise voie?

- On ne perd pas de vue qu'il a chacune de nos paroles et actions dans sa mire, souligne Clément Laporte. «Si vous le blâmez constamment, la journée où il va réaliser qu'il s'enlise, vous serez la dernière personne vers qui il se tournera pour obtenir de l'aide.»
- Par ses commentaires, le parent ne doit pas non plus renforcer l'identité négative qui est en train de se créer, dit-il. «Plutôt que de focaliser uniquement sur ses mauvais coups, dites aussi à votre enfant ce qui vous rend fier de lui
- Selon Marie-Claude Boutet, les parents ne doivent pas craindre d'aborder certains sujets ou de parler de leurs inquiétudes pour lui démontrer toute l'importance qu'il a pour vous. Toutefois, plusieurs jeunes se ferment encore plus s'ils sentent qu'on fait enquête sur eux ou qu'on essaie de contrôler leurs actions, souligne-t-elle. Si le jeune ne veut vraiment rien savoir, elle conseille de ne pas trop insister, de lui dire qu'on est là s'il veut en parler et de lui proposer de parler entre-temps avec une personne neutre (ex.: psychologue).
- Essentiel aussi de ne pas couper les liens avec notre enfant et de continuer à faire des activités ensemble. On doit aussi éviter que notre enfant n'abandonne toutes activités de loisir (ex.: hockey, cours de musique, etc.) ou ne les remplace pas si ses intérêts changent, car, dans ce cas, il n'aura plus rien à quoi se raccrocher.
- Il est important que les deux parents, voire l'école et tout intervenant du milieu, se concertent sur la marche à suivre, croit Marie-Claude Boutet. Sinon, l'adolescent ne saura pas sur quel pied danser. Il ne faut pas hésiter à aller chercher de l'aide.

Jusqu'à quel point les parents ont-ils du pouvoir pour faire cesser ces comportements?

Nul doute qu'ils en ont si le lien d'attachement et la communication sont encore présents, rassure Nadine Lanctôt. «Si la relation est un cul-de-sac, on peut demander l'aide d'une personne significative de l'entourage: oncle, cousin, ami du couple, professeur, etc., vers qui le jeune pourra aussi se tourner momentanément.» Sinon, il n'est jamais trop tard pour imposer des règles claires, cohérentes, négociées avec l'enfant, et les faire suivre, en misant sur une conséquence constructive, dit-elle. «Par exemple, si notre enfant vole un vêtement, mieux vaut l'amener avec nous au magasin pour qu'il rende la marchandise et s'excuse auprès de la vendeuse que de le priver de sorties.»
Aussi, si le jeune a des comportements délinquants, c'est qu'ils répondent à un besoin. «La délinquance est un moyen facile et rapide d'obtenir un statut, du pouvoir, de la reconnaissance, des biens qu'on ne peut s'offrir autrement, etc. Le parent doit sonder les motifs qui se cachent derrière ces comportements et proposer au jeune d'autres façons de satisfaire ces besoins.»

Où obtenir de l'aide?

Outre les écoles, les CLSC et CSSS, les professionnels du secteur privé et les Maisons de la famille (dans plusieurs régions du Québec), on peut consulter les organismes suivants:
  • Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. site Web.:
  • Drogues: aide et référence: Montréal, (514) 527-2626; ailleurs au Québec, 1-800-265-2626 ou ou site Web.
  • Jeunesse, j'écoute: 1-800-668-6868 ou site Web.
  • Ligne Parents: Montréal, (514) 288-5555; ailleurs au Québec, 1-800-361-5085;
  • Tel-Jeunes: 1-800-263-2266 ou site Web.
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