13 ans et plus

Du Ritalin pour étudier: comment en parler avec son adolescent?

Du Ritalin pour étudier: comment en parler avec son adolescent?

  Photographe : istockphoto.com

13 ans et plus

Du Ritalin pour étudier: comment en parler avec son adolescent?

Des étudiants ont parfois recours aux psychostimulants comme le Ritalin pour performer. Comment déceler une éventuelle consommation chez son ado et aborder la question avec lui?

Aux États-Unis, selon les études, de 5 à 35% des étudiants ont recours à des médicaments stimulants sans raison médicale pour améliorer leurs performances scolaires. Au Québec, le phénomène est encore peu documenté; on n’en connaît donc pas l’ampleur exactement. «On possède peu de données pour le Canada, mais la situation est probablement semblable ici», souligne le Dr Éric Racine, bioéthicien et directeur de l’unité de recherche en neuroéthique à l’Institut de recherches cliniques de Montréal.

Les psychostimulants, comme le Ritalin, l’Adderall et la Dexedrine, servent généralement à soigner les troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et certains troubles du sommeil, comme la narcolepsie. Mais plusieurs étudiants les utilisent de façon ponctuelle, en fin de session par exemple, dans le but d’augmenter leur niveau de concentration et d’attention, et ainsi améliorer leurs performances scolaires.

«Ça leur permet d’étudier plusieurs heures d’affilée, voire toute la nuit, sans pause. Ils restent concentrés sur ce qu’ils ont à faire, sans se laisser distraire par leurs pensées, par leurs émotions ou par l’environnement extérieur, comme internet.» - Dre Johanne Lévesque, neuropsychologue.

«Les étudiants les utilisent en croyant que cela peut améliorer leurs performances, mais les recherches sur l’efficacité des psychostimulants sur les personnes qui n’ont aucun déficit de l’attention ne sont pas concluantes ou définitives», tient toutefois à nuancer le Dr Racine.

Une pratique banalisée

La prescription de psychostimulants étant en hausse constante ces dernières années, ces médicaments sont devenus familiers aux étudiants. Ils sont faciles à se procurer, que ce soit par le biais d’amis, sur internet ou de manière illicite, en plus d’être abordables (de 1 à 10$ le comprimé environ). «Puisque ce sont des médicaments prescrits par des médecins, leur consommation est souvent banalisée par les jeunes et perçue comme sécuritaire. Certains considèrent qu’ils font partie de la même catégorie que le café et les boissons énergisantes, également consommés pour se tenir réveillés durant les longues périodes d’études», affirme la Dre Lévesque.

Dans une recherche sur le sujet publiée en décembre 2011 dans Drogues, santé et société, les auteures Christine Thoër et Michèle Robitaille notent en effet que «l’utilisation de médicaments stimulants pour améliorer la performance académique ferait l’objet d’une certaine acceptabilité sociale (…), parce qu’elle vise la réussite académique, est motivée par le caractère compétitif de l’environnement et reste modérée ou occasionnelle».

Les risques

«Pourtant, la consommation de médicaments sans ordonnance ni supervision médicale n’est pas sans risques», rappelle le bioéthicien. Selon Santé Canada, les psychostimulants sont contre-indiqués pour les personnes souffrant notamment de maladies ou d’anomalies cardiaques, d’hypertension, d’artériosclérose et d’hyperthyroïdie.

Les médicaments stimulants peuvent aussi entraîner plusieurs effets secondaires, dont de la difficulté à dormir, une diminution de l’appétit, des maux de tête, une accélération du rythme cardiaque et du rythme respiratoire, de l’anxiété, de l’agressivité, etc. Pris à fortes doses, ils peuvent même élever dangereusement la température corporelle et augmenter les risques de crise cardiaque, d’accident vasculaire cérébral, d’hypertension, de crises d’épilepsie et de surdose.

Enfin, l’utilisation régulière de psychostimulants peut mener à une dépendance physique, dont le symptôme le plus courant est l’état de manque, qui s’accompagne parfois de fatigue et de problèmes de sommeil, de sautes d’humeur, de dépression, de perte d’énergie physique et mentale, d’anxiété ou d’agitation.

Garder le dialogue ouvert

Mais comment détecter la consommation de psychostimulants chez un jeune?

«C’est très difficile à déceler. Sous l’influence d’un psychostimulant, le jeune se montre souvent plus calme, plus neutre, moins émotif.» - Dre Johanne Lévesque

Ainsi, l’idéal est d’en discuter ouvertement et sans jugement avec lui, de parler des effets des médicaments, des risques, mais aussi — et surtout — des raisons qui pourraient l’amener à consommer des psychostimulants pour améliorer ses performances scolaires. Par exemple, serait-ce pour se sentir au même niveau que les autres étudiants ou pour avoir un avantage sur eux? Pour réduire l’effort à l’étude? Parce que la charge de travail est trop élevée? Pour pallier le manque de sommeil ou pour contrer la fatigue? Pour mieux concilier l’école, le travail et tout le reste?

Selon ses réponses, on peut ensuite l’aider à gérer plus efficacement son temps (avec un horaire, un agenda), à mieux planifier ses périodes d’étude (éviter les sources de distraction, la procrastination), à développer une méthodologie de travail adéquate (conseils de mémorisation, stratégies de lecture et de rédaction), à revoir ses habitudes de vie (alimentation, sommeil, exercice physique), à mieux gérer son stress, etc.

En tant que parent, il importe aussi de s’interroger soi-même. Est-ce que, volontairement ou non, on met trop de pression sur notre enfant? Est-ce qu’on le pousse à la performance et, si oui, pourquoi tient-on autant à ce qu’il performe? «Le phénomène de la performance n’est pas nouveau, sauf qu’il ne cesse de s’intensifier avec les années. Mais on court après quoi au juste? D’où vient ce besoin de performer à tout prix? On aurait peut-être avantage à se remettre en question individuellement, mais aussi en tant que société», conclut la neuropsychologue Johanne Lévesque.

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