13 ans et plus

Des sextos entre ados considérés comme de la pornographie

� Istockphoto.com Photographe : � Istockphoto.com Auteur : Coup de Pouce

13 ans et plus

Des sextos entre ados considérés comme de la pornographie

Bien des jeunes l’ignorent, mais échanger des sextos, des photos ou des vidéos à caractère sexuel , quand on est adolescent, est illégal et peut mener à la détention. Et ce, même si la photo coquine est un autoportrait…

«Les jeunes ne réalisent pas qu'ils s'exposent à des accusations d'actes criminels en échangeant des sextos», note Francesco Secondi, commandant à l'unité des crimes technologiques du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Pourtant, à partir du moment où la photo est prise ou la vidéo tournée, il s'agit de production de matériel pornographique juvénile. Et dès que ces images sont envoyées à quelqu'un d'autre, on parle de diffusion et de distribution de matériel pornographique juvénile. Bref, des actes susceptibles d'entraîner de lourdes conséquences.

Quelques dossiers ont été portés devant le Tribunal de la jeunesse, depuis 2006, et des accusations ont été portées. Les sanctions dépendent à la fois de l'âge de l'accusé et de la gravité des gestes commis. Selon M. Secondi, la plupart des causes judiciarisées par son unité au Tribunal de la jeunesse finissent par des peines d'emprisonnement suivies de probations. Il peut aussi y avoir des travaux communautaires.

Parmi les dossiers à s'être retrouvés devant la justice, plusieurs impliquaient de l'extorsion. Le cas classique, selon Francesco Secondi: «Des ados qui se connaissent s'échangent des sextos, soit des photos ou des vidéos compromettantes dans lesquelles la jeune fille se déshabille. L'autre en demande plus et, si elle refuse, il lui fait du chantage et menace d'envoyer les images qu'il a déjà entre les mains à tout le monde, amis et parents compris. D'autres vont même demander des faveurs sexuelles en échange de garder les images pour eux, ce qui est encore plus grave.»

Le SPVM reçoit chaque année plusieurs plaintes provenant des écoles privées où la jupe est de mise. «Le problème, c'est que les jeunes filles ne portent pas toujours de sous-vêtements en dessous. Les garçons se placent alors sous les escaliers, prennent en photo leurs parties intimes avec leurs cellulaires... et le chantage commence!», observe le commandant. Selon lui, les adolescents d'aujourd'hui ont avantage à prendre toutes les précautions possibles. «Même lorsqu'ils ont des relations sexuelles, il leur faut s'assurer qu'ils ne sont pas filmés.»

Préserver sa sécurité et son intimité  

Pour la plupart des intervenants, la prévention passe par la sensibilisation et l'éducation. «L'idée, ce n'est pas d'interdire aux jeunes l'accès à Internet et aux cellulaires. Ça fait partie de leur vie», souligne René Morin, porte-parole du Centre canadien de protection de l'enfance, qui chapeaute le site Internet Cyberaide.ca.

«Cela dit, plus le jeune utilise ces outils tôt, plus la supervision parentale est importante, ajoute Alain Johnson, directeur des services cliniques à Jeunesse, J'écoute. Comme parent, il faut s'intéresser à ce que notre enfant fait sur Internet, tout comme on s'intéresse à ce qu'il fait dans la réalité. Il ne faut pas avoir peur de regarder avec lui ce qu'il met sur sa page Facebook, qui sont ses amis, etc. On ne pourra jamais les empêcher de prendre des risques, mais avec de la prévention, ils seront peut-être plus calculés.»

Francesco Secondi recommande aux ados de bien réfléchir avant d'écrire quoi que ce soit sur le Net. «Ne vous déshabillez jamais devant une webcam et n'envoyez jamais de photos ou de vidéos osées, parce qu'une fois que vous avez pesé sur «send», vous perdez le contrôle sur ce qui a été envoyé et ce qui va en être fait. C'est un jeu très dangereux.» Le sergent détective rappelle aussi aux jeunes que l'amoureux à qui ils envoient photos et vidéos coquines pourrait devenir leur pire ennemi. Avertissement qui vaut tout autant pour les adultes...

Internet comme place publique

René Morin répète aux ados qu'Internet est un lieu public. «Il faut à tout prix défaire cette fausse impression d'intimité que le jeune a lorsqu'il se retrouve seul dans sa chambre devant son ordi», insiste-t-il. Selon lui, il importe aussi de rappeler, voire d'enseigner aux jeunes les bases d'une relation amoureuse saine et de leur parler de sexualité. «Les jeunes filles, par exemple, doivent savoir que même si leur copain leur met de la pression pour qu'elles lui envoient des photos osées, elles ne sont pas obligées de le faire.»

Alain Johnson poursuit: «On demande souvent aux jeunes si ce qu'ils font sur Internet, les photos qu'ils envoient, les mots qu'ils utilisent, ils seraient prêts à le faire, le montrer ou le dire en vrai, devant leur famille, par exemple. C'est une façon de leur faire prendre conscience de la portée de leurs gestes.»

Adepte de la prévention précoce, le sexologue et sociologue Simon Louis Lajeunesse encourage les parents à ouvrir le dialogue avec leur enfant le plus tôt possible. Écouter sans juger, telle est la clé selon lui. «On peut questionner notre enfant, mais il faut aussi savoir respecter son intimité. L'idée, c'est qu'il sente que la porte est ouverte s'il a envie de parler.»

  

Lire aussi: La première relation sexuelle et La peine d'amour chez les adolescents.

Ressources

Jeunesse, J'écoute: 1 800 668-6868

 

Cyberaide.ca

 

Educationtextuelle.ca

 

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