13 ans et plus

4 questions à Jasmin Roy

Auteur : Coup de Pouce

13 ans et plus

4 questions à Jasmin Roy

Avec son nouveau livre Bitch: les filles et la violence, Jasmin Roy ne lutte plus seulement contre l’homophobie et l’intimidation, il le fait aussi pour favoriser des relations plus saines entre filles.

Pourquoi avez-vous décidé d'écrire sur les filles et la violence?
Après la sortie de mon livre Osti de fif! et le lancement de la Fondation Jasmin Roy, j'ai été invité à donner des conférences dans les écoles du Québec. J'ai tout de suite été frappé par le langage dégradant qu'utilisaient les filles entre elles.

Dans votre livre, vous dites que les mots d'amour sont les mêmes que ceux de la haine. Pouvez-vous nous expliquer?

Les filles se traitent de «putes», de «salopes» et de «bitchs» librement et ouvertement. Dès le primaire, elles utilisent ces mots non seulement pour s'intimider, mais aussi pour marquer leur amitié. Elles disent des phrases comme: «T'es ma bitch d'amour» ou «Je t'aime, ma grosse». En fait, elles emploient les mêmes termes pour se dire qu'elles s'aiment que pour se violenter. Est-ce là une façon de montrer de l'affection? Ou de sous-entendre qu'on peut se transformer d'amie intime en ennemie du jour au lendemain? Une chose est certaine, ça crée une confusion.

Les adolescentes s'attardent à l'intention derrière le mot pour distinguer le bien du mal. Ce qui leur permet aussi de manipuler les adultes qui les réprimandent. Si on leur reproche d'utiliser des mots dégradants, elles répondent alors que le mot bitch n'est pas offensant, puisqu'il sert également à désigner leurs meilleures amies.

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Pourquoi les filles développent-elles des stratégies d'agression aussi subtiles?

Dès l'enfance, on apprend aux filles à être maternelles, douces et aimantes. Au lieu d'exploser comme les garçons, les fillettes doivent exprimer leur mécontentement ou leur agressivité de manière détournée. C'est l'empathie développée au cours de leur enfance qui leur permet de construire et d'utiliser des stratégies d'agression passive. Par exemple, dès le primaire, elles peuvent se faire chanter entre elles: «Si tu es mon amie, tu me donnes ceci ou tu fais cela.» En vieillissant, cette tactique est parfois reprise par les garçons: «Si tu m'aimes, tu fais ou ne fais pas ceci ou cela.»

Que pouvons-nous faire en tant que parents ou adultes?

On doit, de toute urgence, enseigner l'histoire des femmes aux jeunes. Les filles ne comprennent pas trop d'où elles viennent. En écrivant ce livre-là, je voulais qu'on réfléchisse collectivement aux droits des femmes. Est-ce qu'on veut une société dans laquelle toute une génération de femmes se traitent de putes et de salopes? Leurs grand-mères se sont battues pour qu'on cesse de les traiter ainsi et, aujourd'hui, on devrait les laisser utiliser ces mots pour rire?

Bitch: les filles et la violence, de Jasmin Roy, Édition de l'Homme, 2015, 144 p. 19,95$.

 
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